Mercredi 31 août 2016 | Dernière mise à jour 16:08

Cyberaddiction «En 6 mois, je me suis sevré du web»

Le blogueur Thierry Crouzet passait sa vie en ligne, jusqu’au jour où sa santé l’a obligé à déconnecter. Récit.

Image: MAXPPP

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Le constat est sévère: si vous vérifiez vos e-mails en continu, envoyez des SMS tout en regardant la télévision, répondez à des invitations Facebook en parlant sur Skype ou surfez dans la salle d’attente de votre dentiste, vous êtes accro aux nouvelles technologies et le burn-out numérique n’est pas loin.

A l’origine de cette expression, Thierry Crouzet, spécialiste du Web, qui a débranché pendant six longs mois, suite à une overdose de nouvelles technologies. Si les raisons qui ont poussé ce professionnel à se déconnecter sont légitimes, un grand nombre d’entre nous ne peut plus se permettre de tirer la prise de façon aussi drastique.

Les employés se doivent d’être atteignables et réactifs, idem pour les parents. Jeunes et aînés dépendent aussi des nouvelles technologies grâce auxquelles il est plus simple de vérifier un horaire de train ou de correspondre avec l’étranger. Pour beaucoup, le numérique est une aide dans la vie quotidienne, un lieu d’échange et une source de divertissement bon marché.

Thierry Crouzet l’admet, se priver de cet apport est un luxe que nombre d’entre nous ne peut pas se payer. C’est bien parce que, aujourd’hui, la vie en ligne est devenue indispensable qu’il faut aller marcher en forêt, téléphone éteint.

Mais, en 2012, si on se déconnecte totalement, la fracture s’installera et conduira à la mort numérique. Alors, apprendre à faire des pauses, oui. Débrancher, non.

ANNE-PAULE MARTIN Rédactrice en chef adjointe

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Accros du Net et des réseaux sociaux, attention: le «burnout numérique» vous guette! Thierry Crouzet l’a rencontré. C’était chez lui à Balaruc (F), en pleine nuit, il y a tout juste un an. Le blogueur français se sent oppressé et croit à une attaque cardiaque. A l’hôpital, les médecins parlent de simple crise d’angoisse. Aussitôt rassuré, le cyberhyperactif se saisit de son smartphone pour raconter sa nouvelle aventure à ses followers. Et là, c’est la prise de conscience. «J’ai compris que ce réflexe n’était pas normal et que c’était mon abus d’Internet qui m’avait conduit là.»

Depuis des années, l’influent blogueur et écrivain, auteur du «Peuple des connecteurs», voit dans le Web «un terrain de bataille politique». Il y passe toutes ses journées et jusqu’à 2000 personnes consultent quotidiennement ses écrits. «Chatter, twitter, e-mailer, bloguer, je ne faisais que ça. Quand les autres nous lisent, on a l’impression qu’ils nous aiment. Quand il n’y a pas de réactions, il y a frustration. Quand il y en a, on est si content qu’on en veut davantage. J’ai voulu me libérer de cette dictature du temps réel.» Un mois et demi après son burnout, Thierry Crouzet décide de débrancher et de tirer un livre* de ce qu’il pressent être une «expérience initiatique». Pendant six mois, son ordinateur ne lui servira plus que de machine à écrire. Avant cela, il informe ses cyberamis de sa démarche. Certains approuvent. D’autres disent qu’il n’y arrivera pas. Ils se trompent.

Au début du sevrage, le Français sent une immense fatigue s’abattre sur lui. Quand il ne dort pas, une sensation de désœuvrement l’habite. «C’est là que j’ai compris que j’étais addict. Quand ma femme le disait, je ne la prenais pas au sérieux. Même avec elle et nos deux enfants, j’avais toujours mon smartphone à portée de main et je m’échappais à tout moment sur le Net pour répondre à des posts. Je n’étais jamais tout à fait quelque part. C’était un peu comme faire l’amour à quelqu’un en pensant à quelqu’un d’autre.»

Peu à peu, Thierry Crouzet redécouvre l’ennui et les plaisirs simples qui en découlent. «Je me suis surpris à avoir des bouffées de joie dans la nature, juste du fait d’être vivant et de profiter. Ces moments, le Net me les avait volés.» Le quadragénaire qui avait pris l’habitude de picorer un paragraphe ici, une phrase là, se remet à lire un livre d’un bout à l’autre. «La nuit, mes rêves sont devenus plus lumineux, plus riches, plus hallucinatoires.»

Aujourd’hui, il s’est reconnecté, mais ces bienfaits perdurent. Désormais, le Web, ce fils de pêcheur y navigue de façon équilibrée. «On nous a fait croire qu’en étant présent sans cesse sur Internet, on allait pouvoir changer les choses. Alors qu’en réalité, vivre le temps réel en ligne annihile les vraies émotions.» (Le Matin)

(Créé: 14.02.2012, 22h47)

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