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PayPal et les sites de téléchargement: divorce

Internet

Pointé du doigt pour avoir travaillé avec MegaUpload, le numéro un mondial du paiement en ligne a récemment rompu les contrats qui le liaient à des dizaines d’autres sites de partage en ligne.

Par Alexandre Haederli. Mis à jour le 21.07.2012
La décision de PayPal, qui intervient trois mois après que le Genevois David Marcus a pris la tête de l’entreprise, est un coup dur pour l’industrie du téléchargement.

La décision de PayPal, qui intervient trois mois après que le Genevois David Marcus a pris la tête de l’entreprise, est un coup dur pour l’industrie du téléchargement.
Image: Yuriko Nakao /Reuters

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Nouveau coup dur pour les sites de partage de fichiers. Déjà sous pression depuis la fermeture brutale de MegaUpload qui les a mis bien malgré eux sous les feux de la rampe, nombre d’entre eux se voient désormais privés d’une partie de leurs revenus.

Ces dernières semaines, le leader mondial du paiement en ligne a décidé de se distancier de ce marché gris où se mêlent l’échange légal de fichiers et le téléchargement d’œuvres protégées par le droit d’auteur. Plusieurs géants du secteur se sont vus signifier la fin immédiate de leur contrat. MediaFire, Putlocker ou encore DepositFiles auraient notamment fait les frais de cette décision, rapporte le site spécialisé Torrent Freak.

De très nombreux sites utilisaient PayPal pour permettre à leurs membres de souscrire à un compte «premium» ou de faire des dons. Principal avantage de ce service: il est largement connu des internautes qui l’utilisent pour leurs achats en ligne, notamment sur la plate-forme d’enchère eBay.

Pour quels motifs PayPal a-t-il soudain décidé de mettre un terme à sa relation avec des clients pourtant tolérés depuis de longues années? L’entreprise basée à San Jose, en Californie, n’a fait aucune annonce officielle sur le sujet et n’a pas voulu répondre à nos questions. Manifestement, le sujet est sensible.

Conditions «inacceptables»

La décision, qui intervient trois mois après que le Genevois David Marcus a pris la tête de l’entreprise, a certainement dû diviser, même à l’interne. Renoncer à faire des affaires avec tout un pan de l’économie numérique signifie faire une croix sur les revenus générés par les commissions prélevées sur chaque paiement. De quelle part de son chiffre d’affaires, qui se montait à 4,4 milliards de dollars en 2011, PayPal va-t-elle ainsi se priver? Impossible de le savoir. Une chose est sûre: pour que cette décision soit validée, il fallait que la pression soit énorme. Difficile de ne pas faire le lien avec l’affaire MegaUp-load. PayPal avait en effet accepté parmi ses clients cette plate-forme qui aurait permis à 50 millions d’utilisateurs de partager films et musique protégés. La société semble désormais vouloir afficher sa bonne volonté en matière de lutte contre les violations du droit d’auteur.

Pour rompre brutalement les contrats, la société s’appuie sur une liste de conditions que les détenteurs de site de téléchargement doivent impérativement remplir. «Les marchands doivent autoriser PayPal à accéder librement à leur service afin que […] PayPal puisse contrôler le contenu», indique une directive disponible sur le site Internet de la société.

L’énigme RapidShare

Cette directive a-t-elle été récemment durcie? Ou est-elle simplement désormais appliquée de manière moins laxiste? Dans un cas comme dans l’autre, cette condition est inacceptable pour les sites de téléchargement. «C’est une violation de la vie privée, a réagi la semaine dernière un responsable de Putlocker, interrogé par Torrent Freak. Nous avons une charte qui protège nos utilisateurs et nous ne comptons pas donner accès à leurs fichiers à une société tierce.» Un avis partagé par ses confrères de DepositFiles et MediaFire. Surprise par contre du côté de RapidShare. La plate-forme de téléchargement basée en Suisse est l’un des rares géants du secteur à proposer, aujourd’hui encore, à ses clients de payer avec PayPal. L’entreprise zougoise aurait-elle accepté de donner accès aux documents mis en ligne par ses utilisateurs? «Les fichiers de nos clients peuvent être consultés par des tiers uniquement si les clients eux-mêmes les ont rendus publics», se défend son porte-parole, Martin Gleissner. RapidShare aurait-il droit à un traitement de faveur? «Nous travaillons en étroite collaboration avec PayPal qui est informé de nos efforts pour lutter contre les violations du droit d’auteur.»

Quelle alternative?

Pendant que le Suisse fanfaronne, certains de ses concurrents, touchés au porte-monnaie, accusent le coup. En témoigne cet appel au secours lancé sur la page d’accueil du très populaire site francophone Torrent 411: «Nous sommes actuellement à la recherche d’une alternative. Nous étudions aussi la faisabilité de procéder aux transactions à l’interne sans avoir recours à un tiers. Si vous avez des idées ou de suggestions, ne vous gênez surtout pas.» S’en suivent huit pages de discussions animées sur le forum. C’est désormais la grande question: qui va reprendre le marché fraîchement déserté par PayPal? Il existe plusieurs dizaines de remplaçants potentiels, mais, pour l’heure, aucun ne semble faire l’unanimité. La bataille s’annonce rude. La décision de PayPal, qui intervient trois mois après que le Genevois David Marcus a pris la tête de l’entreprise, est un coup dur pour l’industrie du téléchargement. (Le Matin)

Créé: 22.07.2012, 09h30

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