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Jeu vidéo «The Last Guardian», 10 ans pour un chef-d'oeuvre

Ce nouveau poème interactif signé Fumito Ueda disponible dès aujourd'hui est sidérant de beauté mélancolique. Malgré quelques défauts on en reste baba.

Une image du jeu vidéo «The Last Guardian». Prisonnier d'une forteresse gigantesque et fantomatique, un jeune garçon est aidé par une créature mythologique.

Une image du jeu vidéo «The Last Guardian». Prisonnier d'une forteresse gigantesque et fantomatique, un jeune garçon est aidé par une créature mythologique. Image: SIE

Une vieille et rare bande-annonce alors que «The Last Guardian» devait encore sortir sur la PlayStation 3. (Video: SIE)

«The Last Guardian» refait surface à l'E3 2015 avec une longue séquence de gameplay sur PlayStation 4. (Video: SIE)

La bande-annonce de l'E3 2016. De nouveaux éléments narratifs y sont présentés pour la première fois. (Video: SIE)

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Gros plan sur un mystérieux objet à semi enfoui dans la terre alors que les rires des enfants du village retentissent à proximité. On appuie sur une touche du gamepad et un générique qui occupe le temps de chargement de la première séquence de «The Last Guardian» font découvrir diverses planches zoologiques telles qu'elles auraient pu être dessinées par un explorateur-biologiste du 19ème siècle. Sauf que les créatures sont à l'évidence imaginaires.

Quelques secondes plus tard, nous voilà dans le vif du sujet. Il y a eu une énorme ellipse. Un jeune garçon en tunique avec d'étranges caractères tatoués sur la peau se réveille dans une forteresse en ruine. Un château de conte de fées triste, immense, intensément spectaculaire. A côté de lui gît une créature blessée et enchaînée. Une tête de chien, deux cornes limées, des ailes inutiles, un corps de félin avec des plumes en guise de pelage, des pattes de rapace, une queue de chat ou de lion... Voici Trico. Et pas de doute, «The Last Guardian» se pose en jeu d'auteur, en divertissement à haute valeur artistique ajoutée dont la gestation (près de dix ans) fut exceptionnellement compliquée.

Succès critiques

Auréolé des succès critiques d'«Ico» (un jeune garçon accompagne et protège une princesse dans un château-labyrinthe) et de «Shadow of the Colossus» (un chevalier combat des créatures mythologiques géantes dans l'espoir de voir sa compagne ressuscitée), tout deux sortis sur PlayStation 2, le japonais Fumito Ueda pensait pouvoir rapidement bâtir «l'opus ultime» sur ces deux solides fondations. Mais le relativement petit studio de développement qu'il dirigeait n'est jamais réellement parvenu à transposer sa vision sur une PlayStation 3 techniquement difficile à dompter. Ces embûches ont été la source de diverses crises dont une majeure qui aboutit au départ de Sony d'Ueda et de membres clés de son équipe. Mais au lieu d'enterrer le projet, comme cela arrive souvent quand un jeu se trouve pris dans un tel «enfer du développement», la multinationale nippone a choisit d'accorder à ceux qui sont restés, et aux nouveaux venus en renfort, le temps et les moyens pour achever «The Last Guardian», pour la PlayStation 4. Et cela sans divorcer de Fumito Ueda qui a pu superviser son oeuvre jusqu'au bout et y apposer une fière signature.

A l'heure de la levée de l'embargo critique, soit le lundi 5 décembre à 16h00, et après de nombreuses heures heureuses au compteur, nous pensons sincèrement que «The Last Guardian» est un grand jeu. Peut-être pas un chef d'oeuvre, le terme est trop galvaudé et l'ouvrage à quelques faiblesses, mais incontestablement un jalon qui marque les esprit et remue les tripes. Car l'objectif principal, qui était de parvenir à faire ressentir intensément le lien émotionnel qui lie l'enfant à l'animal, est ici magnifiquement atteint.

Comme un être vivant

Cela commence par un apprivoisement, l'enfant réveille Trico qui se révèle affaibli mais menaçant. Il le soigne, le nourrit et le libère de sa chaîne. Ce dernier se met à le suivre tandis que le petit tente de passer d'un secteur à l'autre en trouvant les passages, en déclenchant des mécanismes et aussi en brisant de mystérieux vitraux qui, inexplicablement, terrifient Trico. Il devient très rapidement évident que l'aide du géant animal est indispensable à la progression et que l'intimité et la compréhension entre les deux être s'intensifient avec le temps. Trico est tour à tour un moyen de transport, une échelle et un protecteur mais reste avant tout un compagnon au comportement parfois imprévisible. Il ne répond pas comme une machine mais comme un être vivant et cela nous ne l'avions encore jamais vu à un tel degré d'accomplissement dans un jeu vidéo. D'un point de vue de pur gameplay, cela pourrait être une source de frustration car, en ce jardin numérique, on a l'habitude d'être mécaniquement obéi. Mais dès qu'on comprend et maîtrise cette variable, la progression devient pure magie.

Ne vous retournez pas, vous êtes suivi (dr)

«The Last Guardian» porte aussi dans ses gènes la beauté des matins calmes qui se manifeste à chaque découverte d'un nouveau secteur. Un beauté qui a le bon goût d'aller en s'accentuant à mesure que le dénouement, digne des meilleures animés d'Hayao Miyazaki, approche. Prière d'attendre la fin du générique pour la dernière séquence qui noue la gerbe.

Action indirecte

Il y a aussi un peu d'action dans le jeu. Elle se manifeste surtout lorsque des guerriers de terre et de fer s'animent avec dans l'idée de se saisir de l'enfant pour le précipiter dans une autre dimension ou de planter flèches et lances sur l'infortuné Trico.

Fort peu doué en combat, il s'agit alors pour nous de prendre la fuite en comptant sur la protection du géant. Cela veut dire aussi que l'action de «The Last Guardian» est plus lente et indirecte que frénétique.

L'art et la manière de chuter

«The Last Guardian» réclame néanmoins une forme d'indulgence sur les aspects du gameplay qui suscitent parfois des frustrations. Lorsque dans un couloir ou une pièce de dimension réduite, la masse de Trico ne permet pas à la caméra de donner le point de vue idéal. Lorsque, aussi, on se voit contraint de chercher de la nourriture dans un niveau inférieur pour notre protecteur et que l'imprécision des lancés en hauteur nous oblige à recommencer plus que nécessaire. Lorsque, encore, notre jeune héros rate de peu le rebord qui le sauvera de la chute mortelle pour une bête affaire de précision de placement. Lorsque, enfin, l'enchaînement des portes et des grilles à débloquer ne sont plus des défis mais deviennent des obstacles à la narration.

Mais lorsque cela arrive, il suffit de contempler quelques secondes un paysage insolite et grandiose au sommet d'une tour monumentale au crépuscule pour que tout soit oublié.

Alors oui, tout compte fait, «The Last Guardian» est un chef d'oeuvre.

«The Last Guardian» fête dignement sa sortie du purgatoire, ce mercredi 7 décembre sur PlayStation 4. (Le Matin)

Créé: 07.12.2016, 06h47


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