MOROSITÉ

Les baisses de salaires ne sont plus taboues

Vous espérez une augmentation? Préparez-vous à une diminution! L'Union patronale suisse estime que les baisses de salaires ne doivent pas être un sujet tabou, même si elles ne concerneront que de rares entreprises. Pour les autres, qu'elles soient touchées ou non par la crise, on s'achemine vers une stagnation des salaires pour 2010. En espérant que cela permette de préserver l'emploi

Alexandre Haederli - le 26 septembre 2009, 21h33
Le Matin Dimanche

20 commentaires

On apprenait cette semaine, grâce au rapport de la Fondation Ethos, que les salaires de dirigeants des grandes entreprises suisses avaient diminué de 22% l'an dernier.

Ils ne sont désormais plus les seuls. Depuis cet été, les baisses de salaire touchent également les cadres et même les employés de certaines entreprises. Le groupe industriel Rieter (ZH) et Alu Menzigen (AG) ont déjà annoncé ce type de mesure. Concrètement, le personnel est licencié et se voit proposer un nouveau contrat avec un salaire inférieur de 10% au précédent. Cette diminution est présentée comme temporaire, mais formellement, rien ne garantit que les paies seront remises à niveau une fois la crise passée.

Après les deux entreprises suisses alémaniques, d'autres vont-elles décider d'amputer les salaires? «Il y a certaines situations où cela est utile, on ne peut pas exclure qu'il y ait d'autres cas, estime Thomas Daum, directeur de l'Union patronale suisse. Je ne pense pas qu'il y aura une vague de baisses de salaire, mais il ne faut pas en faire un tabou.»

La mesure est considérée comme inacceptable par les syndicats. «C'est un poison pour l'économie, s'exclame Daniel Lampart, économiste en chef de l'Union syndicale suisse (USS). Cela fait diminuer le pouvoir d'achat des salariés et les économies réalisées par l'entreprise sont très limitées. Les frais de personnel constituent, selon la branche, entre 18% et 25% des dépenses. Si les salaires baissent de 10%, les coûts diminuent de 2% seulement.»

Les syndicats ont déjà fait savoir qu'ils revendiquent une hausse moyenne des salaires de 1,5 à 2% pour 2010. Leur argument? «Deux tiers des travailleurs sont dans des secteurs qui vont bien. La crise ne doit pas être un prétexte pour geler les salaires», analyse Daniel Lampart.

Les difficultés rencontrées dans certaines branches n'en restent pas moins réelles. «Dans l'industrie des machines, les entreprises ont dû faire face à 34% de baisse des commandes sur les six premiers mois de 2009. Et nous ne sommes pas très optimistes pour les mois à venir», se désole Peter Dietrich, directeur de Swissmem, l'association faîtière de la branche.

Ce pessimisme pourrait-il conduire à des baisses de salaires dans les entreprises romandes? «Il me paraît assez improbable de proposer une diminution des salaires, répond Philippe Maquelin, directeur financier de la fabrique jurassienne de machines-outils Tornos. Le personnel, frappé par des mesures très drastiques de réduction de l'horaire de travail, subit déjà une diminution sensible de revenu.»

Pas de ronde salariale cet automne
Chez Bobst (VD), on se contente d'expliquer qu'il n'y aura en tout cas aucune hausse des salaires: «Au cours du deuxième semestre 2009, les mesures de réduction de l'horaire de travail ont été étendues à toute l'entreprise. Nous avons alors décidé, en accord avec la commission du personnel, qu'il n'y aurait pas d'augmentation de salaire en 2010», explique le porte-parole Joseph Santoro.

Cette ambiance morose pousse certains syndicats du secteur à se montrer moins revendicatifs que leurs collègues de l'USS. C'est le cas d'Employés Suisse, la plus grande organisation de salariés travaillant dans l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux et dans l'industrie chimique et pharmaceutique: «Nous renonçons à négocier des hausses de salaires cette année, annonce le directeur, Stefan Studer. Nous avons toujours posé des revendications raisonnables et tenant compte de la situation économique.» Pas question en revanche d'entendre parler de baisse des salaires: «Ni aujourd'hui, ni même en cas de forte déflation.»

