La révolution reste à faire dans les formations économiques
Crise
—Par Pierre-François Besson. Mis à jour le 28.03.2012
Débat sur l'éthique en finance
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Recherche et enseignement de la finance, de l’économie et de la gestion reposent sur une vision dominante qui a conduit les entreprises à enregistrer des profits trop rapides, sans tenir compte des risques, assure Paul Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance à Genève.
Le noyau de cette pensée veut que les marchés s’auto-équilibrent par la confrontation des instincts économiques de l’«homo oeconomicus». Et, selon l’économiste, elle exerce un quasi monopole à l’Université.
Appel et initiatives
Partant de ce constat, une trentaine d’économistes suisses, rejoints par d’autres en Europe ont signé un appel en faveur du renouvellement de la recherche et l’enseignement. Parmi eux, plusieurs sommités dans leur domaine. C’était il y a tout juste un an.
Depuis, l’appel a réuni derrière lui cinq cents signatures des quatre coins du monde. D’autres initiatives vont dans le même sens. L’INET de George Soros, par exemple. Le Balser Manifest à Bâle et les Economistes Atterrés en France. Ou cette autre annoncée tout prochainement à Berlin.
«La remise en question des dogmes autour desquels s’articulent ces enseignements progresse, elle a gagné en légitimité, estime Paul Dembinski. Mais il ne faut pas se faire d’illusions, elle reste marginale dans chacune des institutions.»
Les angles d’attaque
Changer la donne exige de trouver des leviers. L’économiste en voit trois. D’abord, il faut ouvrir les critères d’évaluation des projets de recherche utilisés par les fonctionnaires pour décider de l’octroi ou non de fonds publics.
Autre piste, qui fait son chemin au sein des rectorats: établir des passerelles institutionnelles afin de stimuler les collaborations entre champs de recherche et d’enseignement.
Troisième levier cité par l’économiste, recruter des chercheurs et des formateurs qui pensent différemment. Autrement dit, «interférer dans la reproduction douce des élites».
La multiplication des films tournant autour des dérives de la finance et de l’économie («Margin call», «Inside job» et autres «Wall-Street») tire à la même corde, constate le professeur de l’Université de Fribourg. Elle a son un impact sur les enseignants, via les étudiants.
Une université d’automne
Très concrètement, une université d’automne devrait se tenir cette année en Suisse entre ces diverses initiatives en faveur du renouvellement de l'enseignement et la recherche.
«De manière non seulement à dire ce qu’il faudrait faire en confrontant ces autres manières de penser, note Paul Dembinski. Mais de manière aussi à commencer à le faire. Et à mobiliser des moyens.»
«Car il est aussi du devoir des universités de former des jeunes pour le monde à venir, rappelle-t-il. Et pas seulement pour le monde présent.» (Newsnet)
Créé: 28.03.2012, 07h40
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