«Nous avons déjà pardonné à l’assassin de nos petites-filles»
Drame de Bulle
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Pardon. Ils prononcent ce mot comme on tient un frêle petit oiseau dans ses mains. Oui, les grands-parents des deux petites filles de 6 ans et 2 mois, abattues par leur père le 28 décembre à Bulle, ont pardonné. «Lorsque j’ai appris par la police qu’il s’était suicidé, j’ai tout de suite pardonné et j’ai pleuré pour lui», explique le grand-papa au sujet du compagnon de sa fille de 23 ans.
Et c’est pour témoigner de leur pardon que ce couple, 61 ans pour lui et 62 ans pour elle, a décidé de se confier au «Matin Dimanche». Mais ce n’est pas facile. C’est fragile. Ils veulent dire comment surmonter l’insoutenable sans toutefois blesser leur fille. Elle n’a d’ailleurs pas souhaité être présente lors de notre rencontre. Animés d’une foi chrétienne à déplacer des montagnes, ses parents veulent justement montrer que vivre après l’innommable, c’est possible: grâce à un amour inconditionnel de Dieu. «Nous sommes des évangéliques fondamentalistes, insistent-ils. La Parole, c’est comme le Code de la route. Il suffit de la suivre à la lettre.»
Le pardon s’est donc imposé comme une évidence: «Tu pardonneras à ceux qui t’ont offensé comme Dieu te pardonne tes offenses», citent-ils.
Le chemin paraît pourtant gigantesque et impossible. Car comment pardonner à un père de famille qui rentre un soir chez lui, s’approche de sa fille de 6 ans en train de jouer sous le sapin de Noël avec des animaux en plastique et lui pointe un revolver de collection dans le dos? Comment pardonner à celui qui n’entend pas le cri de sa compagne qui lui hurle: «Tu ne vas quand même pas faire ça?» Comment pardonner à celui qui, lorsque sa fille se retourne et lui lance, incrédule: «Non, Papa!» tire une première fois presque à bout portant contre son enfant? «Parce que nous savons qu’il n’était pas lui-même. Ce calme qu’il avait ce soir-là, ce n’était pas lui», affirment les grands-parents. Ils étaient particulièrement liés à la fillette de 6 ans dont ils ont eu la garde parentale tant que sa mère était mineure: elle l’avait eue à l’âge de 17 ans. La petite les appelait d’ailleurs papa et maman.
«L’œuvre de Satan»
Si ce n’était pas lui, qui était-ce? «C’est l’œuvre de Satan, n’hésitent-ils pas à dire. C’est le Malin qui s’est glissé en lui.» Ainsi expliquent-ils ce qui a poussé ensuite ce papa à se diriger vers le berceau de sa seconde fille de deux mois et de l’abattre alors qu’elle venait de s’endormir. Ainsi expliquent-ils encore le deuxième coup de feu dans la tête de la petite fille de 6 ans, alors qu’elle saignait et se trouvait dans les bras de sa mère. Ainsi expliquent-ils le geste de cet homme de 34 ans, Portugais originaire du Cap-Vert, qui, le soir du drame, a emporté les deux téléphones portables de la maison et a enfermé sa compagne dans l’appartement avec les corps de ses deux enfants pour ensuite aller se suicider en forêt de Bouleyres. Et les grands-parents de citer immédiatement, à nouveau, la Parole: «L’Eternel a donné, l’Eternel a ôté, que le nom de l’Eternel soit béni.»
«J’ai pleuré sous ma douche»
Les grands-parents martèlent que le Seigneur leur a envoyé une épreuve: «Elle nous a renforcés dans notre foi. J’ai tellement prié pour cette petite à l’hôpital. J’ai demandé au Seigneur de la prendre auprès de Lui s’Il estimait que c’était ce qu’il fallait faire», raconte la grand-maman. «Une nuit, j’ai eu une vision de nos deux petites auprès de Dieu, renchérit le grand-père. Alors nous savons qu’elles sont sauvées, elles sont en paix et nous aussi.»
