Mercredi 7 décembre 2016 | Dernière mise à jour 09:35

Euro 2012 Moi, Balotelli, 21?ans, génie solitaire et incompris

Le fantasque attaquant italien s’est imposé comme la star de l’Euro. Contre l’Allemagne, il a célébré son deuxième goal en solo. Les buteurs, comme lui, ont souvent un ego surdimensionné.

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A 21?ans, Mario Balotelli est autant connu pour ses frasques - coups de folie, excès de vitesse, cartons rouges à répétition - que pour son génie sur le terrain. Le buteur de Manchester City et de l’équipe d’Italie est capable de tout, du meilleur comme du pire, selon ses humeurs. A la manière d’un Mourinho, il cultive son image d’artiste maudit et incompris, aimant se faire détester, de provocateur solitaire à l’ego surdimensionné. On ignore quelle est la part de franchise et d’esbroufe quand il parle de lui-même. «Je pense être un génie, déclarait-il peu avant l’Euro à France Football. Dieu m’a donné un talent, je sais que je suis fort. Quand je me mets en tête de marquer, je marque.»

Coupe de cheveux à l’iroquoise, port de tête altier, regard de tueur toisant ses adversaires, des dizaines de millions de téléspectateurs ont eu droit jeudi en demi-finale à ce qu’est un vrai show à la Balotelli. A la pointe de l’équipe italienne, il a atomisé l’équipe allemande. Après son coup de tête victorieux du premier but, on était presque déçu lorsqu’il est allé sagement, ce qui ne lui ressemble pas, remercier Cassano, qui lui avait adressé un véritable caviar. Mais, après le deuxième, une frappe de mule qui a laissé le gardien Neuer totalement impuissant, on a retrouvé le vrai «Super Mario»: resté seul au milieu du terrain pour profiter de ce moment d’éternité, il a enlevé son maillot, gonflé ses pectoraux, s’est mué, à la face du monde, en statue triomphante. Qui est le plus beau, qui est le plus fort? Mario Balotelli évidemment.

Entraîneur de Thoune, Bernard Challandes est, comme tant d’autres, à la fois agacé et fasciné par le personnage. «Il a un talent fou, une puissance extraordinaire. Mais, souvent je trouve son attitude détestable sur le terrain, comme après le deuxième but. Quand Messi marque, il sourit, il est heureux, il va vers les autres, il partage. Balotelli, lui, fait le contraire: il tire la gueule pour mieux attirer la lumière sur lui. C’est un écorché vif, qui a le sentiment que le monde entier lui est hostile».

Entraîneur adjoint de l’équipe de Suisse, Michel Pont est plus indulgent. «Balotelli, on voudrait qu’il soit bien propret et bien éduqué mais on oublie qu’il n’a que 21?ans. Marquer deux buts en demi-finales de l’Euro, à son âge, la charge émotionnelle était extraordinairement forte».

Plusieurs fois meilleur buteur du championnat suisse, Alexandre Rey, lui, a parfaitement compris pourquoi l’Italien a profité en solo de ce moment unique de gloire planétaire plutôt qu’avec ses coéquipiers. «Buteur, on attend toujours de vous que vous marquiez. Sans oublier qu’à ce niveau, la pression est terrible. Alors quand vous réussissez, en plus devant un stade plein, vous vivez cela comme une incroyable délivrance, Je n’ai plus jamais ressenti une telle poussée d’adrénaline dans la vie de tous les jours.»

Les gardiens et les buteurs, dans le football, sont souvent des cas à part, des fortes personnalités. Comme des individualistes un peu incongrus pratiquant un sport collectif. Zlatan Ibrahimovic, le buteur suédois, a toujours traîné une réputation de rebelle imprévisible et arrogant, comme Balotelli. Chez nous, les attitudes de diva d’Alex Frei, malgré son palmarès unique, ont fini par lui valoir l’opprobre du public helvétique.

«Le propre du buteur est souvent d’avoir un ego plus développé que la moyenne, analyse Romain Ducret, coach mental spécialisé en sport. C’est ce qui lui permet, sur le terrain, de la jouer solo, de prendre des risques, de ne jamais douter. Un buteur qui ne marquait plus m’a un jour demandé de l’aide. Diagnostic: il était devenu trop gentil, trop altruiste, il avait tendance à faire la passe de trop au copain. Tout chez Balotelli, le regard hautain, le visage impassible, vise à impressionner l’adversaire. Enlever son maillot, après le deuxième but, c’était une manière, même inconsciente, de signifier aux Allemands. «Avec ma puissance, je vous ai détruit.»

Enfants d’immigrés du Ghana, Mario Balotelli a été adopté par une famille italienne à l’âge de 2?ans. «Il voulait toujours se faire remarquer pour qu’on s’occupe de lui», témoignait sa sœur récemment. «J’ai toujours eu besoin qu’on s’intéresse à moi», reconnaît Balotelli. Premier noir à porter le maillot italien, il a souvent été victime de racisme lorsqu’il évoluait sous le maillot de l’Inter Milan. A ce propos, il déclarait dans France Football. «Je ne supporte pas le racisme, nous sommes en 2012 ce n’est plus possible.»

Cette image de révolté, de solitaire incompris, il l’a toujours cultivée, en se forgeant un personnage unique dans le foot. «Ceux qui me connaissent m’aiment, ceux qui ne me connaissent pas m’aiment aussi ou me détestent.»

Une chose est sûre: Balotelli n’est jamais aussi fort que lorsqu’il évolue dans un climat hostile, qu’il se sent blessé, humilié. En début de saison, Stéphane Chapuisat, l’ex-star de l’équipe de Suisse, avait assisté médusé à la formidable prestation de l’Italien lors du derby que Manchester City avait remporté contre Manchester United 6-1. «Les vingt premières minutes du match, Balotelli les avait passées à s’engueuler avec l’entraîneur Roberto Mancini. Neuf entraîneurs sur dix l’auraient sorti, mais Mancini connaît le bonhomme. Enragé, Balotelli a signé les deux premiers goals, fabuleux. C’est un joueur de rue, un instinctif.»

«Super Mario» a eu la même réaction d’orgueil quand, après ses deux premiers matches fantomatiques à l’Euro, Cesare Prandelli l’a laissé sur le banc contre l’Eire histoire de le piquer au vif. A peine rentré sur le terrain en fin de match, «Super Mario» a vengé son honneur bafoué en signant un but d’anthologie d’une reprise de volée. Son meilleur ami dans l’équipe, Leonardo Bonucci, lui a alors mis ostensiblement la main devant la bouche pour éviter un nouveau dérapage. L’image a fait le tour du monde. «Mario ensuite m’a remercié. Je lui dis souvent «Joue et souris, tu te rends compte qu’on nous paie pour s’amuser», lui a dit son pote.

«Il est fou, mais je l’adore car c’est un bon garçon», déclare Roberto Mancini, son entraîneur de Manchester City. Cesare Prandelli lui a toujours maintenu sa confiance en équipe d’Italie depuis ses débuts en 2010. «Avec un joueur qui peut te faire gagner, il faut toujours être patient.» (Le Matin)

(Créé: 30.06.2012, 23h23)

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