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Jean Ziegler peut enfin dire «qui sont les canailles»

Témoignage

«Il y a aujourd'hui assez pour nourrir douze milliards d'êtres humains. Si des gens meurent de faim, c'est à cause de la spéculation, dénonce Jean Ziegler.

Par Marc-Henri Jobin. Mis à jour le 01.10.2012 60 Commentaires
«Mon ouvrage est aussi un livre d'espoir», explique Jean Ziegler, en tant qu'ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, fonction qu'il a occupée de 2000 à 2008.

«Mon ouvrage est aussi un livre d'espoir», explique Jean Ziegler, en tant qu'ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, fonction qu'il a occupée de 2000 à 2008.
Image: Keystone

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«Je peux dire enfin qui sont les canailles», répond le Genevois, interrogé sur ce qui le motive à témoigner encore et toujours sur la faim dans le monde. Pour la sortie de la version allemande son livre «Destruction massive. Géopolitique de la faim», Jean Ziegler fait lundi la Une du Tages-Anzeiger. Il dit avoir consigné ce qu'il a appris de 2000 à 2008 comme rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation.

«Longtemps j'ai dû me taire, parce que j'étais quotidiennement en contact avec des grands groupes, le Fonds monétaire International, la Banque mondiale et de nombreux chefs d’État», explique le sociologue, qui avoue que son silence lui a été pénible. Il s'est même «souvent senti comme un traître», par exemple en rejoignant les paysans mayas guatémaltèques dans sa grosse Toyota blanche frappée aux armes de l'ONU.

De l'espoir tout de même

«Ces gens très pauvres me regardaient les yeux plein d'espérance et je savais que je ne pouvais pas satisfaire leurs espoirs. Lorsque je leur demandais la seule chose qui puisse les aider, je savais que je n'avais aucune chance de faire passer l'idée d'une réforme agraire et que celle-ci serait balayée trois mois plus tard à New York», note l'ancien professeur et politicien genevois.

Jean Zieger dit ne pas être désillusionné pour autant. Son ouvrage, dit-il, est «aussi un livre de l'espoir». Car pour la première fois dans l'Histoire de l'humanité, il serait aujourd'hui possible de nourrir tout le monde.

«Le fait qu'un enfant de moins de 10 ans meurt de famine toutes les cinq secondes et que près d'un milliard d'êtres humains sont fortement sous-alimentés relève du massacre». C'est une sorte de «crime organisé», commente-il.

Pas coupables mais complices

Nous ne sommes pas coupables de cette situation dont nous n'avons pas conscience, admet l'ancien conseiller national socialiste connu pour ses positions altermondialistes. «Mais nous sommes complices en tolérant que des multinationales et des spéculateurs décident chaque jour de qui mangera et vivra et de qui aura faim et mourra».

Questionné sur ce que nous pouvons faire comme individu, Jean Ziegler répond que l'action politique est plus efficace que de faire des dons ou de restreindre sa consommation de viande, même s'«il y a lieu de s'interroger dès lors qu'un quart des céréales produites sert à engraisser le bétail de boucherie».

Il est possible d'agir à l'échelon politique, ajoute-il, «car nous vivons dans une démocratie». «Nous pourrions par exemple faire exclure les non-producteurs et les non-utilisateurs directs de produits alimentaires des bourses aux matières premières.»

Les Chinois comme les Impérialistes du 19e siècle

«Les paysans travaillent dur», répond Jean Ziegler questionné sur les faibles rendements de l'agriculture en Afrique. «Mais ils n'ont aucun soutien: ni irrigation, ni semences, ni bêtes de trait, pas de tracteur, pas de fertilisants de synthèse, rien de rien».

«Ils ont un grand savoir-faire», mais plutôt que de les aider, on tire prétexte de ce manque de ressources et de rendement pour les déposséder des terres les plus fertiles, explique Jean Ziegler. «Selon la banque mondiale, on leur a déjà pris 41 millions d'hectares de terres arables».

L'arrivée d'investisseurs chinois ne change rien, «au contraire». Ils se comportent en Afrique «comme les Impérialistes occidentaux du 19e siècle». Pour Jean Ziegler, «la Chine est une dictature qui pratique le néo-libéralisme et qui s'est adaptée au mieux au capitalisme prédateur».

«Pékin soutient au Soudan une dictature qui mène une guerre abominable contre son propre peuple», ajoute l'ancien rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation. Ce «uniquement parce qu'ils s'intéressent aux réserves de pétrole». (Newsnet)

Créé: 01.10.2012, 14h59

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60 Commentaires

Aude Kerville

01.10.2012, 15:41 Heures
Signaler un abus 64 Recommandation 15

Il y avait 30 millions d'africains au 19ème siècle, 300 millions dans les années 50, un milliard aujourd'hui. La médecine a permis ce grand bond dans la population mais malheureusement alliée à un endoctrinement religieux musulman ou chrétien interdisant toute contraception. Répondre


Pierre Long

01.10.2012, 15:19 Heures
Signaler un abus 37 Recommandation 16

Jean Ziegler est un homme plein de bonne volonté. Mais ce qu'il dit est loin d'être une révélation, on le sait déjà depuis longtemps. Répondre