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Les éoliennes face à des vents contraires

Energie

Alors que Vaud se veut ambitieux, des villages jurassiens refusent de nouvelles installations. L’éolien doit encore convaincre.

Par Loïc Delacour. Mis à jour le 10.05.2012

Image: Jean-Guy Python

Accepteriez-vous une éolienne près de chez vous?

L'EDITO

Les éoliennes ne suffiront pas

L’énergie éolienne a absolument tout pour plaire: elle est garantie naturelle à 100%, elle est inusable et sans fin, elle appartient à tous et ses gisements sont universels. Mieux encore: son «extraction» ne met en danger ni la planète ni ses habitants. L’éolienne, enfin, est un objet beaucoup plus gracieux qu’une cheminée d’usine nucléaire qui menace de crachoter ses atomes à chaque chiquenaude sismique. Bref, l’énergie éolienne est parfaite.

Mais le jour où un pylône de 120 mètres (au moins) débarque dans votre jardin – ou dans votre champ de vision – le charme, tout à coup, n’opère plus: une éolienne, c’est terriblement moche, ça enlaidit le paysage. Armé de ses pales vociférantes, l’engin fait un bruit inimaginable. Ses gains d’énergie? Ridicules face à nos besoins pharaoniques! Son coût? Déraisonnable quand le krach économique menace nos économies domestiques. Et en plus, le vent tombe, parfois.

C’est dur mais il faut hélas regarder la réalité en face: l’énergie fossile touche à sa fin et les déchets nucléaires n’ont rien d’un cadeau pour nos enfants. Le message des experts est donc clair: nous n’avons pas d’autre choix que de penser autrement.

Plantons donc des éoliennes, garnissons nos toits de panneaux solaires et oublions l’atome. Mais surtout, mais avant tout, apprenons à limiter notre consommation: demain, avec ou sans éoliennes, les énergies vertes ne suffiront absolument pas à satisfaire nos besoins d’aujourd’hui.

Blaise Willa
Rédacteur en chef adjoint

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Les Franches-Montagnes offrent à ses habitants une nature magnifique. C’est le cas au Peu-Péquignot (JU), un paisible hameau situé sur la commune du Noirmont. Mais depuis fin 2010 et la construction de trois éoliennes du Peuchapatte, le paradis n’en est plus un pour certains habitants. Située à 580 mètres, la maison de Karine Froidevaux est la plus proche des installations. Sa propriétaire ne peut plus voir ces éoliennes, qu’elle compare plus volontiers à des lames de rasoir qu’à d’élégantes danseuses: «Elles sont très envahissantes, explique-t-elle en les désignant de la fenêtre de son salon. Il y a sans cesse les bruits, qui varient en fonction du vent, mais aussi un effet stroboscope à l’intérieur de la maison à cause des reflets du soleil sur les pales.» Or, suite à un projet d’extension prévoyant l’implantation de huit autres engins, des villageois ont lancé une initiative demandant un moratoire de 10?ans sur toute nouvelle construction. Il a été accepté la semaine dernière. Après Les Genevez, La Chaux-des-Breuleux, Les Enfers et Muriaux, Le Noirmont se prononce donc également contre l’implantation de nouvelles installations.

Une alternative remise en cause

Aux Services Industriels de Genève (SIG), qui compte quatorze projets de parcs éoliens en Suisse romande, on estime ces critiques normales. «En France ou encore en Allemagne, il y en avait aussi au début, note Philippe Verburgh, des SIG. Il n’est jamais possible de convaincre tout le monde. Mais vous ne pouvez pas construire sans écouter les populations concernées. Et nous ne nous lançons jamais dans un projet sans le soutien des communes.» Elue présidente de l’association Suisse-Eole ce mercredi, Isabelle Chevalley tient pour sa part à minimiser la fronde anti-éoliennes. «Dans les médias, on voit toujours les opposants, s’énerve-t-elle. Mais les gens sont globalement pour. Sur Neuchâtel, par exemple, un sondage MIS Trend réalisé en novembre 2010 montrait que 93% des gens étaient favorables.» La députée Vert’libérale vaudoise est très virulente face aux oppositions jurassiennes. «Heureusement que les Valaisans n’ont pas eu la même attitude avec les barrages!» Et les problèmes liés au bruit? «Il y a des gens qui vous diront que les éoliennes en font trop, mais les mêmes ajouteront qu’elles ne servent à rien parce qu’elles ne tournent pas», balaie-t-elle.

Karine Froidevaux répond à ces remarques: «Il faut vivre au quotidien à côté d’une éolienne pour vraiment se rendre compte. J’ai arrêté d’essayer de convaincre les gens. Mais vous croyez que l’on ferait tout ça si l’on n’était pas dérangé? Et en ce qui concerne les barrages valaisans, ce n’est pas comparable. L’hydraulique donne satisfaction. L’éolien, non.» Car, au-delà des dérangements, les opposants avancent de nouveaux arguments. Ils estiment en effet que cette alternative n’est pas bonne. «Au début, j’étais pour, raconte la Jurassienne. Mais depuis la présence de ce parc éolien, j’ai commencé à me renseigner. J’ai compris que tout est basé sur des mensonges et des magouilles. On se donne bonne conscience avec ces éoliennes pour pouvoir continuer à gaspiller. Il n’y a rien d’écologique là-dedans. Il faut en premier lieu que l’on arrive à stabiliser notre consommation d’énergie. Economiser où l’on peut.»

Si les oppositions fleurissent dans le Jura, c’est que les habitants veulent être informés et écoutés par les autorités et les promoteurs. Le canton est conscient des problèmes. «Le gouvernement a très bien compris ces préoccupations, déclare Philippe Receveur, ministre de l’Environnement et de l’Equipement. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas encourager les projets, actuellement, et de décréter un moratoire de fait. Le plan Jura 2035 en cours d’élaboration vise à définir les lignes directrices, un peu comme Vaud l’a fait, et en prenant en compte tous les différents acteurs.» Mais les autorités ne veulent toutefois pas se passer de l’éolien. «Il faut absolument éviter de renouveler les expériences qui se passent mal actuellement, ajoute le ministre, mais il faut aussi donner une chance à ce mode de production d’électricité. Nous ne pouvons pas nous permettre de refuser telle ou telle option.»

Vaud voit grand

Le canton de Vaud a, lui, annoncé lundi dernier une planification éolienne très ambitieuse, avec neuf projets retenus et dix autres sous conditions. Ces 19 parcs éoliens représentent 170 éoliennes produisant 1,4 fois l’énergie générée par Mühleberg, soit 27% de la consommation du canton en 2010. Comment vont-ils éviter que les oppositions se multiplient comme dans le Jura? «Le succès passe par le dialogue, répond Jacqueline de Quattro, cheffe du Département de la sécurité et de l’environnement. Les citoyens se montrent responsables lorsqu’ils sont convaincus de la nécessité de relever ce nouveau défi énergétique.» D’ici à 2050, Suisse-Eole espère voir 800 éoliennes sur notre territoire contre 30 actuellement. Il faudra sans doute beaucoup «dialoguer» pour arriver à ce chiffre. (Le Matin)

Créé: 10.05.2012, 22h50



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