Samedi 10 décembre 2016 | Dernière mise à jour 11:17

Crash en Ukraine La Malaysia Airlines au bord du gouffre

Toute compagnie aérienne serait mal en point après avoir perdu un avion de ligne, surtout si elle était déjà nettement déficitaire. Avec la perte d'un deuxième appareil, en quelques mois, Malaysia Airlines est au bord du précipice.

La compagnie aérienne Malaysia Airlines (MAS)est au bord du précipice. (Photo d'illustration)

La compagnie aérienne Malaysia Airlines (MAS)est au bord du précipice. (Photo d'illustration) Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les experts soulignent la gravité de la situation financière de la compagnie malaisienne, tout en rappelant que d'autres transporteurs aériens, comme Korean Air ou l'indonésienne Garuda, un temps au bord de la faillite, sont parvenus à reprendre de la hauteur.

Malaysia Airlines (MAS) nécessite une intervention immédiate de la part du fonds d'investissement public qui détient 69% de son capital, et une restructuration en profondeur si elle veut survivre à la double tragédie du MH370 et du MH17, selon les analystes.

La compagnie souffrait déjà de réservations en recul et de pertes grandissantes depuis des années lorsque le vol MH370, avec 239 personnes à bord, a mystérieusement disparu entre Kuala Lumpur et Pékin le 8 mars. Le crash du MH17, le 17 juillet dans l'est de l'Ukraine, et la mort des 298 personnes à bord ont rendu la situation encore plus cauchemardesque.

«Pour Malaysia Airlines, la dure réalité est qu'après le MH17, si le gouvernement ne propose pas très vite un plan stratégique, chaque jour qui passe contribuera à son auto-destruction et finalement à sa mort», déclare Shukor Yusof, analyste au cabinet de consultants Endau Analytics. MAS perd «d'un à deux millions de dollars par jour» et sa trésorerie lui permet de «rester à flot six mois», estime-t-il.

Nom associé

La catastrophe du MH17 n'avait rien à voir avec la compagnie malaisienne: le Boeing a été abattu par un missile, tiré selon les Américains depuis la zone contrôlée par les rebelles séparatistes prorusses en Ukraine. Mais les analystes ne s'attendent pas moins à une nouvelle chute des réservations, comme cela avait été le cas après la disparition du MH370.

«La perception est une donnée clé dans le secteur du transport aérien», explique Jonathan Galaviz, de Global Market Advisors, un cabinet spécialisé dans le tourisme. «Et malheureusement pour Malaysia Airlines, les clients potentiels à l'international vont lier son nom à des tragédies» aériennes.

Certains analystes prévoient que Khazanah Nasional, le fonds d'investissement de l'Etat malaisien, qui détient 69% de la compagnie, va retirer MAS de la Bourse et mettre en place de strictes mesures de réduction des coûts et autres réformes.

Gestion médiocre, interférence du gouvernement, effectifs pléthoriques et syndicats refusant tout changement sont les maux qui accablent la compagnie depuis plusieurs années, estiment unanimement les experts. MAS a perdu 4,1 milliards de ringgits au total (1,17 millard de francs) de 2011 à 2013.

Et 443 millions de ringgits supplémentaires sur le premier trimestre 2014, à cause selon elle de «la chute vertigineuse» des réservations après l'affaire du MH370.

Redressement possible

Khazanah Nasional n'a pas souhaité donner de détails sur sa stratégie pour l'avenir de Malaysia Airlines.

D'autres compagnies sont parvenues à renaître de leurs cendres, notent les analystes. Dans les années 90 et au début des années 2000, l'indonésienne Garuda ployait sous un lourd endettement et pâtissait d'une réputation exécrable en matière de sécurité. Un de ses avions s'est écrasé sur Sumatra en 1997, tuant les 234 personnes à bord, crash le plus meurtrier de l'histoire de l'archipel.

Un ancien banquier, Emirsyah Satar, est alors nommé à la tête de la compagnie avec pour mission de la redresser. Opération réussie. En 2010, Garuda est distinguée par le cabinet spécialisé londonien Skytrax comme étant la compagnie s'étant le plus améliorée.

Korean Air a elle aussi traversé une passe très difficile dans les années 1980 et 1990 après plusieurs accidents qui ont fait au total plus de 700 morts. Sous la conduite vigoureuse de David Greenberg, un ancien dirigeant de Delta Air Lines, elle change du tout au tout ses pratiques opérationnelles et de sécurité. Elle est aujourd'hui une des compagnies les plus respectées.

Vecteur clé

Le gouvernement malaisien et Khazanah font face à «une tâche titanesque» mais peuvent beaucoup apprendre des transporteurs qui ont fait appel à «des professionnels du secteur, indépendants et expérimentés, dotés de compétences et de savoir-faire», souligne l'analyste Shukor Yusof.

Malaysia Airlines est actuellement synonyme de «catastrophes aériennes, mauvaise gestion, manque de discipline et autres facteurs négatifs», ajoute-t-il.

Et rétablir la compagnie est également crucial pour doper le tourisme en Malaisie, un secteur que le gouvernement veut développer. MAS est en effet un vecteur clé pour amener dans le pays les touristes étrangers. (ats/nxp)

(Créé: 28.07.2014, 07h30)

Sondage

La fin de la franchise à 300 francs peut-elle responsabiliser les assurés aux coûts de la santé?




Offres spéciales - Pour s'offrir ou pour offrir, les idées sont là !

Contact

Service clients

Abonnement et renseignements
Nous contacter
lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
Adresse postale:
Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.