Mercredi 7 décembre 2016 | Dernière mise à jour 21:04

Portrait L'ex-patron qui veut aider son prochain

Nicolas Rouge, ancien directeur d’Henniez et actuel municipal à Giez, a lancé un appel afin que chaque village suisse héberge une famille de réfugiés.

Seriez-vous prêt à accueillir un réfugié?

Mini bio

1963
Naît le 4 janvier à Lausanne.


1990
Termine ses études HES d’économiste d’entreprise à Lausanne. Spécialisation: marketing


2000
Devient directeur général de Sources Minérales Henniez SA.


2005
Son épouse et lui adoptent Kim, leur première fille.

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L’ odeur de la peinture est encore perceptible. Au sol, le parquet est luisant, lisse. «Touchez! C’est nickel!» suggère l’homme qui nous fait visiter le logement. C’est là que va s’installer une famille originaire d’Alep, la deuxième plus grande ville de Syrie. L’habitation, qui a été mise à disposition par son ami et syndic de Giez, Jean-Daniel Cruchet, est prête.

Nicolas Rouge se réjouit. Il attend ce moment depuis plusieurs mois déjà. Si son appel n’a été lancé qu’en septembre sur les ondes de la RTS, son projet était déjà mûrement réfléchi: «Un village, une famille».

Une famille multiculturelle

«L’idée est venue le printemps dernier. On a commencé à en parler en famille. Et on s’est dit qu’on pourrait très bien accueillir ces pauvres réfugiés ici dans le village.»

Ce papa de deux petites filles adoptées, aux origines différentes, a eu une véritable révélation en voyant ces migrants traverser désespérément la Méditerranée, puis également lorsqu’il a vu les images du tremblement de terre au Népal.

Ce ne sont pas ses convictions religieuses qui l’ont décidé d’agir, mais une volonté citoyenne: «Je suis protestant, mais je ne vais pas souvent à l’église. Malheureusement j’y vais lorsqu’il y a des décès. Et heureusement aussi lorsqu’il y a des mariages», plaisante-t-il. «Il s’agit simplement d’une action sociale», précise le municipal.

Avec près de 1400 jours de service à l’armée - dont une bonne série dans des abris antiatomiques -, ce lieutenant-colonel estime très difficile de pouvoir intégrer les migrants dans la société si on les confine sous terre, dans les conditions des abris. D’où son idée d’héberger les réfugiés dans des villages.

D’après Nicolas Rouge, le calcul est simple. Il y a environ quatre mille villages en Suisse. Si chacun accueille une famille de trois à cinq réfugiés, cela fait quelque 16 000 personnes qui seraient disséminées dans tout le pays.

«J’aime mon prochain. L’essentiel est d’avoir le respect de la personnalité», sourit l’ancien directeur d’Henniez. Le but de son appel? Créer un effet boule de neige: «Il faut montrer l’exemple. Et celui-ci sera repris dans d’autres communes.»

Enthousiaste et impatient que son idée se concrétise, il a créé, avec la complicité de Jean-Daniel Cruchet, une association. Le tout en quatre heures seulement. «Suite aux téléphones de mon épouse et de moi-même, nous a avons constitué un comité, organisé une assemblée, rédigé des actes et des statuts et ouvert un compte.»

Investissement en temps

Avec les membres de l’association, qui regroupe une septantaine de membres déjà, le syndic et le président d’«Un village, une famille» ont refait à neuf l’appartement destiné au couple syrien et à ses trois enfants. «Comment se fait-il qu’en tant qu’ancien patron d’Henniez j’aie imaginé un projet tel que celui-là? Mais avoir du cœur, ce n’est pas réservé aux gens de gauche!» martèle Nicolas Rouge.

Sa notoriété, son réseau, sa fonction de municipal et le fait qu’il se rende régulièrement à Berne assister aux discussions sur les réfugiés, tout cela a contribué à l’aboutissement de cette initiative. A-t-il dépensé beaucoup d’argent? «J’ai investi beaucoup de temps, c’est le plus important», conclut-il. (Le Matin)

(Créé: 09.01.2016, 09h02)

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