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Le 9 novembre 1989, devant la Porte de Brandebourg, des centaines d'Allemands de l'Ouest gravissent le mur.
Liesse à Berlin, calme plat à Berne: les conseillers fédéraux ont été «pris de court» par les événements en RDA et mettront quatre jours pour s'exprimer publiquement.Le lendemain de l'ouverture des frontières, le Département fédéral des affaires étrangères déclarait: «On ne peut tout de même pas faire des commentaires sur tout ce qu'il se passe dans le monde!»
Christine Salvadé - le 07 novembre 2009, 23h58
Le Matin Dimanche
François Couchepin a beau réfléchir, il ne se souvient de rien. Le brouillard. Comme tant d'autres, le vice-chancelier de la Confédération de l'époque a vu tomber le mur de Berlin à la télévision, sans y croire. Mais il n'a rien à raconter sur l'ambiance au Conseil fédéral ce jour-là.
Et pour cause: il ne s'y est rien passé. Le soir du jeudi 9 novembre 1989, Adolf Ogi a, lui aussi, contemplé la fissure dans le mur à la télévision, dans son bureau du Département fédéral des transports. Et ensuite? Une séance? Une déclaration? Un communiqué du Conseil fédéral? Non. Adolf Ogi est rentré à la maison: «Nous nous sommes réunis le mercredi suivant, comme d'habitude», dit l'UDC bernois.
La chute du mur de Berlin a surpris la plupart des gouvernements européens. Mais le Conseil fédéral s'est particulièrement illustré par son manque de clairvoyance.
«On a été pris de court»
Oswald Sigg, qui succédera à Achille Casanova en 2005 comme porte-parole du Conseil fédéral, était à ce moment-là rédacteur en chef de l'Agence télégraphique suisse. «Le 10 novembre, j'ai demandé à ma rédaction de recueillir une réaction du Département fédéral des affaires étrangères», se souvient-il. Le journaliste s'affaire toute la journée. Il arrive penaud à la séance de réaction du soir avec une citation qu'il ne juge pas publiable. «Le DFAE lui avait répondu: «On ne peut tout de même pas faire des commentaires sur tout ce qu'il se passe dans le monde!» J'ai trouvé cette réaction significative et nous l'avons diffusée», raconte Oswald Sigg. Et la dépêche d'agence fit le tour du monde.
Ce n'est que quatre jours après l'événement que René Felber, le chef du Département des affaires étrangères, organise une conférence de presse, poussé par la presse parlementaire qui juge son silence inacceptable. Entre-temps, le samedi, François Mitterrand avait convoqué à Paris les chefs d'Etat de la Communauté économique européenne (CEE) pour discuter de la nouvelle ère qui s'ouvrait en Europe. A Berne, le chef de la diplomatie tente de se justifier: «Tout s'est passé tellement vite que nous avons été pris de court!» Le Neuchâtelois se dit «très impressionné» par la puissance des citoyens est-allemands, leur détermination et leur action non-violente et souhaite que cette nouvelle situation contribue à «l'instauration d'un ordre stable en Europe». Mais le chef de la diplomatie suisse est incapable d'imaginer la suite. Il déclare même ce jour-là que «la réunification des deux Allemagnes n'est pas à l'ordre du jour».
«Au fond, on n'avait rien compris, résume aujourd'hui François Couchepin. J'en ai appris davantage à la télévision ces jours-ci qu'à mon poste à la Confédération en 1989.» «Je me souviens que j'avais alors de sérieux doutes sur la capacité du Conseil fédéral à gouverner», avoue Raymond Loretan, ancien conseiller personnel d'Arnold Koller au Département fédéral de justice et police, qui deviendra ensuite Consul Général de Suisse à New York.
Et l'ambassadeur en RFA était ivre
René Felber ne pouvait guère compter sur son ambassadeur en République fédérale d'Allemagne en cette fin d'année 1989 pour le renseigner sur la situation allemande. Alfred Hohl venait tout juste de recevoir un blâme pour avoir tenu, complètement ivre pendant une croisière sur le Rhin, des propos blessants envers des Allemands. Le blâme n'a pas suffi: le 22 novembre, l'ambassadeur suisse était à nouveau surpris en état d'ébriété par la police au volant de sa voiture dans les rues de Cologne.
Les doutes de Raymond Loretan
Ce mur de silence helvétique s'explique en partie par le contexte politique. A mi-chemin entre deux refus d'adhésions internationales (l'ONU en 1986 et l'EEE en 1992), le pays vit une période d'isolement. «Nous étions en pleine confusion, toutes les énergies étaient absorbées par les problèmes intérieurs», analyse Raymond Loretan. «Nous vivions un transfert du patrimoine public au patrimoine privé, c'est l'époque de l'introduction du 3e?pilier. La fin des années 80 était la grande époque du néolibéralisme et tout le monde s'attendait à vivre encore un demi-siècle de lutte anticommuniste», explique de son côté l'historien Hans Ulrich Jost.
