Mardi 6 décembre 2016 | Dernière mise à jour 14:55

Rentrée scolaire Un élève sur 5 utilise son smartphone pour tricher

Les téléphones intelligents sont devenus un outil de triche incontournable sur les bancs d’école. Problème: la moitié des profs ne savent pas ce que les élèves peuvent faire avec ces appareils.

Image: AFP

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Oubliez l’antisèche dissimulée dans la trousse ou les formules mathématiques écrites dans la paume de la main. A l’école, la triche a pris le train des nouvelles technologies.

Selon l’étude McAfee 2012 portant sur le comportement en ligne des adolescents américains, 22% d’entre eux ont utilisé leur smartphone pour tricher durant une épreuve. Cette proportion monte à 48% lorsqu’il s’agit de trouver la réponse à un exercice fait en classe. Et le phénomène n’épargne pas la Suisse.

En face, les enseignants ne sont pas toujours conscients du phénomène. Des formations et des fascicules spécialisés tentent de les sensibiliser aux nouvelles technologies, avec plus ou moins de succès. Mais pour les profs qui, il y a 20 ans déjà, déclaraient déjà forfait face au magnétoscope, c’est peine perdue.

Philippe Wampfler, 34 ans, est prof d’allemand et de philo à l’école cantonale (Gymnase) de Wettingen (AG). Il anime le blog «Schule une Social Media», lieu de réflexion sur les nouveaux médias dans le monde scolaire. D’après ses estimations, la moitié des enseignants entre 20 et 40 ans n’ont aucune idée de ce que les élèves peuvent faire avec un smartphone. Et le taux d’analphabètes numériques monte avec l’âge. Entretien.

Le Matin: 22% des ados américains utilisent leur smartphone pour tricher à l’école. Les jeunes Suisses font-ils de même?

Notre pays possède une des plus fortes densités de smartphones au monde. Je trouverais très étonnant que ce chiffre soit plus bas en Suisse. Tricher possède ce goût grisant de l’interdit. Et le faire via téléphone mobile démontre une capacité à utiliser les nouveaux médias. Ces 22% d'élèves ne trichent pas systématiquement, mais l’on fait au moins une fois. Je ne trouve pas cela particulièrement préoccupant pour l’instant.

Le Matin: Qu’est-ce que le smartphone a changé à la triche?

Le téléphone intelligent facilite la tricherie et la copie. Il permet aussi de consulter des personnes extérieures à la classe. Il est possible de stocker un grand nombre d’informations sur son téléphone. Il est déjà arrivé que des élèves photographient leurs réponses et les envoient à toute la classe pour qu’elles puissent être copiées. D’autres interrogent des amis via SMS, qui leur envoient ensuite les bonnes réponses.

Le Matin: Comme avec une antisèche, la discrétion reste la règle d’or, non?

Dans certains cas, le smartphone rend la tricherie plus facile, car l’enseignant ne se doute pas que l’appareil peut servir à tricher. Mais utiliser un téléphone intelligent demeure risqué. Surtout dans les écoles qui proscrivent l’utilisation des appareils mobiles durant les cours.

Le Matin: A vous entendre, certains profs sont bien naïfs. Leur formation professionnelle est-elle adaptée à ce nouveau phénomène?

Je ne peux trancher de manière générale. Il existe d’excellents modules de formation qui préparent les enseignants ces difficultés. Mais pas tous.

Le Matin: L’analphabétisme numérique est-il uniquement lié à l’âge des professeurs?

Non. La profession d’enseignant ou d’enseignante attire traditionnellement des personnes qui ont des compétences sociales et sont intéressées par la matière. Pas forcément des fans de technologie. Les exigences ne cessent d’augmenter pour les profs, et il est presque impossible d’être compétent dans tous les domaines lorsque l’on entre dans ce métier.

Le Matin: Faut-il selon vous interdire le smartphone en classe?

On peut déjà commencer par poser aux écoliers des questions auxquelles il n’est pas possible de répondre par SMS ou en utilisant Google. Ensuite, pour les examens finaux ou la Maturité, il est déjà d’usage que les élèves déposent leur smartphone dans une boîte, et qu’ils le récupèrent une fois l’épreuve terminée.

(nxp)

(Créé: 28.08.2012, 07h06)

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