Samedi 3 décembre 2016 | Dernière mise à jour 10:19

Euro 2012 Allemagne-Grèce: au-delà d'un simple match

Le quart opposant l’Allemagne à la Grèce est immergé jusqu’au cou dans une symbolique dépassant largement le cadre sportif. Josef Zisyadis se mouille.

Tels des hoplites grecs antiques résistant à l’Empire perse, les Grecs sauront-ils triompher de la puissante Allemagne?

Tels des hoplites grecs antiques résistant à l’Empire perse, les Grecs sauront-ils triompher de la puissante Allemagne? Image: Reuters

Un match peut-il suffire à redonner espoir à la Grèce?

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Faut-il y voir une chance unique accordée par les dieux (du stade et d’ailleurs) aux joueurs grecs de faire la nique à la fâcheuse situation économique dans laquelle se débat leur pays? Faut-il y déceler une occasion rêvée offerte à Kostas Katsouranis et à ses équipiers de laver l’affront lié aux mesures d’austérité imposées par l’Union européenne, pilotée par la toute-puissante Allemagne?

Josef Zisyadis adhère à cette vision extrasportive des choses, qui enrobe le quart de finale de ce soir. Il l’estime largement répandue dans le pays dont il possède la nationalité. «Tous les copains que j’ai appelés m’ont tenu un discours allant dans ce sens, dit-il. Les onze Grecs placés sur le terrain au début du match vont porter en eux cette volonté de revanche par rapport à ce que leur nation est devenue. Ils savent que la politique d’Angela Merkel (n.d.l.r.: la chancelière allemande sera présente à Gdansk) a déculotté leur peuple. Ils savent qu’une génération entière sera sacrifiée pour payer les pots cassés. Ils savent qu’il faudra vingt-cinq?ans pour renflouer les caisses des banques ayant prêté de l’argent à des taux prohibitifs au gouvernement, dont une grande partie a été dépensée pour financer l’industrie de l’armement en France et en Allemagne. Il faut le rappeler, la Grèce est, par tête d’habitant, le deuxième pays du monde à consacrer autant de moyens dans ce domaine inutile à souhait.»

David contre Goliath

Le discours du popiste vaudois est, sans surprise, engagé et tranché. Il est aisé de déceler en lui la peine induite par une situation qui le mine. «Le chômage des jeunes culminant à 50%, les nombreuses personnes contraintes de fouiller les poubelles pour manger, les cancéreux incapables de se soigner car de plus en plus de pharmacies n’arrivent plus à obtenir les médicaments nécessaires, faute de pouvoir les payer, j’en passe et des pires, c’est devenu la triste réalité de la Grèce.»

Un vecteur de dignité

D’un côté, il y aura donc David, porte-étendard d’un pays rongé par la crise (22,6% de la population active est à la recherche d’un gagne-pain) et par la récession (le PIB s’est contracté de 6,8% en 2011). En face se dressera Goliath, fier représentant d’une nation proche du plein-emploi, portée par un PIB en hausse de 3% l’an passé. «Il ne sera pas difficile de motiver l’équipe», sourit Josef Zisyadis. Il ne peut s’empêcher d’émettre un bémol: «Psychologiquement, les attentes entourant ce match ne seront pas faciles à gérer. Elles pèseront lourd sur les épaules des joueurs.»

La maîtrise de cet excès de pression sera indispensable pour créer un exploit (c’en serait un, vu les forces en présence) à même de transporter un peuple dans l’euphorie. Mais pas de renflouer ses caisses. «Un succès ne mettra pas fin à la période d’austérité, consent le binational. Par contre, il constituerait une jolie revanche d’un point de vue symbolique et moral.»

Juste avant la déferlante des vacanciers avides de soleil, une telle perspective aurait également, aux yeux du popiste vaudois, un autre effet salutaire sur un peuple brimé et déprimé: «Cela lui redonnerait un peu de dignité. Cela lui ferait prendre conscience qu’il existe toujours sur la carte en tant qu’Etat indépendant. Cet aspect-là n’est pas monnayable, mais il ferait du bien au cœur d’un peuple qui en a plein la tête.»

Mélange des genres acceptable?

Porter l’enjeu d’un événement sportif au-delà des terrains de jeu a toujours été sujet à caution. «Arrêtons de nous voiler la face, rétorque Josef Zisyadis. De tout temps, et vous pouvez remonter à l’Antiquité pour vous en persuader, le pouvoir en place a usé du sport pour asseoir sa légitimité, sa force. Il s’agit juste de prendre note que politique et sport cohabitent étroitement. Moi, je crois à la diplomatie du ping-pong.»

Elle avait permis aux relations sino-américaines de se détendre au début des années 1970. Transposer ce cas d’école à celui qui nous intéresse est cavalier, quel que soit le résultat final. Le popiste s’en garde bien. (Le Matin)

(Créé: 21.06.2012, 23h02)

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