ACCUEIL 15.9.2014 Mis à jour à 01h05

Enfermés pendant des années dans un appartement

France

Une famille avec quatre enfants a vécu recluse pendant au moins un an dans un appartement insalubre en pleine ville, à Saint-Nazaire, sans que personne ne soupçonne le problème dans leur voisinage.

Mis à jour le 09.01.2013
L'immeuble dans lequel vivait la famille.

L'immeuble dans lequel vivait la famille.
Image: Keystone

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«On croyait avec les autres voisins que la femme était partie avec ses enfants, on ne voyait plus que le monsieur», explique mercredi Pascale Le-Gall, la voisine du dessus de l'appartement numéro 5 du 55 route des Fréchets à Saint-Nazaire, dont la porte est désormais barrée de scellés de police.

C'est un appel aux pompiers dans la nuit de vendredi à samedi pour un malaise qui a entraîné la découverte, dans cet appartement dégradé par l'humidité et les moisissures, de Dominique et Christine Barreteau, 51 et 47 ans, et leurs quatre enfants de 14, 17, 19 et 20 ans, qui, selon des témoignages des voisins, n'avaient plus été vus depuis au moins un an.

Seul le père, qui apparaissait casquette vissée sur des cheveux mi-longs et ne répondait pas aux «bonjour», était encore vu par ses voisins, sortant les poubelles ou montant des courses.Les enfants, «prostrés» selon des enquêteurs, ont été hospitalisés et la mère, après avoir été entendue, les a rejoints. Le père a été interné dans un service psychiatrique.

Selon Jaqueline Wendland, qui enseigne la psychopathologie à l'Université Paris-Descartes, ce type de comportement parental abusif s'exerce en général sur des enfants plus jeunes.«On ne peut avancer que des hypothèses, mais le fonctionnement familial devait être problématique et le père était probablement atteint de troubles psychiatriques graves, on peut imaginer une pathologie de type paranoïaque, avec un délire structuré lui permettant de justifier un comportement abusif aberrant», ajoute-t-elle.

Les enfants n'ont pas encore pu être entendus. Une fille aînée, qui ne résidait plus au domicile familial, a aussi été entendue.«Une enquête a été ouverte pour manquement aux obligations parentales, en termes judiciaires: +abandon matériel et moral+», a indiqué mercredi à l'AFP le parquet de Saint-Nazaire. Des auditions, expertises et examens médicaux sont en cours, a précisé la même source.

Selon le parquet, «la juge des enfants a été saisie et les enfants mineurs ont été placés».«La séquestration n'est pas avérée, il n'y a dans cette enquête ni violences physiques, ni agression sexuelle, ni viols», a également précisé le parquet. «Cette famille a fait l'objet dans le passé de suivis socio-éducatifs, dans les années 1990 et 2000, mais rien n'était en cours au moment de leur découverte dans cet état d'insalubrité», a-t-on précisé de même source.

Selon les différentes versions des voisins interrogés dans cet immeuble HLM de 4 étages, la durée pendant laquelle la mère et ses enfants n'ont plus été vus va de un à trois ans.Selon Benoît Delliaux, un porte-parole de Silène, l'office HLM de Saint-Nazaire, cet appartement a été loué il y a plus d'une dizaine d'années à cette famille pour un loyer de 350 euros qui était toujours payé.«Comme tout le monde, nous avons été bouleversés», a indiqué M. Delliaux à la presse devant l'immeuble situé dans un quartier populaire, indiquant que «rien» ne pouvait laisser présumer la situation.

La visite annuelle du chauffe-eau par les services de Silène n'avait pas pu avoir lieu depuis deux ans, la porte n'ayant pas été ouverte à l'opérateur et une procédure était en cours, selon M. Delliaux.

Pourtant, la voisine du dessus a indiqué avoir signalé à plusieurs reprises des problèmes d'odeurs, au point qu'elle affirme s'être demandée «s'il n'y avait pas un mort dans cet appartement». Un autre voisin s'était plaint de bruits et d'infiltrations. Mais les services HLM qui étaient venus n'avaient pas pu entrer en contact avec leur voisin.Seule l'ampleur des courses alimentaires, très importantes pour un homme que ses voisins croyaient seul, mais aussi des pleurs d'enfants entendus par les voisins du dessous, auraient pu alerter.

Mais, selon Jeanine Hottelard, adjointe aux solidarité à la mairie de Saint-Nazaire, «il n'y avait pas d'impayés, de signes qui pouvaient nous alerter».«Pour les transports, la piscine et les bons de Noël, cette famille a été aidée de 2007 à 2010, puis après n'a jamais sollicité» les services sociaux. (afp/Le Matin)

Créé: 09.01.2013, 16h52

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