Samedi 10 décembre 2016 | Dernière mise à jour 22:55

Meurtre de Fiona «C'est redoutablement pervers de faire cela»

En mentant devant les caméras, la mère et le beau-père de la petite Fiona ont tenté d'instrumentaliser l'opinion publique afin d'écarter les soupçons. Interview du psychologue et criminologue Jean-Pierre Bouchard.

La mère de Fiona accompagnée de son avocat, le jour de la reconstitution dans le parc à Clermont-Ferrand.

La mère de Fiona accompagnée de son avocat, le jour de la reconstitution dans le parc à Clermont-Ferrand. Image: AFP

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Meurtre de Fiona

Meurtre de Fiona La petite Fiona n'a pas disparu mystérieusement dans un parc de Clermont-Ferrand comme le soutenait sa mère mais est morte sous les coups portés par le compagnon de celle-ci.

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Comment expliquez-vous que les parents aient pu mentir pendant quatre mois et donner le change devant les caméras en faisant croire à une disparition de l'enfant ?

Ils l'ont fait de manière délibérée pour se disculper et ne pas être pris. On ne sait pas encore s'il y a eu un moteur principal dans ce scénario macabre, ou si les deux ont joué un rôle, mais ensuite ils l'ont mis en scène publiquement devant les médias et l'opinion publique, en espérant qu'on ne pourrait pas faire de lien entre la disparition de l'enfant et eux.

Avec la médiatisation des affaires, il suffit de deux caméras et c'est redoutablement pervers de la part des parents qui font cela. Ils pensent que l'opinion publique et les caméras vont être supérieurs à la justice et qu'ils vont pouvoir écarter les soupçons qui pourraient peser sur eux.

L'appel lancé par la mère de Fiona le 17 mai.

Qu'est ce qui les a fait craquer ?

Les enquêteurs ont fait ce qu'il faut toujours faire, ne pas avoir d'a priori et passer tout le monde au crible sans désigner de coupable à l'avance. Les premiers qui doivent être analysés dans leur comportement, dans ce qu'ils ont fait auparavant, sont les proches et la famille, car il arrive parfois qu'ils mentent. Car si la thèse du rôdeur était possible, on sentait bien que cette histoire de disparition dans un parc à Clermont-Ferrand n'était ni très claire ni très cohérente.

Les enquêteurs ont, semble-t-il, découvert que les parents avaient consulté des sites sur internet sur les disparitions d'enfants pour construire leur scénario. Ils ont également étudié le profil du beau-père et notamment ce qui aurait pu expliquer une phase violente. Les deux ont craqué parce que les enquêteurs ont accumulé des indices concordants et que confrontés à cette réalité, ils ne pouvaient plus nier.

Pour l'instant toutefois les deux versions restent contradictoires, la mère accuse son compagnon de violence alors que celui-ci évoque une piste accidentelle. L'autopsie sera déterminante. Mais il ne fait guère de doute qu'ils seront considérés comme responsables pénalement de leurs actes, parce qu'il y a eu mensonge et dissimulation du corps. Ils ont menti à la justice de manière construite et non délirante.

Est-ce que ce type d'affaires se produit souvent ?

Plusieurs dizaines d'enfants sont tués par leurs parents en France chaque année, mais il s'agit le plus souvent de bébés tués par leurs mères. Pour les enfants plus âgés, il peut s'agir de compagnons délinquants ou jaloux du passé de l'autre.

Dans le cas de la petite Fiona, il semble que le compagnon aurait imposé au père biologique de couper les liens avec son enfant. Si c'est confirmé, il y a bien un problème relationnel énorme du côté du compagnon.

Le camouflage d'un homicide en disparition reste exceptionnel. La dernière affaire très médiatisée a été celle de la petite Typhaine, 5 ans, une enfant-martyr tuée en juin 2009 à Maubeuge par sa mère et son beau-père. Pendant six mois, ces derniers avaient menti aux policiers. La mère s'était même offusquée devant des journalistes d'avoir pu être suspectée. Ils ont été condamnés en janvier dernier à 30 ans de prison. (afp/Le Matin)

(Créé: 26.09.2013, 14h45)

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