Lundi 29 août 2016 | Dernière mise à jour 00:00

Médias Et si la presse en crise était sauvée par un impôt?

Le quotidien Le Temps va licencier. La Frankfurter Rundschau dépose son bilan, le Financial Times allemand est menacé. Un expert estime que le marché ne suffit plus à financer les médias.

Le quotidien allemand

Le quotidien allemand "Frankfurter Rundschau" a déposé le bilan mardi.

La «Frankfurter Rundschau» au bord du gouffre

Le quotidien allemand «Frankfurter Rundschau» a déposé le bilan mardi, plongeant ses quelque 500 salariés dans l'incertitude. Ce journal emblématique de centre-gauche était en déficit depuis des années.

La décision a été prise en raison «de pertes massives de chiffre d'affaires dans la publicité et les ventes au premier semestre», ont expliqué ses actionnaires.

Les «gros efforts» de compression des coûts consentis par la direction et les salariés se sont révélés «insuffisants». «Nous avons longuement étudié ces derniers mois de quelle manière l'entreprise ou des parties pourraient être restructurées pour pouvoir sortir du rouge à moyen terme. Malheureusement ces réflexions n'ont pas livré de perspectives convaincantes», ont-ils encore déploré. (ats/AFP)

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«Le naufrage de la Frankfurter Rundschau ne signifie pas que tous les journaux sont en train de sombrer. Mais la branche des médias amorce une nouvelle phase de réajustement», explique Matthias Marmasin, professeur en économie des médias à l'Université de Klagenfurt (Autriche).

Comme Le Temps, ou l'édition allemande du Financial Times, «d'autres titres de qualité vont au-devant d'une situation critique», estime l'expert autrichien. «La tendance est perceptible depuis longtemps déjà aux Etats-Unis: il n'est plus guère possible de capitaliser sur la tradition et de la faire financer sur le marché des capitaux», ajoute-il sur Tagesanzeiger.ch.

Les difficultés de la Frankfurter Rundschau ne s'expliquent pas par un déficit d'innovation. De même, le Los Angeles Times ou le Baltimore Harold n'ont rien fait de faux. «Il faut comparer la situation à l'apparition des métiers à tisser mécaniques il y a 200 ans: des artisans ont disparu alors qu'ils n'avaient rien fait de faux».

«Manifestement, il n'est plus possible, dans les conditions actuelles de la société d'information capitaliste, de financer les médias par le biais du marché. Du moins pas dans une mesure suffisante», observe Matthias Karmasin.

Un impôt pour la presse

Le journalisme de qualité ne parvient pas non plus à se financer aujourd'hui sur internet. Comme il est essentiel à la démocratie, nos sociétés devront «se poser la question d'un soutien à la presse ou d'un impôt pour les médias». Autrement dit, il s'agit de «savoir si la public value doit se limiter aux médias électroniques» (radios et télévisions), ajoute l'expert autrichien.

Cette question se pose, selon le spécialiste autrichien, alors que 2013 s'annonce difficile pour la branche. La crise d'il y a deux ans était due à des «facteurs exogènes», liés à la crise financière. La crise aujourd'hui est «endogène», car la manière dont les médias sont reçus et produits est en train de changer.

Une génération accoutumée au gratuit

Matthias Karmasin doute que la solution puisse venir des «paywalls», soit des contenus payants en ligne. «Je crains qu'on n'ait élevé sur internet toute une génération qui s'est accoutumée à la gratuité de l'offre», explique-t-il.

«La branche des médias n'est pas parvenue à convaincre les gens que la qualité a un prix». Pourtant, d'autres domaines y sont parvenus, note Matthias Karmesin, qui cite les exemples de l'eau minérale et du chocolat. Des produits pour lesquels les gens sont prêts à payer un multiple pour obtenir des produits de marque. (nxp)

(Créé: 15.11.2012, 07h49)
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