En 1989, la Suisse vivait dans les remous de l'Affaire Kopp. La première conseillère fédérale, poussée à la démission en décembre 1988, laisse derrière elle un champ d'introspection sans précédent sur le fonctionnement des institutions. Dirigée par le jeune conseiller national socialiste Moritz Leuenberger, la Commission d'enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les manquements reprochés à la cheffe de la police fédérale et à ses services, révèle, quelques jours après la chute du Mur, l'existence de plus de 900'000 fiches récoltées durant des années et conservant les données personnelles de soi-disant suspects: socialistes, écologistes, journalistes... «Nous faisions notre propre perestroïka», résume Raymond Loretan.
1989 en Suisse: du départ d'Elisabeth Kopp au scandale des fiches
13 janvier 1989 La conseillère Elisabeth Kopp démissionne après les conclusions du rapport d'enquête sur les fuites survenues dans son département dans le cadre de l'affaire Shakarchi.
1er février Le radical lucernois Kaspar Villiger est élu au Conseil fédéral pour remplacer Elisabeth Kopp.
24 février Le pirate de l'air libanais Hussein Hariri est condamné à la réclusion à vie par le Tribunal fédéral pour avoir détourné un avion d'Air Afrique sur Genève et assassiné l'un des otages.
27 février A l'unanimité, le Conseil national décide la levée de l'immunité parlementaire d'Elisabeth Kopp et autorise l'ouverture contre elle d'une enquête pénale pour violation du secret de fonction et entrave à l'action pénale. Du jamais vu depuis 1948.
6 mars Le Conseil fédéral suspend avec effet immédiat le procureur général de la Confédération Rudolf Gerber, soupçonné d'erreurs et de manquements, notamment dans le cadre de l'affaire Kopp
28 avril Le parti républicain suisse, dont le chef de file était James Schwarzenbach, annonce sa dissolution.
6 mai Le Concours Eurovision de la chanson est retransmis en direct du Palais de Beaulieu à Lausanne pour 600 millions de téléspectateurs. C'est Lolita Morena et Jacques Deschenaux qui présentent l'événement.
4 juin En votations fédérales, le peuple rejette avec 51,1% de non l'initiative populaire pour une protection des exploitations paysannes et contre les fabriques d'animaux (dite «initiative des petits paysans»).
12 juin Gros succès de l'opération des parrainages communaux pour venir en aide aux villages roumains.
6 octobre Deux collaborateurs du CICR, Elio Erriquez et Emanuel Christen, sont enlevés au Liban. Une vaste campagne est entreprise pour hâter leur libération. La télévision compte les jours et diffuse leur portrait chaque soir.
12 novembre Élections cantonales à Genève: Dominique Föllmi, Guy-Olivier Segond, Christian Grobet, Jean-Philippe Maitre, Claude Haegi, Olivier Vodoz et Bernard Ziegler sont élus au Conseil d'Etat.
13 novembre Inauguration au CERN du Large Electron Position Controller (LEP), un collisionneur de particules géant.
24 novembre La Commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Kopp révèle l'existence de plus de 900'000 fiches sur des citoyens suisses jugés suspects.
26 novembre L'initiative «Pour une Suisse sans armée et une politique globale de paix» est rejetée mais fait un score inattendu: 35,6% des citoyens l'ont approuvée, ainsi que deux cantons, Genève et Jura.
Source: «Avenir incertain... Vivons au présent! La Suisse de 1980 à 1989», Ed. Eiselé
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Comme d'habitude la sieste est primordiale on se réveillerat dans cent ans, quand le prince charmant viendrat nous dire que nous ne sommes plus au moyen-âge,pauvre suisse
08.11.2009 - 01:06 par prosperhiscope
SI c'est pas 10 ans ,20 ans de retard,c'est 4 jours,ça s'améliore pas avec les années.Triste...
08.11.2009 - 08:00 par bewie
OUI je me souviens de cet être humain faisant partie de mon entourage professionnel, qui était jeune, décédé de chagrin de n'avoir jamais pu revoir ses parents. Quant au Palais fédéral, comme d'habitude, perdu dans leur petite cuisine oubliant l'essentiel qui a touché gravement une partie du peuple allemand.
08.11.2009 - 08:49 par justifié
La Suisse a un gouvernement qui administre mais qui ne fait pas de politique, car le peuple lui tend des escarmouches au grand bêtisier, il faut dire que lorsque vous voyez le niveau de ce conseil, cela ne vole pas très haut.
08.11.2009 - 08:55 par TM
L'Allemagne chute le mur et (re)construit avec le peuple. La Suisse est dans le mur mais.... "chut" !!! Ne pas déranger SVP !!!!!!!!!!
08.11.2009 - 10:40 par Elle2
Le Conseil fédéral était alors paralysé par les attaques lui reprochant d'abandonner la traditionnelle politique de neutralité Pendant ce temps, la diplomatie française était complètement dépassée par les évènements.
08.11.2009 - 11:22 par Tyane
Ca prouve surtout que les conseillers fédéraux d'hier n'étaient pas plus éclairés que ceux d'aujourd'hui.
08.11.2009 - 14:08 par philaz
Huitante-neuf était quand-même une année de grande prospérité économique. Croissance de 4,5%, chômage à 0,5%, excédents publiques aux trois nivaux de la confédération...puis s’ensuivit la débâcle des années nonante. Ces années-là me manquent...évidemment, j’étais plus jeune aussi.
08.11.2009 - 20:09 par on dit huitant et non 4 20
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