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Kirghizstan: Bakiev, un réformateur revenu aux anciennes manières

Le président kirghiz Kourmanbek Bakiev, 59 ans, en piste pour un second mandat, a été porté au pouvoir sur une image de réformateur en 2005 avant de se muer en dirigeant à poigne, renouant avec les vieux démons du passé.

AFP - le 24 juillet 2009, 08h29

En mars 2005, des milliers de manifestants avaient renversé le pouvoir d'Askar Akaïev, premier président du Kirghizstan indépendant, pour protester contre des fraudes électorales et une corruption endémique.

Lorsque M. Bakiev, leader de cette "Révolution des Tulipes", fut élu président en juillet 2005, beaucoup espéraient qu'il allait mettre fin aux dérives minant cette ex-république soviétique, depuis la chute de l'URSS en 1991.

M. Bakiev promit alors de réformer le système. Mais quatre ans plus tard, la corruption et la violence comme instrument de pouvoir sont de nouveau largement dénoncés. Ses détracteurs l'accusent d'avoir distribué actifs économiques et postes à responsabilités aux membres de sa famille.

"Après la révolution, la première chose à faire était de réformer le système de gouvernement, ce que Bakiev lui-même avait proposé", estime l'analyste indépendant Mars Sariev.

"Mais il ne l'a pas fait. Il n'a pas supprimé le système clanique de la famille Akaïev, qui continue à prospérer sous la direction de la famille Bakiev", affirme-t-il.

Originaire du sud du pays, où il est né le 1er août 1949, cet ancien ouvrier devenu ingénieur a fait une carrière d'apparatchik à la soviétique comme directeur d'usine, puis chef de conseil municipal.

Avec la chute de l'URSS et l'indépendance du Kirghizstan, sa carrière s'accélère: en 1995, il devient gouverneur de sa région natale de Jalal-Abad (sud) puis, deux ans plus tard, de la région septentrionale de Tchui, une promotion dans un pays où le nord a toujours dominé la scène politique.

En 2000, le président Akaïev l'appelle à prendre la tête du gouvernement mais il démissionne en 2002 après la répression sanglante d'une manifestation dans le sud du pays qui avait fait six morts.

Il s'est ensuite taillé une image de réformateur démocratique et fut d'ailleurs le seul président d'Asie centrale dont l'élection en 2005 fut reconnue comme libre par l'Occident.

Mais cette image s'est depuis largement écornée, notamment après les fraudes aux élection législatives de 2007 qui donnèrent une majorité écrasante à son parti.

Les ONG l'accusent aussi de limiter la liberté de parole et de recourir à la violence pour museler ses détracteurs.

Six journalistes ont été passés à tabac depuis le début de l'année, l'un deux étant mort le 12 juillet des suites de ses blessures, et plusieurs hommes politiques ont trouvé la mort dans des circonstances troubles.

"Aujourd'hui, chaque figure de l'opposition est menacée", affirme l'opposant Emilbek Kaptagaïev.

Les partisans du président jugent au contraire qu'il a su ramener la stabilité dans ce pays, longtemps considéré comme le plus instable d'Asie centrale.

"Il y a eu des avancées significatives, dont une révision constitutionnelle. Bakiev a montré qu'il était plutôt progressiste, le pays a une opposition et des médias libres", assure l'analyste pro-pouvoir Marat Kazakbaïev.

Sans grand charisme selon ses détracteurs, il n'en est pas moins un tacticien rusé, ayant obtenu un triplement du prix payé par les Américains pour la base militaire de Manas en juin après avoir menacé de la fermer au début de l'année.

Dans l'intervalle, il a aussi encaissé deux milliards de dollars d'aide de Moscou qui, selon des analystes, faisait pression pour obtenir la fermeture de la base américaine.

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© Keystone

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