Les grands-parents sont convaincus que «le Seigneur ne demande pas plus que notre force». Alors ils insistent pour dire qu’avoir la foi ne constitue pas une carapace imperméable aux sentiments, mais plutôt un habit permettant d’affronter les rigueurs de la vie. «Le 29 décembre, lorsque je suis rentré de l’hôpital, j’ai pris une douche, et là, j’ai pleuré et j’ai crié. Et ça m’a fait beaucoup de bien, c’est sorti, Dieu me libérait», confie le grand-papa. Submergé par l’émotion, il l’a aussi été lorsqu’il a pris connaissance de la lettre de l’enseignante de sa petite-fille: «A la cérémonie, elle a lu un texte qui racontait sa dernière journée d’école, le 23 décembre, avant les vacances de Noël. C’était magnifique.»
Leur foi inébranlable les incite aussi à la prudence. Ainsi, face «aux esprits méchants, mauvais et destructeurs, nous préférons rester discrets. La cérémonie des deux petites s’est déroulée à Lausanne mais nous ne donnons aucune autre information car nous nous méfions des pratiques qui pourraient être déclenchées contre nous.» De la part de qui? Ils ne souhaitent pas en dire plus pour l’instant. Une prudence qui les a même incités à vivre chez des amis entre Noël et Nouvel-An pour des raisons de sécurité.
L’origine du drame
Malgré tout, ils n’ont jamais douté du pardon. Car ils expliquent qu’ils sont «revêtus de la Parole du Seigneur». Même lors de la dispute du soir précédent, qui serait à l’origine du drame. A ce moment-là, trois protagonistes étaient présents dans l’appartement: le compagnon de la maman, le frère de celui-ci et le grand-papa. En cause: le démontage du lit de la fillette de 6 ans dont l’emplacement posait problème. Le grand-papa avait été appelé à la rescousse pour ce démontage car le compagnon refusait de le faire. «J’ai reçu des coups de poing et j’ai eu l’arcade sourcilière fendue. Mais ce n’était pas lui, c’était déjà Satan, je le sentais», explique le grand-papa.
Pourtant, il a déposé une plainte à la suite de cette dispute. «Je ne voulais pas mais quelqu’un m’a conseillé de le faire.» Et la maman a demandé à son compagnon et au frère de celui-ci de quitter le domicile familial. La suite, on la connaît, c’est le soir fatal du 28 décembre.
Les grands-parents n’ont néanmoins pas d’explication précise sur les motivations profondes de ce drame. Une chose est sûre: le but du papa infanticide était de meurtrir la maman. Il lui aurait d’ailleurs dit avant de quitter l’appartement: «Toi, je te laisse en vie pour que tu souffres.»
Par contre, les grands-parents peuvent s’imaginer que leur foi ainsi que la présence du Seigneur dans leur vie ait pu repousser le compagnon de leur fille. «Ça se passait bien, on avait de bons moments. Mais c’est vrai qu’il semblait contrarié que la petite et notre fille passent du temps chez nous. On le sentait.»
Purification de l’appartement
Qu’importe finalement pour ces grands-parents puisque ce qu’ils cherchent, c’est «aller vers autrui dans la foi du Seigneur et la protection du Christ. Nous avons une armée d’anges qui nous protègent tous. Il suffit de laisser entrer Dieu dans son cœur.»
Un altruisme qui les conduit aussi à prier ces jours-ci pour purifier l’appartement du drame, qui sera prochainement remis en location. «Car la mémoire des murs est terrible. Il faut enlever les mauvais esprits qui hantent ce lieu.» Le même altruisme a poussé la maman à faire don des organes de sa petite fille: «Elle a pu sauver sept vies. Et sept, c’est le chiffre de l’Eternel.»
En attendant, ils sont prêts à rencontrer leurs connaissances et leurs amis pour partager leur salut dans la foi. «Les gens n’osent pas venir nous trouver après ce drame. Et ceux qui viennent pleurent plus que nous et on doit les consoler. Qu’ils viennent, nous les accueillerons en Christ.» (Le Matin)
Créé: 15.01.2012, 09h16






















