Jeudi 29 septembre 2016 | Dernière mise à jour 20:35

Animaux menacés Et si on les laissait mourir?

La liste des 100 espèces les plus menacées a été publiée avec une question: ne faut-il sauver que celles qui nous sont utiles?

CAMÉLÉON TARZAN 
Ce joli caméléon vient à peine d’être découvert à l’est de Madagascar. Or il pourrait déjà disparaître: les forêts dans lesquelles il vit sont brûlées pour être destinées à l’agriculture. On ne sait pas combien il en reste, mais les survivants vivent dans moins de 10 km2.

CAMÉLÉON TARZAN Ce joli caméléon vient à peine d’être découvert à l’est de Madagascar. Or il pourrait déjà disparaître: les forêts dans lesquelles il vit sont brûlées pour être destinées à l’agriculture. On ne sait pas combien il en reste, mais les survivants vivent dans moins de 10 km2. Image: AP/Frank Gaw

Mots-clés

PROPITHÈQUE SOYEUX Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, il ne reste qu’entre 100 et 1000 de ces grands lémuriens (1 m, sans la queue) vivant à Madagascar. Ils sont souvent chassés. (Image: Corbis/Kevin Schafer )

RHINOCÉROS DE SUMATRA Ce «petit» (3 m) rhino à deux cornes vivant surtout en Indonésie est proche de la disparition. Ses cornes sont très prisées par la médecine traditionnelle. Pour son cousin, le rhinocéros de Java, c'est encore pire: il en reste moins de 100. (Image: AFP/Abdul Hamid Ahmad)

GRAND HAPALÉMUR Le plus grand des lémuriens vit dans les forêts du sud de Madagascar. Il ne reste qu'entre 100 et 160 individus. Son habitat ne cesse de rétrécir à cause des déboisements intensifs et de l’exploitation minière. (Image: Ho New / Reuters)

BÉCASSEAU SPATULE Ce petit oiseau qui semble porter une cuillère au bout du bec niche en Russie et migre au Bangladesh ou en Birmanie. Il en reste moins de 100 couples. S'il continue à être chassé, il aura disparu dans dix ans. (Image: AP/Baz Scampion)

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il reste moins de 200 rhinopithèques du Tonkin, des singes vivant au Vietnam. Et seulement 4 Rafetus swinhoei , des tortues qu’on ne déniche qu’en Chine! Pour la première fois, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et la Zoological Society of London (ZSL) ont publié hier la liste des 100 espèces les plus menacées du monde.

Le rapport détaille les dangers qui planent sur des mammifères, amphibiens, oiseaux ou végétaux de 48 pays. Mais pourquoi s’en faire? «Si ces 100 espèces devaient disparaître, il y aurait peu d’impact sur l’économie, l’emploi ou la sécurité», ose Jonathan Baillie, de la ZSL, un des auteurs du rapport.

Question vertigineuse

Oui: le rapport vaut aussi par la question troublante résumée dans son titre: «Priceless or Worthless?» Sans prix ou sans valeur? Les auteurs espèrent lancer un débat autour d’une question vertigineuse: quelles espèces méritent d’être sauvées? Car, dénoncent-ils, l’homme ne protégerait que les animaux ou plantes qui lui sont utiles. Ceux qui rapportent. «Ces 100 espèces ont-elles le droit d’exister?» écrit encore M. Baillie. Mais pour lui, la réponse est morale: l’homme se doit de toutes les sauver.

Pourtant, son interrogation demeure. Sachant que l’on manque de moyens: qui sauver et selon quels critères? La question laisse les spécialistes suisses songeurs. «De quel droit pourrait-on choisir entre deux espèces?» réagit Pierrette Rey, porte-parole du WWF. Qui précise: «Cette question est avant tout une provocation destinée à réveiller les autorités et les décideurs. Et à sensibiliser sur la perte dramatique de biodiversité.» Mais elle admet que la tendance à «monétariser les espèces» existe. «On attribuera ainsi plus de valeur à une plante utilisée pour créer des médicaments.»

«Se demander combien pèserait en francs la disparition d’une espèce n’est aujourd’hui pas un problème en Suisse. Mais c’est un risque», note Nicolas Wüthrich, responsable de l’information de Pro Natura. «Les défenseurs de la biodiversité utilisent d’ailleurs aussi l’argument économique. Il a été calculé que la disparition des pollinisateurs – abeilles en tête – coûterait 200 milliards de dollars par an. Le critère économique ne peut pas être mis de côté, mais il ne doit pas empiéter sur tous les autres et la question posée ici est avant tout morale.»

Le tigre ou l’algue?

OK, mais quels sont les autres critères que l’argent? «Certaines espèces, en disparaissant, provoquent la disparition de beaucoup d’autres. Ça pourrait être l’un des critères», glisse Pierrette Rey. «Le nombre est un élément éthique. Avec 100 millions, mieux vaudrait sauver 100 espèces qui nécessitent 1 million d’investissement qu’une seule qui réclamerait l’entier de la somme», avance Nicolas Wüthrich. «Et mieux vaut utiliser des ressources pour des programmes qui ont déjà fait leurs preuves.»

Alors, pourquoi sauver un tigre plutôt qu’une algue? Quelle que soit la réponse, le rapport publié hier nous force à aborder la question. (Le Matin)

(Créé: 12.09.2012, 12h02)

Sondage

Faut-il continuer à explorer l'univers?




Jetons

Services
  • Pratique et économique, commandez vos jetons

Contact

Service clients

Abonnement et renseignements
Nous contacter
lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
Adresse postale:
Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.