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Que risque vraiment Julian Assange?

Justice

Si le fondateur de WikiLeaks finit par comparaître devant la justice américaine, l'accusation pourrait avoir du mal à le faire condamner aux Etats-Unis, tant les éditeurs y bénéficient de protections juridiques.

Mis à jour le 01.07.2012

Image: Keystone

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Julian Assange se rapproche du Kremlin

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Le fondateur de WikiLeaks défraie la chronique. Chantre de la transparence, il s'est associé à une chaîne de télévision russe proche du Kremlin pour diffuser son talk-show.

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Assange s'est réfugié à l'ambassade de l'Equateur à Londres, défiant l'ordre qui lui est donné par la police britannique de se rendre pour être extradé en Suède où il est accusé d'agressions sexuelles.

L'Australien a toujours refusé de faire face à la justice suédoise, redoutant d'être aussitôt extradé aux Etats-Unis où il craint d'être poursuivi pour espionnage ou d'autres infractions graves.

Ses avocats et soutiens affirment que ses craintes sont justifiées, citant en particulier l'enquête d'un grand jury américain qui aurait interrogé des proches de Bradley Manning, le jeune soldat américain accusé d'avoir transmis à WikiLeaks des milliers de câbles diplomatiques et documents militaires secrets.

"Le grand jury est une affaire grave", a déclaré à l'AFP Michael Ratner, un avocat conseil d'Assange.

Le ministère de la Justice s'est contenté d'indiquer que "l'enquête sur l'affaire WikiLeaks se poursuit", selon un porte-parole Dean Boyd.

Poursuivre Assange pour espionnage sera ardu car le gouvernement devra prouver que l'accusé avait l'intention de nuire au gouvernement américain ou d'aider un pays étranger, estiment les analystes.

"C'est une question très ouverte pour savoir si l'on peut le poursuivre pour espionnage", selon Charles Stimson, un ancien procureur fédéral. La meilleure option pour un procureur serait de "voir s'ils peuvent l'inculper pour quelque chose comme conspiration de publication de documents classifiés", a-t-il ajouté.

Mais cette approche serait nouvelle, estiment les experts.

A la différence de Manning, Assange n'est pas un employé du gouvernement soumis à l'obligation de ne pas divulguer les documents classifiés.

Les Etats-Unis n'ont "jamais vraiment poursuivi avec succès un responsable hors du gouvernement pour avoir pris des documents classifiés", a relevé Me Ratner.

Les avocats d'Assange le présentent comme un éditeur, qui s'est simplement retrouvé en possession d'informations sensibles. Mais les enquêteurs américains le dépeindraient certainement comme un conspirateur qui a aidé Manning à répandre des secrets avec l'objectif de nuire à Washington.

Les soutiens d'Assange peuvent se rassurer avec une affaire engagée contre deux lobbyistes pro-israéliens accusés d'avoir transmis des informations classifiées à Israël. Après une longe bataille juridique, les procureurs ont fini par abandonner les charges en 2009.

Mais l'affaire déterminante, qui avait montré les limites de l'autorité gouvernementale concernant la publication de documents secrets, est survenue en 1971 quand le président d'alors, Richard Nixon, n'avait pas réussi à empêcher le New York Times de publier des documents relatifs à la guerre du Vietnam. La justice avait retenu le Premier amendement de la Constitution sur la liberté d'expression.

Mais l'avocat Floyd Abrams, qui a défendu le New York Times, s'est demandé en 2010 si la liberté d'expression pouvait être utilisée dans le cas de WikiLeaks, notamment en raison de la publication des noms d'Afghans coopérant avec le gouvernement américain.

Certains commentaires publics d'Assange, qui semblent montrer une volonté de nuire à la politique étrangère américaine, pourraient bien se retourner contre lui devant un tribunal, a-t-il estimé.

"WikiLeaks peut jouer sur le Premier amendement", a-t-il déclaré. "En même temps, le gouvernement peut vraiment s'appuyer sur l'argument sérieux de la sécurité nationale étant donné la conduite - souvent la mauvaise conduite - de WikiLeaks."

  (afp/Le Matin)

Créé: 01.07.2012, 10h04