Vendredi 9 décembre 2016 | Dernière mise à jour 11:57

Valais Ils refont surface après 86 ans

Les dépouilles de montagnards disparus en 1926 ont été retrouvées sur le glacier d’Aletsch. Une nièce témoigne.

La prédiction

«Avec le recul des glaciers, de plus
en plus de dépouilles de disparus devraient refaire surface.»

Jean-Marie Bornet,
porte-parole de la police cantonale (VS)

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?«Après autant d’années, c’est vraiment un sacré choc.» Marianne Bellwald, 70?ans, ne trouve pas les mots pour exprimer ce qu’elle ressent. Et il y a de quoi! Les dépouilles de ses oncles ont été retrouvées pas moins de huitante-six ans après leur disparition.

Les squelettes ont été découverts mercredi dernier par un couple d’Anglais et leur guide sur le glacier d’Aletsch (VS). Très rapidement, ils ont prévenu l’Office du tourisme de Fiesch, qui, lui, a contacté les secours. Dépêchés sur place, la police cantonale et les secours de montagne ont retrouvé, en plus des ossements, des restes de vêtements, des bâtons de ski, une paire de jumelles, une montre de poche, une pipe, des raquettes à neige, un sac à main en cuir noir avec neuf francs datant des années 1920. Les squelettes ont alors été emmenés au centre médico-légal de Sion, où des analyses ont été entreprises. Celles-ci ont d’ores et déjà permis d’établir que les os ont plus de 80?ans. Cette découverte est d’autant plus surprenante que les dépouilles qui ressurgissent de la montagne n’ont généralement que 2 ou 3?ans.

Morts de faim

L’histoire commence le jeudi 4 mars 1926. Les trois frères de la famille Ebener, Johann, Cletus et Fidelis, partent de leur village de Kippel, dans le Lötschental, pour une virée en montagne. Pour les accompagner, leur voisin et guide Max Rieder. Les jeunes hommes, âgés de 22 à 31?ans, prennent la direction du glacier d’Aletsch. En milieu de matinée, ils font une halte à la cabane Hollandia, où ils s’installent, raconte la Walliser Bote.

Plus tard, ils décident de partir en reconnaissance dans les alentours pour leur virée du lendemain. Mais, surpris par une météo peu clémente, ils font demi-tour et passent la nuit au refuge. Après quelques heures de sommeil, ils prennent la poudre d’escampette, pressés de filer vers Goppenstein. Ce sont les sacs à dos et des notes retrouvés à la cabane par les secours de l’époque qui ont permis d’établir une partie de leur emploi du temps.

Mais que s’est-il passé ensuite? Sont-ils tombés dans une crevasse ou, surpris par une tempête et incapables de revenir vers le refuge, sont-ils morts de froid ou de faim? Personne ne connaît la réponse. Peut-être délivreront-ils eux-mêmes tous leurs secrets grâce aux analyses médico-légales. Des tests qui vont surtout permettre de dire auxquels des quatre alpinistes appartiennent les ossements: «Ils ont découvert trois squelettes seulement, alors qu’ils étaient quatre ce jour-là», relève Marianne Bellwald, qui habite toujours dans la maison des frères Ebener. «Et tant qu’ils n’auront pas trouvé le dernier, la tristesse subsistera toujours.» Pourtant, le nombre de squelettes découvert n’est pas encore définitif. «Trois est le nombre minimum, mais il est possible que les ossements constituent davantage de dépouilles», explique Jean-Marie Bornet, porte-parole de la police cantonale valaisanne. «C’est encore à déterminer.»

Cérémonie prévue

Malgré tout, pour la nièce, cette découverte reste un moment heureux. «Cette disparition, cette histoire, dont j’entends parler depuis que je suis toute petite, a toujours laissé planer une ombre sur notre famille, explique-t-elle. Aujourd’hui, nous en sommes en partie libérés.»

L’idée de faire une cérémonie a déjà germé dans la tête des nombreux descendants, neveux, nièces, petits-neveux et petites-nièces vivant pour la plupart à Kippel. «Nous aimerions pouvoir leur offrir la digne fin qu’ils n’ont jamais eue, ajoute Marianne Bellwald. Mais il faut encore que nous en discutions et que les dépouilles nous soient rendues.»

La famille Ebener a de la chance dans son malheur, car de nombreux disparus ne sont jamais retrouvés. «Depuis 1926, 280?personnes se sont évanouies dans la nature, en Valais, notamment en montagne», souligne le porte-parole de la police. «Mais avec le recul des glaciers, il devrait arriver de plus en plus souvent que certaines d’entre elles refassent soudainement surface.» (Le Matin)

(Créé: 03.07.2012, 22h52)

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