Samedi 1 octobre 2016 | Dernière mise à jour 10:26

Exclusif «Saïd et Chérif ont gâché leur vie!»

De 1994 à 2000, Pierre*, Français désormais installé en Romandie, a grandi dans un foyer de Corrèze avec les frères Kouachi. L’aîné était son «meilleur pote». Témoignage.

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«Jeudi, quand, en sortant du boulot, j’ai découvert les visages des tueurs de Charlie Hebdo et que j’ai reconnu Saïd et Chérif, j’ai été abasourdi et j’ai eu envie de pleurer. Je ne regrette pas notre amitié mais ce qu’ils ont fait oui!» De 1994 à 2000, Pierre* vivait au foyer pour délinquants, orphelins et jeunes requérants de la Fondation Claude Pompidou à Treignac, en Corrèze, tout comme les frères Kouachi. Aujourd’hui, ce Français de 31 ans travaille comme serveur dans un restaurant de Suisse romande.

«La Fonda», il n’en garde pas que de bons souvenirs même s’il est venu à notre rendez-vous avec sous le bras un album de photos de l’époque. «Tous ceux que j’ai connus là-bas et dont j’ai eu des nouvelles ont mal tourné. Plusieurs sont en prison, d’autres sont tombés dans la drogue ou même morts», explique celui qui y avait été placé en tant qu’orphelin. Saïd et Chérif Kouachi qu’il imaginait sur le bon chemin comme lui viennent donc grossir cette liste. «Les années passées au foyer ne les ont pas aidés mais de là à tomber aussi bas!» commente Pierre. Là-bas, il fallait savoir se servir de ses poings. «Mon premier contact avec Chérif s’est passé le lendemain de mon arrivée. Il m’a tabassé sans raison comme je l’avais déjà été la veille par un autre.»

«Ils détestaient les Gaulois»

A l’époque, le cadet des frères Kouachi n’est pas porté sur la religion mais déjà «du genre radical» d’après Pierre. Il est alors «très bagarreur», fort en gueule, «aime se saper» élégamment selon les critères en vigueur à la «fonda» – «à savoir en survêt Lacoste et chaussures requin» – enchaîne les aventures sexuelles avec les filles du foyer, déteste «les Gaulois» (les Français de souche) et le fait savoir en affichant un dédain silencieux vis-à-vis des éducateurs qui tentent de l’aider malgré lui. Balle aux pieds en revanche, l’ado fait des étincelles. «Il avait des pieds en or et alignait sans problème 200 jongles de la tête. Un vrai Messi! Il avait même commencé un sport-études d’où il s’était rapidement fait virer», se souvient Pierre.

Ce jour-là, Saïd, son aîné qui tenait un peu le rôle de «chef de famille» dans cette fratrie de quatre enfants «très soudés», lui a «mis une branlée». Très différent de son frère, le jeune homme devient rapidement le «meilleur pote» de Pierre avec qui il improvise souvent des raps sur la violence et sur leur vie au foyer.

«Contrairement à Chérif, il ne se montrait jamais inutilement violent – même si un jour j’ai bien cru qu’il allait tuer un gars qui insultait sa mère –, il était un apprenti cuisinier assidu, très civilisé et respecté de tous mais, à part moi, il ne portait pas trop les blancs dans son cœur non plus», se souvient Pierre. A l’époque, Saïd Kouachi faisait ses prières tous les jours dans sa chambre sur un tapis ad hoc et expliquait que sa foi musulmane lui donnait de la force. Si, comme les autres, il fuguait parfois au village voler des bières, il ne les buvait pas ni ne fumait de joints. «Il disait que c’était pas bon pour nous!» Il avait par contre une petite amie… «gauloise». «Mais le jour où sa sœur est partie s’installer avec son copain, un Français du village, lui et ses frères ont coupé les ponts avec elle», se souvient Pierre.

A 18 ans, lui aussi quitte «la Fonda». «J’ai été lâché dans la nature avec une assistante sociale dont je n’ai plus jamais entendu parler passé la première semaine!» Le jeune homme se retrouve ensuite à la rue où sa vie est rythmée de petits vols. Un jour, il tabasse et détrousse un homme qui retirait de l’argent à un bancomat et se paie le voyage vers la Suisse. Là, sa future «famille de cœur» le tirera de la rue et de ses addictions aux drogues alors qu’il mendiait à l’entrée d’une église.

«Grâce à leur générosité, je me suis découvert une passion pour le chant lyrique et j’ai eu une chance de ne pas gâcher ma vie. Celle de Saïd et Chérif est foutue et ça m’attriste, conclut-il. Ils se sont fait laver le cerveau et vu le fanatisme dans lequel ils s’étaient enfermés, il était impossible qu’ils se laissent prendre vivants!»

* prénom d'emprunt (Le Matin)

(Créé: 10.01.2015, 14h38)

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