Jeudi 1 septembre 2016 | Dernière mise à jour 07:30

Courts métrages suisses «Tous à table» d’Ursula Meier

Chaque vendredi, le court métrage d’un cinéaste suisse sera mis en ligne pendant 24 heures en partenariat avec SWISS FILMS. Ce nouveau rendez-vous démarre avec «Tous à Table» d’Ursula Meier, tourné en 2001. Interview.

Ursula Meier: «Je dis toujours à mes étudiants qu’il faut se lâcher dans le court métrage.»

Ursula Meier: «Je dis toujours à mes étudiants qu’il faut se lâcher dans le court métrage.»

L’Enfant d’En Haut (2012), bande annonce

Home (2008), bande annonce

Mini-bio

1971 Naissance à Besançon,
bi-nationale (suisse et française)
1990-94 Etudes de cinéma à
l’Institut des Arts de Diffusion (Belgique)
1994 Le Songe d'Isaac (travail de fin d’étude)
1998 Des Heures sans sommeil
2000 Autour de Pinget
2001 Tous à Table, Pas les flics, pas les noirs,
pas les blancs
2002 Des Épaules solides
2004 Monique Jacot et Alain de
Kalbermatten, portraits de
photographes
2008 Home
2012 L'Enfant d'En Haut (Sister)

Partenariat

La fondation SWISS FILMS est l’agence de promotion du cinéma suisse. En tant que partenaire des cinéastes, elle renforce la visibilité et la perception positive de la culture cinématographique helvétique en Suisse et à l’étranger. Les missions principales de la fondation sont le rayonnement, le relais culturel et la mise en réseau du cinéma suisse.

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Raconter une histoire et dépeindre des personnages crédibles en quelques minutes. Saisir une émotion ou un basculement en quelques mots et images. C’est un peu tout cela, le court métrage.

Chaque vendredi, nous vous proposons de découvrir ici le travail d’un cinéaste suisse sur ce format exigeant. Et rien de tel pour démarrer avec panache cette nouvelle série que de piocher dans le répertoire de la cinéaste franco-suisse Ursula Meier, aux multiples récompenses internationales.

«Tous à Table» est tourné en 2000 en Belgique. Ce film de trente minutes, en noir et blanc, est enregistré en deux nuits. Il raconte une soirée d’anniversaire entre amis. La fête prend soudain un drôle de tournure lorsque l’un des convives pose une devinette impliquant trois fourmis.

Un peu plus de dix ans après sa sortie et après avoir récolté plusieurs prix, Ursula Meier a accepté de revenir sur ce projet audacieux qui a failli ne jamais voir le jour. Elle parle aussi de son amour sans réserve du court métrage, qu’elle conçoit comme un véritable lieu de liberté d’expression et d’expérimentation.

Sur quoi aviez-vous eu envie de travailler en tournant «Tous à Table»?

Ursula Meier: J’avais besoin de quelque chose de différent après mon travail de fin d’étude (Le Songe d’Isaac) qui avait été construit sans dialogue et où tout était contrôlé. J’avais même conçu la bande sonore comme une partition de musique dans laquelle chaque bruit tenait un rôle précis… Mais au final, quelque chose sur le plateau, un moment de grâce, m’avait échappé, et c’est ça qui m’avait plu. Après ce film, j’avais donc un énorme désir de lâcher prise, c’est comme si j’avais envie de toucher une autre limite.

Comment s’est déroulé le tournage?

Tout a démarré grâce à l’argent reçu par mes prix de fin d’école. J’avais écrit un traitement-scénario avec des bouts de dialogues, car je ne tenais pas à ce qu’il n’y ait que de l’impro… Les comédiens avaient le choix de s’investir jusqu'à une certaine limite qu'ils s'imposaient. Sur la table, j’avais disposé par exemple des boissons alcoolisées et non alcoolisées qu’ils pouvaient choisir. J’avais surtout envie de tourner très vite. L’omniprésence des dialogues, créant un «sur-plein», faisait partie du lâcher prise.

Cette idée de devinette, ça vous est venu comment?

J’ai moi-même vécu ce moment avec des amis. Une personne a posé cette devinette. Et j’ai trouvé fascinant de constater que toutes les personnes y répondaient en fonction de leur vision du monde, de leur rapport à la vérité et de leur relation aux autres. Lors de sa première projection au Festival international de Court métrages de Clermont-Ferrand, tout le monde dans la salle essayait aussi d’y répondre à voix haute, c’était incroyable, cela devenait un happening… Du moins jusqu’à ce que l’histoire reprenne le dessus…

Quel regard posez-vous sur «Tous à Table» aujourd’hui?

J’y vois une prise de liberté immense. «Le Songe d’Issac» et «Tous à Table» constituent à mes yeux les deux piliers de mon cinéma jusqu’à aujourd’hui. Le succès auprès du public m’avait aussi beaucoup touchée et encouragée à continuer de chercher, car je traitais alors de questions très personnelles sur le cinéma. Ce film était une manière de confronter tout ce que j’avais appris durant mon école. J’avais donc surtout un besoin physique de le tourner et ne pensais pas forcément le terminer, car il était très expérimental. Il sortira d’ailleurs plusieurs années après le tournage.

Vous êtes passée désormais aux longs métrages. A quoi sert les formats courts dans la carrière d’un cinéaste?

Je donne justement un atelier à l’ECAL de trois jours là-dessus. Je dis toujours à mes étudiants qu’il faut se lâcher dans le court métrage. C’est là qu’il faut risquer des choses personnelles, expérimenter et interroger le cinéma, car on n’a très peu de comptes à rendre. Les contraintes, de temps et d’argent pour le court métrage, mais aussi de manière générale, sont pour moi un plus en terme de créativité. Je reste donc une fan inconditionnelle de courts métrages. On y voit des trucs culottés. J’en achète régulièrement... et n’exclus pas d’y retourner. (nxp)

(Créé: 04.05.2012, 10h31)

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