Lundi 26 septembre 2016 | Dernière mise à jour 00:00

Lift 2014 Quand les hackers piratent le vivant

Le génie génétique se pratique aussi en hobby, dans des laboratoires communautaires et indépendants. Thomas Landrain, figure du mouvement «DIY bio» en France, a plaidé sa cause lors de la conférence Lift à Genève.

Les sciences du vivant prennent leurs quartiers dans des laboratoires communautaires remplis de machines bricolées et de matériel de seconde main comme ici à La Paillasse, près de Paris.

Les sciences du vivant prennent leurs quartiers dans des laboratoires communautaires remplis de machines bricolées et de matériel de seconde main comme ici à La Paillasse, près de Paris. Image: La Paillasse

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A la manière des «Hackerspace» pour le bidouillage informatique ou des «FabLab» pour l'impression 3D, des laboratoires indépendants permettent aux amateurs de «fabriquer du vivant». Thomas Landrain a présenté le mouvement «DIY bio» lors de la conférence Lift à Genève.

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Loin des laboratoires ultramodernes et des ateliers de développement des multinationales, les nouvelles technologies s’inventent et se vivent aussi entre bidouilleurs passionnés. Après le logiciel libre ou l’impression 3D, c’est maintenant au tour des sciences du vivant de descendre dans des labos communautaires remplis de machines bricolées et de matériel de seconde main. Ou quand le génie génétique rencontre la culture Open-Source.

Sur le modèle des «Hackerspace» (les ateliers tout équipés pour les bricoleurs informatiques), des «Biohackerspace» s'ouvrent un peu partout sur la planète. Les amateurs y pratiquent le «DIY bio» (abréviation de «Do It Yourself Biology»), réalisant une foule de projets à la croisée de la biologie, de la chimie, de l’ingénierie et de l’informatique.

Des valeurs de hackers

«Nous partons du principe que l’on peut faire de la biologie en dehors des structures académiques ou institutionnelles, explique Thomas Landrain, cofondateur du laboratoire ouvert La Paillasse à Paris et figure de proue du «DIY bio» en France. Le mouvement partage les valeurs de la communauté hacker, comme la mise en commun des connaissances ou la démocratisation du savoir et des outils. Jusqu’ici, la biologie était restée orpheline de cette révolution qu’avaient connu avant elle l’informatique et bien d’autres sciences dures», explique le jeune doctorant en biologie synthétique en marge de la conférence Lift.

«Ce sont des geeks», rappelle-t-il, «qui ont inventé l’ordinateur personnel, alors qu’IBM construisait encore des ordinateurs géants pour les entreprises».

La perspective d’expérimenter sur du vivant peut néanmoins en inquiéter certains. Si en France et en Europe les amateurs de «DIY bio» n’ont pas l’autorisation de modifier génétiquement des organismes, les biohackers américains peuvent plus facilement créer des OGM.

Un code éthique strict

«Nous sommes conscients de l’impact que peut avoir notre travail, rassure Thomas Landrain, et il n’est pas question d’être hors la loi. Très tôt, le mouvement s’est doté d’un code éthique. Et la dimension ouverte du «DIY bio» garantit un contrôle citoyen et une grande transparence».

Pour l’instant, le «DIY bio» a produit des yaourts fluorescents ou des tests ADN pour quelques francs, qui vous permettent, par exemple, de savoir quelle viande se trouve dans votre lasagne. A La Paillasse, les biohackers parisiens ont par ailleurs synthétisé une encre biodégradable et non toxique qui change de couleur par réaction chimique.

«Un App Store de bactéries»

La biologie démocratisée dépassera-t-elle le stade du gadget geek, entraînant des révolutions similaires à ce qu’a connu l’informatique sous l’impulsion de ses pionniers? Thomas Landrain y croit. «Notre projet d’encre nous a fait réaliser que la bioproduction était plus accessible que nous le pensions. On peut imaginer un dispositif qui permettrait un jour à chacun de synthétiser des molécules en fonction de ses besoins, en partant si possible sur des ressources organiques. Aujourd’hui, les biotech qui font de la bioproduction ne se soucient pas de cette échelle domestique».

Pour atteindre son but, le jeune chercheur travaille sur un catalogue de souches à disposition des amateurs, capables de fabriquer différentes substances en fonction des besoins de chacun. «Une sorte d’App Store de bactéries», explique-t-il, une étincelle dans le regard. (nxp)

(Créé: 06.02.2014, 02h59)

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