ACCUEIL 23.10.2014 Mis à jour à 14h13

Deux policiers sous enquête à cause d’un chat

Justice

Parce qu’ils n’ont pas suffisamment recherché un chat blessé par une voiture, deux policiers argoviens risquent une sanction pénale. Une enquête a été ouverte à leur encontre.

Par Stéphane Berney. Mis à jour le 21.07.2012 70 Commentaires

Image: Keystone

Il y a de quoi fouetter un chat

Il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat. La communauté judiciaire voudrait que nous prenions cette procédure pénale pour une fable. Celle du chat et des deux gendarmes. Elle voudrait qu’il y ait une morale qui fasse jurisprudence. Celle de la compassion et de la conscience humaines aux prises avec l’insouciance bestiale. Elle voudrait que nous croyions qu’il y a de l’intelligence dans ces intentions pénales.

En réalité, il s’agit de l’histoire d’un sentiment érigé
en valeur: l’anthropomorphisme. Il atteint ici des sommets. Il faudrait porter secours à tous les êtres vivants vulnérables. Il faudrait prodiguer les premiers soins à un chat mal en point comme à un enfant blessé. Les forces de l’ordre devraient se lancer à la recherche d’un animal de compagnie qui s’est fait bobo, quitte à remettre à plus tard la poursuite du dealer, du cambrioleur et de l’agresseur. Il faudrait placer la bête au même niveau que l’humain au sein des dispositifs sécuritaire et judiciaire. C’est dans ces délires affectifs qu’on prête au cochon d’Inde, à la gerbille ou au lapin nain des pensées câlines
et des prérogatives humaines. Alors oui, lorsque cette humanité construit une procédure pénale sur un sentiment, il y a de quoi fouetter un chat.

Commentaire de Stéphane Berney, journaliste

Partager & Commenter

Deux policiers argoviens risquent de se souvenir longtemps du 27 juin dernier. Ce qui ressemblait à une intervention de routine risque de se transformer en symbole de la cause animale. Ce jour-là, ils ont été appelés à Lenzbourg (AG) pour un chat qui avait été blessé par une voiture. Arrivés sur les lieux, ils constatent que l’animal s’est enfui et décident donc de retourner à leur patrouille.

C’est sans compter un témoin, qui a contacté une procureure argovienne spécialisée dans les questions de défense du droit des animaux, Christina Zumsteg. Elle-même ancienne policière de terrain. Intriguée, cette dernière se rend en personne sur les lieux et constate que des traces de sang, provenant du chat blessé, souillent encore la chaussée. Elle décide dès lors d’engager une enquête contre les deux policiers pour déterminer leurs responsabilités. «Nous ne faisons aucun commentaire sur les détails de cette affaire, puisque les investigations sont en cours», tranche Elisabeth Strebel, porte-parole du ministère public argovien. En revanche, elle indique qu’une procédure pénale pour «violence contre les animaux» est ouverte. «Il s’agira de faire la lumière sur le comportement des deux policiers», ajoute-t-elle en substance. Justement, il y a comme un malaise qui flotte du côté des forces de police. Officiellement, bien sûr, on ne commente pas. «Une procédure est en cours, de plus elle concerne la police. Nous ne donnons aucune information», stoppe Bernhard Graser, porte-parole de la police cantonale argovienne. Officieusement, en revanche, on trouve la manière saumâtre. Ainsi ce policier, qui préfère rester anonyme: «De la part de quelqu’un qui a fait du terrain, c’est étonnant. Elle devrait savoir qu’on ne peut pas toujours se lancer à la poursuite d’un chat blessé. En patrouille, il faut faire une pesée des intérêts et des priorités. De plus, ça veut dire que toute personne qui blesse un animal et qui ne s’arrête pas pour se lancer à son secours est passible de poursuites.»

L’intérêt de la procureure semble pourtant dépasser la simple question des faits. Elle n’a toutefois pas souhaité s’exprimer, toujours en raison de la procédure en cours. «Le Matin Dimanche» a donc contacté son ancien professeur de droit, l’avocat zurichois Antoine F. Goetschel, par ailleurs fer de lance du droit des animaux à Zurich et initiateur de la votation pour un avocat des animaux il y a quelques années, qui vient de sortir un livre intitulé «Les animaux accusent» chez l’éditeur allemand Fischer/Scherz. Il connaît bien Christina Zumsteg et se rappelle qu’elle a effectué un travail universitaire sur le droit de la protection des animaux. «Ce cas permet d’interroger la question des responsabilités, estime l’avocat. Il est très important car les policiers ont le devoir de protéger les animaux. Ils devront prouver qu’ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes dans cette affaire. Soit l’enquête aboutira à la conclusion que les deux policiers ont fait tout leur possible pour réduire la peine de ce chat mais qu’ils n’ont pas pu le retrouver. Et l’affaire sera classée. Soit elle conclura que les policiers auraient dû prendre plus au sérieux leur devoir de porter assistance à ce chat mais qu’ils n’en ont pas eu l’intention.»

En clair, cette histoire pourrait faire jurisprudence, d’autant plus qu’elle mêle deux représentants de la loi. «Bien sûr que ça semble exagéré. Mais la question de fond est très intéressante. On ne doit pas laisser filer un animal blessé», renchérit Helen Sandmeier, porte-parole de la Protection suisse des animaux. Concrètement, les deux policiers, s’ils devaient être formellement mis en accusation et condamnés, risquent une sanction modérée. Antoine F. Goetschel conclut: «La peine pécuniaire se situerait entre 500 et 2000?francs pour une infraction à l’article 26, alinéa 1, lettre a de la loi fédérale sur la protection des animaux du 16 décembre 2005. Ce passage stipule: «Est punie de l’emprisonnement ou de l’amende toute personne qui, intentionnellement, maltraite un animal, le néglige ou le surmène inutilement ou porte atteinte à sa dignité d’une autre manière.» De plus, il précise qu’en cas de condamnation en deçà d’une amende de 5000?francs, la peine ne sera pas inscrite au casier judiciaire . (Le Matin)

Créé: 21.07.2012, 22h56

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

Caractères restants:

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

70 Commentaires

Arnold Stauffer

21.07.2012, 23:24 Heures
Signaler un abus 117 Recommandation 0

C'est du grand n'importe quoi...!!!! La personne qui a dénoncé ce fait, aurait pu aussi rechercher le chat, si c'était si important pour elle... Répondre


Max Spencer

22.07.2012, 09:56 Heures
Signaler un abus 60 Recommandation 0

On va faire comment lorsqu'un moustique s'éclaffe contre le parre brise sur l'autoroute ? Faut-il s'arrêter immédiatement sur la bande d'urgence pour tenter de le réanimer pour éviter une sanction ou une dénonciation ??? Qui va payer les frais de justice dans cette affaire ? Les contribuables ou le Club des chats ? Tout mon soutien à ces policiers qui ont bien mieux à faire que perdre du temps ! Répondre



Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter
    lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne