ACCUEIL 25.5.2012 Mis à jour à 20h32

«Uggie» mérite-t-il un oscar?

Cinéma

Le jack russel qui joue au côté de Jean Dujardin dans «The Artist» est-il un acteur? Oui, répondent certains, qui militent pour que les animaux du septième art soient, eux aussi, récompensés pour leur talent.

Par Frédéric Rein. Mis à jour le 28.01.2012 4 Commentaires
Jean Dujardin et «Uggie». Tout comme l’acteur, le chien de 9 ans a une longue expérience devant la caméra: films, séries télé, publicités...

Jean Dujardin et «Uggie». Tout comme l’acteur, le chien de 9 ans a une longue expérience devant la caméra: films, séries télé, publicités...
Image: Keystone

«Cheetah»

Elle qui accompagnait Johnny Weissmuller dans les années 1930 et 1940 aurait été incarnée par «Jitts», un mâle mort le 24 décembre dernier. Mais certains affirment que celui-ci serait né vers 1960 et n’aurait donc jamais pu être «Cheetah».

«Rintintin»

Le premier «Rintintin», né en Lorraine en 1918, a été adopté par un caporal américain sur un champ de bataille puis a fait carrière à l’écran. D’autres se sont ensuite succédé dans la fameuse série TV des années 1950 (ci-dessus).

«Flipper»

Les 88 épisodes de cette série américaine diffusée entre 1964 et 1968 ont fait connaître «Flipper» le dauphin dans le monde entier. Ce sont en fait cinq femelles qui ont été utilisées pour réaliser les multiples prises de vues.

«Lassie»

Si, à l’écran, la fidèle «Lassie» était une chienne, elle était interprétée par «Pal», mâle né en 1940 en Californie. Après sa mort en 1954, ses descendants se sont succédé durant vingt ans.

Mots-clés

C’est incontestablement le rôle de sa vie. Dans le film muet «The Artist», au côté de Jean Dujardin, «Uggie» s’est montré cabot à souhait. Tantôt comique, tantôt émouvant, ce jack russell de 9 ans a séduit le grand public. Déjà remarqué dans «De l’eau pour les éléphants», avec Robert Pattinson, et dans de nombreuses publicités et séries télé, il est ici plus convaincant que jamais. Sa performance a d’ailleurs été saluée par une Palme Dog, prix en marge du Festival de Cannes, qui distingue la meilleure prestation canine dans les films de la sélection officielle. A cela s’ajoutent deux nominations aux Colliers d’or, toute nouvelle récompense hollywoodienne créée par la revue Dog News Daily. Ce prix, qui sera décerné le 13 février, fait écho à la petite polémique suscitée par l’impossibilité pour «Uggie» de recevoir un oscar le 26 février prochain.

«Il est temps que les critiques et les organismes qui octroient des prix jettent un œil plus attentif au regard intense d’«Uggie» et à son grand talent, et mettent enfin un terme à leur tendance discriminatoire à refuser la reconnaissance de l’art animal lorsqu’il atteint un tel niveau d’excellence», déplore le site Web américain de cinéma MovieLine, qui a d’ailleurs lancé une campagne pour que l’Académie des Oscars reconnaisse les aptitudes exceptionnelles du jack russel.

Adulé par les foules, le berger allemand «Rintintin» avait connu une situation semblable en 1929. MovieLine propose dès lors de créer une catégorie dédiée aux «coméchiens» et aux autres bêtes de scène! Affaire à suivre...

Un prix pour l’animal et le dresseur

Si «Uggie» ignore tout de cette petite controverse, on peut en revanche se demander si le talent d’acteur des chiens, ou des autres animaux, est une réalité. «Un animal ne peut pas répondre à la définition d’acteur, sourit Laurent Steiert, chef suppléant de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture. Il ne capte pas la dimension dramaturgique, mais réagit en fonction de son environnement. Je pourrais toutefois imaginer qu’un prix spécial soit donné au dresseur et à son animal, pas seulement à la bête. C’est un peu comme pour un film d’animation, où il serait difficile d’occulter le créateur pour ne récompenser que son personnage. En outre, un prix est une façon d’aider l’artiste dans sa carrière, ce qui ne rime à rien s’il est donné à un animal…»

L’auteure américaine Susan Orlean, qui milite pour qu’un oscar posthume soit donné à «Rintintin», s’insurge: «Il y a plein d’acteurs humains qui ne font pas tellement plus que de suivre des instructions! clame-t-elle à la BBC. Les performances de «Rintintin» vous laissent parfois stupéfaits. On ne peut pas apprendre à un chien de telles réactions, qui ne sont pas à la portée de n’importe lequel.» Selon elle, certains animaux ne font rien d’autre qu’exécuter très bien les ordres du dresseur, alors que d’autres, comme les chevaux du film «War Horse», font preuve de charisme et de présence, et doivent, en raison de la magie qu’ils dégagent, être considérés comme des acteurs.

Un point de vue que partage la Romande Laurence Peree, qui dresse en Allemagne des animaux pour le cinéma: «Cela ne me choque pas que l’on pense à un chien pour un oscar. Certaines scènes sont beaucoup plus compliquées pour un canidé que pour un acteur, comme enchaîner des séries de comportements durant deux ou trois minutes ou évoluer au milieu d’acteurs qui ne sont pas censés lui prêter attention. De plus, le tournage s’éloigne souvent du scénario, ce qui demande au chien de s’adapter.» Si la dresseuse admet qu’un chien ne peut, par exemple, pas ressentir un sentiment de tristesse, le regard malheureux étant exprimé par une inclinaison de la tête, elle octroie cependant à quelques-uns des dons d’acteur: «D’abord, un chien aime être au centre du monde, et se sent valorisé au milieu des acteurs, contrairement à un chat ou à un autre animal. Et beaucoup d’entre eux, tout particulièrement les terriers et les chiens de berger, aiment travailler. S’ils sont en plus de nature curieuse, peu craintive et joueuse, cela peut faire de bons comédiens, capables de réaliser de belles scènes improvisées.»

«Un sens inné du show»

Des propos corroborés par sa consœur Catherine Collignon, directrice de Chiens Acteurs, en France: «Le chien n’intègre pas l’idée qu’il fait l’acteur, mais peut y prendre beaucoup de plaisir si l’éducateur parvient à lui en donner l’envie. Lors du tournage du dernier «Jackie Chan», les quatre dobermans présents, et particulièrement «Saïan», y ont mis tout leur cœur. S’ils avaient été seulement dressés, ils n’auraient pas pu tourner une scène qui a été modifiée au dernier moment.»

«Uggie» a incontestablement ce sens inné du show, comme l’a déclaré son agent Sarah Clifford sur le site américain d’information en ligne The Daily Beast: «Beaucoup de chiens sont trop entraînés. Ils savent faire une centaine de choses différentes. «Uggie» n’en fait que vingt (notamment du skateboard, ndlr). Il n’a pas tout le répertoire des autres chiens, et c’est pour ça qu’il est tellement naturel.» Ce que confirme Jean Dujardin au magazine Closer: «Uggie» et moi étions comme des jumeaux siamois. On a regardé beaucoup de films ensemble: «Lassie», «Rintintin»… On a travaillé pendant deux semaines avant le tournage. Et sur le plateau, parfois je le suivais, et parfois, c’est lui qui me suivait. Il y a eu beaucoup d’improvisation.» Tel chien, tel comédien! (Le Matin)

Créé: 29.01.2012, 09h27

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4 Commentaires

Pit Boule

29.01.2012, 11:00 Heures
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A la remise des clebars à Canishville, on a jamais vu un humain décoré... Pourquoi devrait-on alors remettre un oscar à un chien? non, mais... Répondre


Cani Gou

29.01.2012, 14:46 Heures
Signaler un abus 1 Recommandation

Non, c'est au dresseur, ou à "l'éducateur" (comme les réinventeurs de notre langue tiennent à nous l' imposer) non au chien, aussi perceptif soit-il, que doit aller cette récompense Répondre





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