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Le nouveau visage de la contestation

Symbole

Le masque qui donne ses traits au collectif Anonymous et aux activistes anticapitalistes provient de BD «V pour Vendetta». Son mythique scénariste, Alan Moore, salue cette récupération.

Par Simon Koch. Mis à jour le 10.02.2012

1/11 Manifestation contre ACTA en Suède. Guy Fawkes est en première ligne.
Image: AFP

   

Alan Moore est née le 18 novembre 1953 en Angleterre. Scénariste de bande dessinée, il est reconnu pour avoir fait évoluer son média vers un genre plus adulte. La publication de V pour Vendetta a débuté en 1982. Suivent notamment Watchmen, qui donne une vision décalée des superhéros ou le roman graphique From Hell. Alan Moore est aussi un personnage qui brouille les pistes entre réalité et fiction. Il dit par exemple de lui qu’il est un mage pratiquant et un adorateur du dieu romain Glycon.

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De nouvelles manifs sont annoncées ce week-end dans toute l’Europe, Suisse y compris, contre le traité anticontrefaçon ACTA. Les masques au sourire sardonique, associés au collectif Anonymous et à l’activisme anticapitaliste, y seront nombreux. Ces traits sont devenus le nouveau visage de la contestation.

Le visage stylisé est une référence au comics «V pour Vendetta», d’Alan Moore et David Lloyd. Créée en 1982, la BD dépeint les aventures d’un héros masqué qui lutte contre un gouvernement anglais gagné par le fascisme. L’action se déroule dans un futur dystopique, en 1997, sur fond de guerre nucléaire.

Conspiration des poudres

Le personnage, qui se fait appeler V, porte un masque de Guy Fawkes, personnage historique du XVIIe siècle. En 1605, il est l’un des principaux acteurs de la «Conspiration des poudres», qui voulait commettre un attentat lors de la cérémonie d’ouverture du Parlement, à Londres. Objectif: décimer l’élite politique et tuer le roi, anticatholique fervent. L’Angleterre d’alors est traversée par des tensions religieuses, qui voient les catholiques persécutés par les protestants.

Mais Fawkes est dénoncé et arrêté la nuit avant l’attentat sous le palais de Westminster, où il veillait sur 700 kg de poudre prête à exploser. Il sera torturé, jugé puis exécuté. Cet épisode de l’histoire anglaise a donné lieu à une tradition toujours vivante, la Guy Fawkes night, ou Bonfire night. Chaque 5 novembre, des poupées à l’image du conspirateur sont brûlées sur des bûchers pour commémorer la catastrophe déjouée de justesse. La tradition a néanmoins tendance à être phagocytée par la fête d’Halloween, célébré le 1er novembre.

Héros ambigu

Le Che Guevara du XXIe siècle emprunte ses traits à un révolutionnaire catholique du XVIIe siècle. Cocasse. «300 ans après les faits, dans l’Angleterre d’après-guerre, l’insurgé a pris une connotation plus ambiguë», écrit Alan Moore. Le scénariste de «V pour Vendetta», explique dans une tribune publiée sur le site de la BBC, comment il juge la récupération de son personnage par la contestation mondiale. «Quand les parents racontaient l’histoire de Guy Fawkes à leurs enfants et sa tentative de faire exploser le Parlement, il y avait toujours une touche d’admiration dans leur voix»

Héros de la contestation ou dangereux anarchiste, Guy Fawkes? Son statut de révolutionnaire légitime est exacerbé dès le début années 80, marqué par le thatchérisme et de violentes émeutes. C’est dans ce contexte que l’idée d’utiliser cette référence historique dans les comics V pour Vendetta s’impose à ses créateurs.

Paradoxalement, c’est à ce moment-là aussi que le personnage historique tend à être balayé de la conscience britannique, remplacé par les montres de Halloween. Même la dénomination Guy Fawkes night est progressivement remplacée par Bonfire night (la nuit du feu de joie).

Identité prête à l’emploi

Cette éclipse passagère n’empêchera pas le masque au sourire sardonique de revenir en force après la sortie du film «V pour Vendetta» (2006). Première grande occurrence: début 2008, à Londres, lors d’une importante manifestation contre la scientologie. Puis Guy Fawkes a essaimé, apparaissant lors de manifs antiglobalisation, anticapitalistes, ou lors d’attaques de pirates informatiques.

«Le sourire charismatique de notre personnage offre une identité prête à l’emploi pour ces manifestants motivés, note Alan Moore. Il est à la fois anarchique, romantique et théâtral, ce qui colle bien à l’activisme contemporain, des indignés de Madrid au mouvement Occupy Wall Street.»

«Certains fantômes ne disparaissent jamais»

Le scénariste anglais voit d’ailleurs dans la situation actuelle des parallèles avec l’époque de Guy Fawkes. L’éthique des financiers et le comportement des banques qui paraissent intouchables rappellent la cour corrompue du roi Charles I d’Angleterre. «Aujourd’hui, l’utilisation du visage de notre personnage rappelle peut-être que les situations injustes seront toujours hantées par les spectres du XVIIe siècle, avance Alan Moore. Même si les soulèvements actuels sont davantage alimentés par les réseaux sociaux que par la poudre à canon. Certains fantômes ne disparaissent jamais.»

Pour le scénariste, la lettre V, associée à son personnage masqué est devenue synonyme de validation et plus de vendetta ou de vengeance. Une validation par la population des actions gouvernementales ou des grands acteurs économiques. (Newsnet)

Créé: 10.02.2012, 16h49

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