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Ciel sombre sur la zone euro: «Logique», selon l'expert

Crise

L’Allemagne risquant de perdre son triple A chez Moody’s, les bourses qui s'affolent et les taux espagnols qui grimpent: la crise de l’euro résiste. Et pourrait s’aggraver, juge Michel Juvet, associé de la Banque Bordier.

Par Pierre-François Besson. Mis à jour le 25.07.2012 8 Commentaires
Une mutualisation déguisée des dettes est en train de s’installer dans la zone euro.

Une mutualisation déguisée des dettes est en train de s’installer dans la zone euro.
Image: Keystone

Espagne et Grèce

Un plan de sauvetage pour l’Espagne peut être évité, juge Michel Juvet. À deux conditions. La mise en place du MES, qui permettra d’acheter des dettes espagnoles et de financer la restructuration bancaire. Et la supervision de toutes les banques en Europe par la Banque centrale européenne.

«Si ces éléments se mettent vite en place, il n’y aura pas besoin d’un plan de sauvetage espagnol. S’ils sont reportés de septembre à la fin de l’année, la situation va vite devenir dramatique.»

«Pour ce qui est de la Grèce, je reste convaincu qu’elle n’arrivera pas à s’en sortir en restant dans l’euro.»

Avertissement sur la France

Comme d’autres pays européens, la dette française attire les investisseurs en quête de havre. Ils vont jusqu’à la payer pour lui prêter. Mais cette situation se retournera très vite, prévoit Michel Juvet.

Pour l’associé de la Banque Bordier, la situation de la dette française se détériore encore ces derniers mois. Les taux devraient reprendre l’ascenseur à la rentrée. Et la note de l’Hexagone être dégradée par les agences de notation.

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En début de semaine, les taux d'intérêts à 10 ans de Madrid ont battu des records. Les bourses ont flanché, tout comme l’Allemagne, malmenée par Moody’s. Décryptage et perspective avec Michel Juvet de la Banque Bordier.

Le Matin – Moody's vient d’abaisser de «stable» à «négative» la perspective de la dette publique de l'Allemagne, des Pays-Bas et du Luxembourg. Est-ce inquiétant?

Michel Juvet – C’est logique, en tout cas. Une mutualisation déguisée des dettes est en train de s’installer dans la zone euro. Les fonds européens – le MES et le FESF – sont une forme de mutualisation. L’augmentation des fonds propres et du capital de la Banque européenne d’investissement passe aussi par une mutualisation des garanties. Indirectement, cette charge se répercute petit à petit sur les pays dits en bonne santé. Ce qui pénalise leur rating, dans une perspective de croissance économique partout morose en Europe.

Comment expliquer l’humeur maussade des marchés ces derniers jours?

Chaque fois que l’Europe annonce un plan et qu’elle ne l’applique pas immédiatement, la déception est là. Elle est double cette fois-ci. Les résolutions prises au sommet de juin étaient intéressantes. Mais très vite, on s’est rendu compte que le MES [Mécanisme européen de stabilité, n.d.l.r.] ne pourrait pas fonctionner avant l’autorisation d’une cour allemande en septembre. Ce MES pourrait servir à acheter de la dette espagnole ou italienne. Le plan bancaire espagnol est lui aussi en partie reporté. On constate un même syndrome, l’implémentation retardée de ces décisions, qui fait perdre la confiance des créanciers ou des investisseurs. En plus, en période de vacances, les volumes sont traditionnellement plus faibles. Et les volatilités un peu plus élevées.

Selon vous, la crise de l’euro va-t-elle encore s’aggraver?

On peut le craindre. Les taux espagnols et italiens se mettent à monter encore. Simplement parce que les marchés ont peur que la banque centrale européenne n’intervienne pas. Et que cela aggrave la crise. D’ici septembre, tous les yeux seront donc braqués sur la Banque centrale européenne. Deux mesures sont possibles. Elle pourrait réactiver son programme d’achat d’obligations gouvernementales, stoppé à la fin de l’année passée. Et acheter cette fois des titres italiens et espagnols, pour éviter que ces taux ne dérapent. C’est la mesure que tout le monde attend.

Et l'autre mesure?

La Banque centrale européenne pourrait aussi décider d’appliquer des taux d’intérêt négatifs sur les dépôts des banques. Du jamais vu. L’objectif serait de faire repartir la liquidité de la Banque centrale européenne vers d’autres banques et vers les marchés obligataires. Mais rien n’est sûr. Et une telle décision, assez révolutionnaire, pourrait aussi vite s’avérer pire que la mal si la confiance ne revient pas dans les institutions européennes. Cette décision aurait aussi des répercussions sur la Banque nationale suisse, qui devrait se mettre à payer pour placer ses euros.

Les leaders politiques européens ont-ils pris la mesure de l’ampleur du problème, selon vous?

Je pense. Mais les marchés s’emballent très vite et les hommes politiques croient toujours qu’ils ont du temps devant eux. (Newsnet)

Créé: 25.07.2012, 08h00

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8 Commentaires

Antoine Bailleul

25.07.2012, 09:01 Heures
Signaler un abus 4 Recommandation 0

On se demande bien qu'elles sont les motivations de ces soi-disants experts de Moody's, et autres émanations serviles des bourses londonniennes et new-yorkaises, à déstabiliser l'Europe? Ne me dites pas que s'est pour péréniser la suprématie financière et industrielle des zones $ + £ contre la zone €? Non... ils n'oseraient pas!!! Répondre


pierre piller

25.07.2012, 08:29 Heures
Signaler un abus 1 Recommandation 0

Ce que nous dit M. Juvet c'est que les placements sont à zéro risque, quelque soit l'emprunteur. J'aimerais bien qu'il explique alors pourquoi certains empruntent à 2% et d'autres à 7,50%. C'est ce qu'on appelle le risque. Les emprunteur ont mis en pension de Bunds à 2% pour placer en Grèce ou en Espagne à 7%. Pari perdu, qu'ils PERDENT. Plus l'euro ira bas, meilleur ce sera pour la zone..... Répondre