Et si on les laissait mourir?
Animaux menacés
—Par Renaud Michiels. Mis à jour le 11.09.2012 26 Commentaires
PROPITHÈQUE SOYEUX Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, il ne reste qu’entre 100 et 1000 de ces grands lémuriens (1 m, sans la queue) vivant à Madagascar. Ils sont souvent chassés. (Image: Corbis/Kevin Schafer )
RHINOCÉROS DE SUMATRA Ce «petit» (3 m) rhino à deux cornes vivant surtout en Indonésie est proche de la disparition. Ses cornes sont très prisées par la médecine traditionnelle. Pour son cousin, le rhinocéros de Java, c'est encore pire: il en reste moins de 100. (Image: AFP/Abdul Hamid Ahmad)
GRAND HAPALÉMUR Le plus grand des lémuriens vit dans les forêts du sud de Madagascar. Il ne reste qu'entre 100 et 160 individus. Son habitat ne cesse de rétrécir à cause des déboisements intensifs et de l’exploitation minière. (Image: Ho New / Reuters)
BÉCASSEAU SPATULE Ce petit oiseau qui semble porter une cuillère au bout du bec niche en Russie et migre au Bangladesh ou en Birmanie. Il en reste moins de 100 couples. S'il continue à être chassé, il aura disparu dans dix ans. (Image: AP/Baz Scampion)
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Il reste moins de 200 rhinopithèques du Tonkin, des singes vivant au Vietnam. Et seulement 4 Rafetus swinhoei , des tortues qu’on ne déniche qu’en Chine! Pour la première fois, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et la Zoological Society of London (ZSL) ont publié hier la liste des 100 espèces les plus menacées du monde.
Le rapport détaille les dangers qui planent sur des mammifères, amphibiens, oiseaux ou végétaux de 48 pays. Mais pourquoi s’en faire? «Si ces 100 espèces devaient disparaître, il y aurait peu d’impact sur l’économie, l’emploi ou la sécurité», ose Jonathan Baillie, de la ZSL, un des auteurs du rapport.
Question vertigineuse
Oui: le rapport vaut aussi par la question troublante résumée dans son titre: «Priceless or Worthless?» Sans prix ou sans valeur? Les auteurs espèrent lancer un débat autour d’une question vertigineuse: quelles espèces méritent d’être sauvées? Car, dénoncent-ils, l’homme ne protégerait que les animaux ou plantes qui lui sont utiles. Ceux qui rapportent. «Ces 100 espèces ont-elles le droit d’exister?» écrit encore M. Baillie. Mais pour lui, la réponse est morale: l’homme se doit de toutes les sauver.
Pourtant, son interrogation demeure. Sachant que l’on manque de moyens: qui sauver et selon quels critères? La question laisse les spécialistes suisses songeurs. «De quel droit pourrait-on choisir entre deux espèces?» réagit Pierrette Rey, porte-parole du WWF. Qui précise: «Cette question est avant tout une provocation destinée à réveiller les autorités et les décideurs. Et à sensibiliser sur la perte dramatique de biodiversité.» Mais elle admet que la tendance à «monétariser les espèces» existe. «On attribuera ainsi plus de valeur à une plante utilisée pour créer des médicaments.»
«Se demander combien pèserait en francs la disparition d’une espèce n’est aujourd’hui pas un problème en Suisse. Mais c’est un risque», note Nicolas Wüthrich, responsable de l’information de Pro Natura. «Les défenseurs de la biodiversité utilisent d’ailleurs aussi l’argument économique. Il a été calculé que la disparition des pollinisateurs – abeilles en tête – coûterait 200 milliards de dollars par an. Le critère économique ne peut pas être mis de côté, mais il ne doit pas empiéter sur tous les autres et la question posée ici est avant tout morale.»
Le tigre ou l’algue?
OK, mais quels sont les autres critères que l’argent? «Certaines espèces, en disparaissant, provoquent la disparition de beaucoup d’autres. Ça pourrait être l’un des critères», glisse Pierrette Rey. «Le nombre est un élément éthique. Avec 100 millions, mieux vaudrait sauver 100 espèces qui nécessitent 1 million d’investissement qu’une seule qui réclamerait l’entier de la somme», avance Nicolas Wüthrich. «Et mieux vaut utiliser des ressources pour des programmes qui ont déjà fait leurs preuves.»
Alors, pourquoi sauver un tigre plutôt qu’une algue? Quelle que soit la réponse, le rapport publié hier nous force à aborder la question. (Le Matin)
Créé: 12.09.2012, 12h02
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La rédaction
26 Commentaires
Que la disparition des espèces soit posée en terme de profitabilité économique pour l'homme... dénote de l'irresponsabilité des gens qui ne savent raisonner qu'en terme... d'argent! Plus ce monde s'enrichit en dollars, plus se monde s'appauvrit en intelligence! Répondre
Et si on se posait aussi la question de notre propre utilité dans cet univers ??? Répondre
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