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«Dayllon était toute ma vie»

Drame de l'A9

Un an après la mort de son fils, écrasé par un chauffard pendant son travail, Gilvanda Schneider n’arrive pas à faire son deuil. Elle attend le procès avec impatience.

Par Laurent Grabet. Mis à jour le 16.11.2012 8 Commentaires
Malgré le soutien de son mari, Gilvanda Schneider n’arrive pas à faire le deuil de son fils, dont la chambre n’a pas changé d’un iota depuis sa disparition voici une année.

Malgré le soutien de son mari, Gilvanda Schneider n’arrive pas à faire le deuil de son fils, dont la chambre n’a pas changé d’un iota depuis sa disparition voici une année.
Image: Valdemar Verissimo

Dayllon Schneider est mort à l'âge de 24 ans. (Image: Valdemar Verissimo)

Deux vies qui s’entrechoquent

Ce 16 novembre 2011, O. L., informaticien français de 28 ans, participe dans un bar lausannois à l’apéro de départ en retraite d’un collègue. Lui-même célèbre un nouveau job qu’il vient de décrocher. Il boit beaucoup de vin, tellement que des amis lui conseillent de ne pas conduire. Habitant en Haute-Savoie, vu l’heure, il se rend au volant de sa Clio de location à l’hôtel, où il a ses habitudes avec une collègue. Il n’y a de chambre que pour elle. O. L. repart seul, apparemment dans l’idée de se rendre à l’Ibis de Crissier. Une fois engagé sur l’A9, vers 21 h 50, il tente de doubler, alors que c’est impossible vu les travaux en cours, comprend son erreur, accélère pour se rabattre.

Ce faisant, il fauche Dayllon Schneider, 24 ans, qui est projeté à plus de 25 m et décède. O. L. a alors 2,01‰ dans le sang. Après 17 jours de prison, il retrouve la liberté. L’informaticien n’a pas d’antécédents. Il est prévenu d’homicide par négligence, une infraction passible de 3 ans. Le procès devrait se tenir ce printemps.

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Gilvanda Schneider Dos Santos nous ouvre la porte de sa villa d’Ormalingen (BL), un sourire aux lèvres, mais qui cache mal la tristesse que la Suisso-Brésilienne porte en elle. «Dayllon.» Dès qu’on prononce le prénom de son fils disparu, la mère en deuil craque. Des larmes de douleur mêlées à des larmes de rage coulent. Ces dernières sont pour L., qu’elle appelle par son nom avec mépris, et qui lui a «pris son fils unique». C’était il y a un an aujourd’hui, alors que l’informaticien de 28 ans conduisait sur l’A9 avec quatre fois la dose légale d’alcool dans le sang.

Une chambre figée

A peine entrés, la mère en deuil nous conduit dans la chambre du disparu. Tout est exactement comme le jeune homme de 24 ans l’avait laissé en partant sur le chantier de l’A9, où il travaillait comme ouvrier. Un lit une place, un écran plat, quelques jeux vidéo, une barre de musculation et des photos de soirées arrosées entre potes. Un chapelet a aussi été ajouté même si Gilvanda Schneider a désormais perdu la foi. La quadragénaire s’assoit sur le lit, saisit l’ours que son fils aimait serrer contre lui enfant, et s’effondre. «Ma vie est un enfer depuis sa mort. Il était toute ma vie. Aujourd’hui, je n’arrive pas à accepter que celui qui lui a fait ça vive de son côté une vie normale, et même qu’il ait déjà retrouvé son permis!»

Le fautif lui a adressé une lettre d’excuses. Gilvanda Schneider la lui a renvoyée sans un mot. «Pour être sincère, j’aimerais qu’il soit mort», assume la Bâloise. Son mari acquiesce malgré notre gêne. Et le couple d’évoquer le film qui repasse tous les jours dans la tête de Gilvanda. Celui de l’accident. «Ce qu’on reproche à L., ce n’est pas tant d’avoir roulé après avoir bu. Qui ne l’a jamais fait? Mais d’avoir conduit vite et dangereusement dans cet état, explique le beau-père du disparu. Après avoir percuté Dayllon, il n’est même pas sorti de sa voiture pour l’aider!»

Automutilations

Les Schneider ont refusé l’accord à l’amiable proposé par la partie adverse. «Dayllon n’est pas une chose que l’on peut monnayer.» Ils attendent le procès de pied ferme. «Je veux voir en face celui qui a tué mon fils», assène Gilvanda Schneider. Dayllon est enterré à Brasília.

Ecrasée par la douleur, la période suivant ses funérailles, sa mère avait passé plusieurs nuits sur sa tombe «en espérant qu’il revienne». Des mois durant, la Brésilienne s’est mutilée avec des tessons. Des cicatrices en témoignent encore sur ses bras. «Elle pense souvent à la douleur que Dayllon a dû ressentir en ses derniers instants, explique son mari, et ça lui donne des nausées.» Les 16 du mois comme aujourd’hui, lorsqu’elle en a la force, Gilvanda Schneider fleurit le pont surplombant l’A9 à hauteur de la Blécherette, là où son fils est mort. «Là où ma vie s’est arrêtée.» (Le Matin)

Créé: 16.11.2012, 17h31

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8 Commentaires

Leo Abachionne

16.11.2012, 18:47 Heures
Signaler un abus 59 Recommandation 3

j'espère madame que vous obtiendrez la justice que vous demandez et compatis à votre peine.. Répondre


Leo Abachionne

16.11.2012, 18:48 Heures
Signaler un abus 53 Recommandation 9

mais de la justice en suisse on peux toujours rêver.. Répondre



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