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Des passagers d'un vol international passent devant une caméra thermique à leur arrivée à l'aéroport de Jakarta, le 28 avril 2009
Plusieurs pays ou régions d'Asie -Japon, Thaïlande, Hong Kong, Indonésie...- ont installé dans les aéroports ces portiques ou caméras, afin de détecter instantanément l'état de santé de voyageurs venant des zones infectées par la grippe dite porcine.
Comme on lui demandait dimanche pourquoi de tels portiques n'existaient pas en France, le directeur de la santé Didier Houssin avait répondu, se référant à une étude, qu'ils n'étaient pas efficaces.
L'étude en question, réalisée par une équipe de chercheurs français de l'hôpital de la Pitié-Salpétrière et menée par le Dr Pierre Hausfater, sous l'autorité du Pr Bruno Riou, fait effectivement apparaître que ces systèmes manquent clairement de fiabilité.
Publiée en août dans la revue américaine "Emerging infectious diseases", cette étude a été conduite sur 2026 patients se présentant aux urgences. Elle compare la température centrale du corps donnée par un thermomètre mis dans l'oreille et la température cutanée mesurée à 20 cm du front par des techniques infrarouges, que ce soit une caméra ou un portique.
Il en ressort que la valeur prédictive des caméras est de 99% quand le résultat est négatif et de seulement 10% quand il est positif. En d'autres termes, sur 100 personnes dites sans température par la caméra, 99 n'ont effectivement pas de fièvre, mais sur 100 personnes qui ont de la fièvre selon le test, seulement 10 en ont vraiment.
"Cela signifie qu'il y a beaucoup de faux positifs, ce n'est pas efficace", a expliqué à l'AFP le Dr Hausfater, spécialiste de médecine interne aux urgences du CHU.
"Qu'est-ce qu'on fait de tous ces patients positifs détectés, dans un aéroport ou dans un hôpital?", se demande-t-il, évoquant la nécessité d'une filière de prise en charge lourde, "pour des patients qui finalement n'ont rien".
"Dans le cadre d'un dépistage de masse, ça pose d'énormes problèmes d'organisation", dit-il.
Outre le manque de fiabilité du système, les chercheurs soulignent que "la fièvre n'est pas un phénomène constant dans la maladie infectieuse", que "des patients ont pu prendre des médicaments antipyrétiques", qui font tomber la fièvre, et enfin qu'"une réaction hypothermique plutôt qu'hyperthermique peut intervenir dans le processus infectieux".
Ils estiment aussi que la mesure de la température cutanée avec la caméra infrarouge "est influencée de façon marquée par l'âge du patient et son environnement".
"C'est une solution très lourde en termes de consommation de temps", note le Dr Hausfater, pour qui ce type de dépistage "est plus fait pour rassurer les autorités".
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