2,5% de hausse dans les banques?
Autre branche, autres préoccupations. Les employés de banque n'hésitent pas, eux, à revendiquer une hausse de 2,5%. «L'année dernière, les augmentations de salaires dans les banques, environ 1,9%, ont été inférieures à la moyenne suisse de 2,6%, rappelle Denise Chervet, présidente de l'Association suisse des employés de banque (ASEB). C'est normal, nous étions en plein dans la crise. Aujourd'hui, les résultats de la plupart des banques sont positifs. Les bénéfices ne doivent pas aller qu'aux directions des établissements et aux actionnaires.» Mais 2,5%, n'est-ce pas beaucoup pour un secteur qui sort tout juste d'une période noire? «Nous représentons des personnes qui gagnent entre 50 000 et 100 000 francs par an. Il faut que cette classe moyenne garde un certain pouvoir d'achat pour soutenir le marché intérieur», justifie Denise Chervet.

Ces arguments seront-ils entendus? Rien n'est moins sûr. Car même dans les secteurs épargnés par la crise, comme la grande distribution, la construction ou l'industrie pharmaceutique, les observateurs ne s'attendent pas à des augmentations significatives. «Les entreprises ont déjà donné l'année dernière avec des hausses de salaire importantes, rappelle Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes Genève (FER). Néanmoins, si la situation le permet, il faut procéder à des augmentations.»

Les professeurs d'économie, comme Stéphane Garelli, estiment également que l'on s'achemine vers une stagnation des salaires pour l'année prochaine. Une vision que confirment d'ailleurs les prévisions de l'Institut Créa à l'Université de Lausanne: «Nous tablons sur une très légère hausse de 0,3%, précise la directrice, Délia Nilles. Autant dire presque rien.»

«Si l'on voulait indexer les salaires, il faudrait les diminuer!»
Economiste et professeur à l'IMD de Lausanne, Stéphane Garelli livre son analyse sur les négociations salariales à venir.

Dans quel climat vont se dérouler les rondes salariales?
L'élément principal, c'est bien sûr la crise: nous sommes en période de récession. Les entreprises qui exportent souffrent particulièrement. Dans ces sociétés, j'imagine qu'il faudra passer un tour cette année en matière d'augmentation salariale. Patrons et syndicats devraient tomber d'accord sur ce point et donner la priorité à la préservation de l'emploi. Mais la reprise viendra, elle aussi, des exportations et rien n'exclut un rattrapage l'année qui suit.

Faut-il craindre de nouvelles annonces de baisses de salaires, comme celles déjà imposées par certaines sociétés?
Les entreprises qui ont annoncé cette mesure ont également expliqué qu'il s'agissait d'une diminution temporaire du salaire. C'est une solution à étudier au cas par cas et je ne pense pas qu'il puisse y avoir un nombre massif de baisses de salaires.

Pour les secteurs qui ne sont pas touchés par la crise, peut-on espérer des augmentations?
Je ne crois pas. D'une part, les entreprises qui résistent à la crise préféreront certainement jouer la carte de la prudence. Les patrons expliqueront que l'on n'est pas certains de la manière dont vont évoluer les choses dans les mois qui viennent et qu'il vaut mieux éviter de prendre des risques. D'autre part, le niveau des prix baisse actuellement dans notre pays. Sans toucher aux salaires, le pouvoir d'achat des employés augmente. Si l'on voulait indexer les salaires, il faudrait les diminuer! Les dirigeants argumenteront probablement sur ces deux points. Pour les syndicats, il sera difficile de soutenir l'idée d'une hausse. Nous nous acheminons vraisemblablement vers un gel des salaires.

Mais rien ne garantit que les prix continueront de baisser en 2010.
C'est vrai. Au moment de la reprise, on peut s'attendre à ce que les prix des matières premières ou de l'alimentaire, par exemple, augmentent. Il y aura une tendance à l'inflation, mais elle devrait rester très modérée. De toute manière, en ce qui concerne les négociations salariales, on se base généralement sur l'évolution du niveau des prix au mois d'octobre. Selon toute vraisemblance, cette année, elle devrait tourner autour de -0,5% et -0.8%, soit une légère déflation. Une situation qui, conjuguée à la crise, n'est pas favorable à d'éventuelles hausses des salaires.

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20 commentaires

Vos réactions

Rien de plus normal de faire quelques sacrifices pour son entreprise.

27.09.2009 - 07:11 par bourlu35

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Voilà à quoi sert une crise financière, elle sert à baisser les revenus des plus faibles, quand au baisses de revenus des grands patrons, elles ont étés compensées.....

27.09.2009 - 07:49 par der alt

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Ouais par contre les augmentations resteront taboues ad-eternam, même quand la bourse remontera en flèche et que la crise sera passée !!! Les suisses sont vraiment des moutons !!!

