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Le flicage déferle sur internet

Censure

Twitter, Google & Co. ouvrent la voie à un web muselé et filtré en fonction des lois de chaque pays. Les militants des droits de l’homme redoutent la fin de la liberté d’expression.

Par Simon Koch. Mis à jour le 02.02.2012 9 Commentaires
En acceptant de censurer les tweets en fonction des lois en vigueur dans chaque pays, Twitter aurait commis un «suicide social», selon certains analystes. Google a décidé de faire de même avec ses blogs

En acceptant de censurer les tweets en fonction des lois en vigueur dans chaque pays, Twitter aurait commis un «suicide social», selon certains analystes. Google a décidé de faire de même avec ses blogs
Image: Archive/AFP

Fliquer Twitter

Le flicage de Twitter & Co. aura lieu, même sans la collaboration de leurs directions. Le FBI a mis en ligne le 19 janvier un appel d’offres via sa section Strategic Information & Operations center (SOIC). Le concept: développer dans les meilleurs délais une application qui «identifie et géolocalise les événements capitaux sur le point d’arriver, les incidents ou les menaces émergentes» sur les réseaux sociaux. Facebook ferait également les frais de ce contrôle. «Les alertes devront ensuite être visualisables de manière géolocalisée sur une carte du monde», précise le document.
Vous avez dit Big Brother? En attendant l’application qui espionnera le réseau tout seul, le FBI ne chôme pas. Les autorités américaines ont arrêté sur dénonciation un couple britannique qui annonçait sur Twitter vouloir «détruire l’Amérique» et «Déterrer Marilyn Monroe» lors de vacances sur la côte est. Interpellés à l’aéroport de Los Angeles, les tourtereaux à l’humour explosif se sont vus refuser d’entrer aux Etats-Unis. Et ce, même si l’expression «détruire» en anglais est synonyme de «faire la fête», et que l’expression «déterrer Marilyn Monroe» est une référence à la série comique «Family Guy».

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Il a vécu le temps où les réseaux sociaux passaient pour les alliés des démocraties naissantes. Salués unanimement pour leur rôle dans le Printemps arabe, Facebook et Twitter ont servi à informer et coordonner les actions des manifestants, alors que les dictateurs en place bloquaient les réseaux de téléphonie mobile.

Mais ces espaces de liberté (et de libération), vivent leurs dernières heures. Twitter a annoncé qu’il pourrait filtrer les messages pays par pays en fonction des législations de chacun. «Au fur et à mesure que nous nous développons à l’international, nous irons dans des pays qui ont des positions variables sur la liberté d’expression», expliquait le site de microblogging. Jusqu’ici, seul les tweets enfreignant le droit américain pouvaient être supprimés.

Liberté d’expression à géométrie variable

On peut comprendre la volonté de Twitter de faire le ménage et éviter de répandre des appels à la haine ou de messages négationnistes. Mais pour l’ONG Reporters sans frontières (RSF): «Twitter va collaborer avec les censeurs, et finalement les aider à empêcher des informations critiques sur les gouvernements ou des dénonciations de corruption», dénonce Lucie Morillon, responsable du bureau Nouveaux médias.

Des dissidents du monde entier condamnent de même la décision de filtrer les tweets, comme l’Egyptien Mahmoud Salem ou le Chinois Ai Weiwei. «Si Twitter censure, j’arrêterai de twitter», a écrit l’artiste. Et pour le magazine Forbes, le site de microblogging commet tout bonnement «un suicide social».

Twitter se justifie

Face à cette vague d’indignation, le patron de Twitter, Dick Costolo, tente de rassurer internautes et militants des droits de l’homme. Il souligne sans convaincre l’existence de garde-fous. Et de rappeler que les tweets censurés dans un pays seront toujours visibles à l’international.

Dick Costolo affirme aussi qu’aucun tweet ne sera censuré avant son apparition en ligne. La modération d’un message aura lieu a posteriori, si une autorité compétente le demande. Chaque requête sera évaluée au cas par cas. Quarante-cinq personnes sont occupées à cette tâche chez Twitter pour l’instant.

Où s’arrêteront-ils? C’est toute la question. Pourra-t-on encore parler de Megaupload et de piratage sur le site de microblogging? Le collectif Anonymous, qui communique par ce biais va-t-il se laisser bâillonner? Ces questions restent ouvertes alors que le réseau se ferme.

De la géolocalisation à la géocensure

Car Twitter n’est pas le seul à pratiquer la géocensure. Skype s’y est mis en Chine, où certaines conversations sont bloquées dans sa messagerie instantanée. Google n’est pas en reste. Il fait migrer les blogs hébergés pas sa plate-forme Blogger.com vers des portails locaux. Anodin? Loin de là! Lier un blog à un pays en le rattachant à une adresse en .fr, .ch, ou .jp, c’est les soumettre à la loi du pays en question.

Google explique noir sur blanc sur sa page d’aide: Nous pourrons ainsi continuer à promouvoir la liberté d’expression et la publication responsable, tout en étant plus flexibles face aux demandes de suppression de contenus en accord avec les législations locales.»

Rappel à l'ordre généralisé

Le vent de censure qui souffle sur internet depuis quelques semaines ne refroidit pas que les amateurs de téléchargement et de streaming. Il est un rappel à l’ordre généralisé. Le web n’est pas un espace de non-droit, et y enfreindre les lois ne reste pas sans conséquence.

Il est légitime de saluer un retour en force de l’Etat (virtuel) de droit. Mais on aurait tort d’applaudir trop vite Twitter & Co. Leur soumission aux législations locales répond uniquement à une volonté de conquérir de nouveaux marchés et de recruter davantage de membres. Et tant pis s’il faut les bâillonner au passage pour pouvoir leur vendre un peu de publicité. (Newsnet)

Créé: 02.02.2012, 07h08

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9 Commentaires

Vox Populi

02.02.2012, 09:47 Heures
Signaler un abus 11 Recommandation 0

Ils ont beau essayer de censurer le web, ils n'y arriveront pas! Il n'existe pas que ces réseaux sociaux pseudos démocratiques pour converser entre la populace, exemple : les IRC (Internet Relay Chat) sont une très bonne manière de contourner la censure. Internet est libre, internet nous appartient! Les gouvernements ne contrôlent pas internet et ceci les dérange. Répondre


josé da silva

02.02.2012, 07:51 Heures
Signaler un abus 7 Recommandation 0

Le pretexte des téléchargements illégaux et la fermeture de Megaupload a fait éclater le vernis si brillant du net, les boulets et les chaines de la censure s'y installent, le profit fait place a la liberté d'expression comme toujours. Ne laissons pas les derniers espaces d'expression créateurs de liberté nous echapper, exprimont nous partout , on a le DROIT de ne pas être d'accord non a l'ACTA!! Répondre