Image © JEAN-GUY PYTHON
Les secours ont dû creuser une tranchée de 8 m de profondeur pour accéder au brasier.
Le brasier au centre de Lausanne n'est toujours pas éteint, cinq jours après les premières flammes. Les circonstances du drame soulèvent plusieurs questions sur la sécurité des locaux incendiés
Dominique Botti - le 28 septembre 2009, 23h09
Le Matin
«Nous revenons de l'enfer», témoignent David Reber et Roger Pieren. Les deux pompiers volontaires du SDIS de la Venoge (VD) viennent de sortir du deuxième sous-sol en flammes du bâtiment de l'avenue de Provence, au centre de Lausanne.
Ces hommes du feu ont le visage noir de suie. Ils sont en sueur, fatigués. Mais soulagés d'être remontés à la surface. Ces deux volontaires sont restés vingt minutes dans «l'enfer» pour éteindre les derniers, mais nombreux, foyers résiduels. Une minute de plus et la situation serait devenue dangereuse. La chaleur était insoutenable. Pire encore, une partie de la structure du bâtiment a été endommagée et comportait des risques d'effondrement. Les hommes du feu doivent donc avancer selon un chemin tracé par les ingénieurs et étayé pour le sécuriser.
50 000 cartons de papiers
Cinq jours après le début de l'incendie, les pompiers ont donc réussi à le maîtriser. Mais pas à l'éteindre. La tâche est énorme. Le feu a pris dans les locaux
de Secur'Archiv, une société qui stocke les archives d'entreprises. En tout, 3000 m³ de documents. Soit 50 000 cartons de papiers qui sont disposés sur des étagères ou dans des armoires sécurisées et qui sont disposés sur 4600 m2 de surface - soit les trois quarts d'un terrain de football.
«Tout a brûlé ( ndlr: hormis des documents numérisés dans une pièce protégée ), ajoutent les deux pompiers volontaires. Il ne reste plus que des tas de cendres au sol qui semblent inoffensives. Mais un coup de lance à incendie et les flammes peuvent reprendre.»
De mémoire de pompier, cet incendie est «exceptionnel», ajoute Marc Vuilleumier. Le municipal lausannois de la sécurité a contribué au déploiement d'un dispositif tout autant hors du commun. Policiers, médecins, pompiers, agents de sécurité et même soldats de l'armée ont été mobilisés. «Au plus fort de la crise, il y avait 370 personnes sur le site», détaille le commandant des pompiers de Lausanne, Jean-Luc Berney.
Comment la situation a-t-elle pu dégénérer? Car, jeudi dernier à 15 h 50, tout aurait commencé suite au banal déclenchement d'une alarme incendie dans les locaux de Secur'Archiv. «Deux de nos employés ont tenté d'éteindre le foyer avec un extincteur», raconte Pierre-Alain Rattaz, de Secur'Archiv. En vain, le feu prenant rapidement le dessus. Et les premiers pompiers arrivés sur place constatent l'épaisse fumée. Ils appellent immédiatement des renforts.
Sans murs antifumée
Apparemment, il n'y aurait pas, ou peu, de murs antifumée ou de portes de sécurité dans cet espace gigantesque de Secur'Archiv, délimité par de simples étagères et des armoires sécurisées. De plus, les flammes auraient été attisées par des appels d'air difficilement maîtrisables. Finalement, et surtout, les secours ne disposaient que de quatre cages d'escalier pour descendre au deuxième sous-sol. «Seules quatre petites portes nous permettaient ainsi d'y accéder», explique Jean-Luc Bernet. Un vrai casse-tête pour les secours qui ont dû se creuser les méninges pour trouver la solution (voir infographie).
Au final, ce ne sont pas seulement les 150 entreprises vaudoises qui ont confié leurs archives à Secur'Archiv à être lésées. D'autres sociétés, logées dans le bâtiment en feu, n'ont pu reprendre le travail hier. Une catastrophe pour certains qui auraient évoqué déjà la faillite. Ces pertes s'ajoutent aux coûts financiers des secours pour lutter contre le feu. Qui paiera les pots cassés? Le drame serait d'origine accidentelle, selon les premiers éléments d'une enquête qui n'a pas pu encore véritablement commencer.
| Les archives brûlées étaient déjà mortes
Dans les locaux qui ont pris feu, les flammes auraient quasi détruit 50 000 cartons d'archives de 150 entreprises vaudoises. «Ce sont des archives mortes», explique Pierre-Alain Rattaz, de Secur'Archiv, la société responsable. «Ce sont des documents administratifs peu sensibles (copies de fiches de salaires, etc.). On doit les conserver pour des raisons légales, environ dix ans.» Il serait encore trop tôt pour chiffrer les dégâts. Et il est impossible, à ce responsable, de dévoiler les noms de ses clients concernés par souci de confidentialité. Selon Pierre-Alain Rattaz, le système de sécurité a fonctionné. «Notre alarme sur le site s'est bien déclenchée.» Et sur la question de l'absence de parois antifeu et de portes de sécurité dans les locaux embrasés? Il reconnaît que s'il le faut, la vigilance sera renforcée dans leurs dépôts en Suisse. A titre de comparaison, les archives publiques du canton de Vaud à Dorigny sont réparties dans 23 pièces cloisonnées de 256 m2 par d'épais murs en béton. Il y a des portes antifeu qui se ferment automatiquement au besoin, tout comme la ventilation pour empêcher les appels d'air, selon l'adjoint du directeur des archives, Christian Gilliéron. |

Il existe une assurance perte d'exploitation en cas d'incendie. Mais il fallait la conclure avant!
28.09.2009 - 23:51 par chris61
Tiens pas aux normes ? qlqq 1 aurait oublié de faire son travail dans un service précis ?... meuh nan voyons pas possible..
29.09.2009 - 00:42 par Lady_G
"Des archives mortes". J'adore. On risque l'intégrité physique de pompiers remarquables pour des "archives mortes". Le zéro papier de l'informatique à généré plus de papier inutile qu'autre chose. Bravo aux soldats du feu pour le boulot. Aux reglementations de s'adapter
29.09.2009 - 09:18 par Crazy Joe
Presqu'éteint, félicitations à tous les DEVOUES de ce résultat. Et cela pour des papiers. Vous aurez mérité un grand repos. De plus, le ciel risque de tomber sur la tête de ceux qui interviennent. Maintenant, le déblayage... ne le faites pas s'il y a le moindre risque, cela ne vaut pas la peine.
29.09.2009 - 09:45 par Bad
Pour information, les archives mortes ne désignent pas des archives inutiles mais des archives devenues historiques. L'archivistique a ses définitions bien précises, renseignez-vous ! Imaginez : si dans ce dépôt se trouvaient le dossier personnel de votre arrière-arrière grand-père, votre dossier médical, ou encore vos fiches de paie indispensables pour reconstituer votre carrière dans quelques années, vous considérerez le sinistre avec moins de légèreté et de mépris.. Affaire Cologne bis ...
01.10.2009 - 17:45 par sophysm
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