27.09.2009 - 08:28 par Un jour viendra

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Un exemple supplémentaire du cynisme ambiant. Quand tout va bien c'est "tout pour nous" et quand ça va mal "il faut bien économiser"... sur le dos des autres. S'attaquer à ce "tabou" dans le contexte actuel montre bien à quel point les patrons ont perdu le contact avec la réalité de la base. Je leur propose une autre solution: un ratio maximal de 8 entre le salaire le plus bas et le plus élevé dans l'entreprise. Faites le calcul et vous verrez que les salaires s'équilibreront et le budget aussi.

27.09.2009 - 08:46 par bgd

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Que ceux qui ne sont pas contents changent d'entreprise au lieu de toujours exiger. Vous êtes libres les gars, sortez vous les pouces, créez votre boîte, faites des cours du soir, méditez sur l'utilité des études, bref agissez !!! Autrement, il vous reste toujours le paradis du socialisme (cuba, chine, urss, ...) pour aller vous y établir et voir comme tout est meilleurs qu'ici...

27.09.2009 - 10:36 par pablo.n

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Ouf... Merci M. Garelli ... pas d'inflation ! Mais quid de l'assurance maladie ? 1-2 % de salaire en plus serait bien souhaitable pour payer l'augmentation des primes !

27.09.2009 - 10:41 par DGEJTE

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Pauvre Suisse,Ont va baisser aussi le froc pour sauver son emploi mais c`est devenu une mode ma parole ??? Devenons comme les Chinois il y a 30 ans travailler pour un bol de lait,mais ayez un peu de dignité bon sang si vous voulez entrer un jour dans l`UE,il faudra changer toute notre mentalité de peureux.Il y a déjà des emplyés qui donnent une semaine de leurs vacances,bientôt ont devra payer pour travailler.

27.09.2009 - 10:48 par dknapen0

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Pablo a bien appris sont petit catéchisme des années 80. Mais on est en 2009, il faut se réveiller, le socialisme n'existe plus.

27.09.2009 - 10:49 par gervais1971

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Et que fait les partis de gauche? Rien comme d'habitude à part de s'indigner pour faire semblant que l'on peut compter sur eux! Mais quand il s'agit de défendre les sans papiers, les réquérants d'asile et les délinquants étrangers curieusement ils réagissent avec vigueur pour dénoncer la xénophobie et le racisme même si ces gens baffouent les lois de notre pays...

27.09.2009 - 10:51 par franchise

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Suite,combien de jeunes travaillent pour une bouchée de pain,au noir,au gris,stagiaires etc ensuite licencés,chômage et aide-sociale,dans quelques années ils deviendront des immigrés qui attendront dans une JUNGLE a la Française ? Arrêtez vite ce massacre avant que cela se gâte pour de bon.

27.09.2009 - 10:55 par dknapen0

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Ouais par contre les augmentations resteront taboues ad-eternam, même quand la bourse remontera en flèche et que la crise sera passée !!! Les suisses sont vraiment des moutons !!!

27.09.2009 - 11:09 par Un jour viendra

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Les salaires ont enormément augmenté ces dernieres années, et faire un sacrifice sur une periode déterminée ne devrait pas etre un tabou, surtout pour les petites entreprises.

27.09.2009 - 11:28 par bourlu35

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Rien de plus normal de lire des suisses qui disent que c'est normal de voir leurs salaires baisser...à quand une votation favorable à une augmentation des impôts ?

27.09.2009 - 11:32 par seulaumonde

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alors baisse de loyer, baisse de primes d'assurance maladie, baisse de .... ou plus de monde à l'aide sociale. Payée par qui?

27.09.2009 - 11:41 par bon

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@bourlu: les salaires ont énormément augmenté ces dernières années, vraiment? Selon l'Office Fédéral de la Statistique, "entre 2004 et 2006 la croissance réelle des salaires oscille autour de la valeur nulle". La valeur nulle, cela ne représente pas beaucoup d'augmentation...

27.09.2009 - 13:26 par Vade Retro

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@seulaumonde: c'est fait, la hausse de la TVA vient de passer!

27.09.2009 - 17:10 par pablo.n

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eh bien, il faudra bientôt demander un prêt bancaire pour soritir manger une pizza au resto...cool...

27.09.2009 - 17:47 par seulaumonde

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Pour les naïfs qui ont accepté la libre circulation offre et demande s'applique également à l'emploi!!!

27.09.2009 - 18:08 par ludo22

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En 20 ans le panier de la ménagère à quazi doublé en suisse. Les salaires nada... néant.. etc...

27.09.2009 - 21:49 par balibalo

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balibalo: faut dire merci au deux "géants" nationaux pour avoir verrouillé le marché de l'intérieur afin d'appliquer les prix qu'ils veulent aisi qu'à tout ces petits cartels.

28.09.2009 - 12:55 par Le Raton Laveur

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