Image © Keystone
Dans les rues dévastées, les habitants de Port-au-Prince fouillent les gravats en quête de nourriture. Les Haïtiens doivent aussi faire face à la violence de pilleurs sans pitié.
Trois jours après le séisme qui a dévasté la capitale, les secours affluent mais le désespoir s'empare des Haïtiens, entourés de cadavres.
le 15 janvier 2010, 23h23
LeMatin.ch & les agences
Braquages, pillages et peur des gangs échauffaient les esprits des habitants de Port-au-Prince hier, alors que la pénurie d'eau potable et de nourriture se faisait durement sentir trois jours après le tremblement de terre qui a rasé une grande partie de la ville.
«A la tombée de la nuit jeudi, des hommes ont fait irruption avec des machettes pour voler de l'argent aux habitants» du quartier Oloffson, sur les hauteurs de la capitale haïtienne, raconte Evelyne, une jeune esthéticienne pour qui «tout ça ne fait que commencer». Sa crainte vient de la destruction de la grande prison du centre qui a permis «aux pires truands de la ville de s'évader». Située près du commissariat principal, la prison centrale est vide. Sa grande porte bleue en fer est toujours fermée. Mais un mur et son toit se sont effondrés.
«Tous les grands bandits de la ville sont maintenant dans la rue. Ils pillent les gens. C'est un grand problème», explique un policier haïtien en faction, fusil à l'épaule, à quelques mètres du centre pénitentiaire.
Hier, au marché de fer, sur la côte de Port-au-Prince, des policiers haïtiens équipés de masques à gaz, gilets pare-balles et fusils ont arrêté une demi-douzaine de jeunes qui sortaient de magasins avec des cartons neufs, des chaînes stéréo ou des ventilateurs.
Dans la matinée, Radio Métropole diffusait des appels au calme: «Organisez des comités de quartier pour éviter les dérapages, pour empêcher que les gens pillent les magasins et les habitations.» La radio cherchait également «des gens volontaires pour protéger une entreprise qui distribue de l'eau potable à la population».
«Les gens sont affamés, assoiffés. Ils sont livrés à eux-mêmes. C'est de plus en plus dangereux. Il n'y a plus de police, les gens font ce qu'ils veulent», témoigne Léon Melesté, un religieux adventiste.
«Les habitants avaient des réserves pour quelques jours mais elles s'amenuisent. Ils ont peur d'aller dans le centre ville chercher de la nourriture parce que c'est devenu trop dangereux», explique Patricia Etique, une Suissesse qui partage sa vie entre son pays natal et Haïti. «Il y a beaucoup de tensions» dans le centre, aux abords du palais National, ajoute-t-elle.
Le temps presse
Désorganisés, sans matériel, sans entraînement, les sauveteurs improvisés ne croient pas au miracle, alors que le temps presse pour dégager les survivants.
«Elles vont mourir, elles vont mourir», se lamente Jean Rald Rocher, 30 ans, en fouillant avec les moyens du bord les gravats d'un magasin de la capitale où deux femmes gémissent.
Si rien n'est fait pour satisfaire les besoins urgents de la population, tels que l'accès à l'eau et à la nourriture, «on court le risque d'avoir des émeutes», a mis en garde le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, à son retour de la capitale haïtienne.
«Les besoins sont énormes», a reconnu la directrice de l'information de l'ONU à Genève, Corinne Momal-Vanian. Et ce qui a été fait jusqu'à présent ne représente «qu'une goutte d'eau dans l'océan», reconnaît le Programme alimentaire mondial (PAM).
Si les agences onusiennes se refusent à confirmer le chiffre de 50'000 morts donné par la Croix-Rouge, elles estiment en tout état de cause que 3,5 millions de personnes ont subi les secousses les plus vives à Port-au-Prince et ses environs, à 17 km de l'épicentre du tremblement de terre.
Port hors d'usage
Les difficultés sur le terrain sont immenses. Le port est complètement hors d'usage et les déplacements sont entravés par des routes détruites ou bloquées par des amas de gravats.
Sur le terrain, plusieurs équipes de secouristes venues, entre autres, des Etats-Unis, de France, de République dominicaine, de Suisse sont à pied d'oeuvre pour tenter de retrouver des survivants dans les décombres.
Miracle sous l'hôtel
Dans les débris du luxueux Hôtel Montana, à Port-au-Prince, des sauveteurs français ont secouru jeudi soir sept Américains et une Haïtienne, tandis que des secouristes américains sauvaient une Française.
Difficulté supplémentaire, les sauveteurs doivent travailler en l'absence de toute coordination de la part des autorités locales, les principales infrastructures de l'Etat étant détruites.
«Au cours des dernières heures, 7000 personnes ont été enterrées», a déclaré jeudi soir le premier ministre péruvien, Velasquez Quesquen, depuis l'aéroport de Port-au-Prince, où il coordonnait l'aide de son pays, après s'être entretenu avec le président haïtien, René Préval.
C'est vraiment sans commentaires que des écoles, des hôpitaux, se soient écroulés alors que la prison a laissé s'échapper des condamnés à vie.
16.01.2010 - 10:07 par Cbambu
vivement que les marines soient là pour rétablir un semblant de sécurité. Et à ceux qui vont dire que les américains vont coloniser ce pays, que FONT LES AUTRES ?????
17.01.2010 - 00:36 par kroux
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