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Des troubles psy chez 80% des chiens

Animaux

Quatre chiens sur cinq auraient des troubles du comportement. La tentation de leur coller des antidépresseurs existe.

Par Renaud Michiels. Mis à jour le 26.06.2012
Un chien chez le psy? Des thérapies comportementales existent, mais elles impliquent aussi les maîtres.

Un chien chez le psy? Des thérapies comportementales existent, mais elles impliquent aussi les maîtres.
Image: Getty Images

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On trouve des troubles du comportement chez quatre chiens sur cinq. Tel est l’impressionnant résultat d’un sondage révélé hier par le Telegraph. Vétérinaire britannique et membre d’un groupe d’étude sur les thérapies pour animaux, le Dr?Claire Corridan a sondé 1300 propriétaires. Selon les résultats fournis, on dénombre surtout des signes d’hyperactivité (aboiements incessants), de phobies, des angoisses lors de l’absence du maître ou des troubles obsessionnels compulsifs, comme des animaux se léchant frénétiquement. Des cas de troubles du sommeil, d’anorexie, d’automutilation ou de dépression ont aussi été signalés.

Pour le Dr?Corridan, ces résultats montrent deux réalités. D’abord la souffrance canine. «80% des chiens ont un ou plusieurs problèmes de comportement. Nos vies sont très occupées. Souvent, les chiens passent moins de temps avec leurs propriétaires et donc moins à être socialisés», a-t-elle expliqué.

Mais l’ampleur des résultats indique aussi que les maîtres peinent à supporter certains comportements et voient des pathologies partout. Le Dr Corridan craint donc que des propriétaires tendent à «médicaliser» leur animal plutôt que de s’en occuper. Une peur d’autant plus vive qu’un antidépresseur pour chien de la firme Eli Lilly (qui a développé le Prozac), va débarquer au Royaume-Uni. Or certains croient au médicament miracle.

Médor sous Prozac

En Suisse, on souligne que des chiens souffrent en gros des mêmes pathologies psychologiques que des humains. Mais pas 80% d’entre eux. Et que le sondage britannique indique avant tout la perception des maîtres. Car les résultats recoupent en somme des comportements normaux mais dérangeant les propriétaires, des comportements problématiques liés à l’éducation ou au quotidien ainsi que de réelles pathologies. Mais, comme le Dr Corridan, on met en garde contre la tentation de coller Médor sous Prozac au moindre mâchouillage de coussin.

«Le médicament miracle n’existe malheureusement pas», sourit le Dr Martine Kinsbergen, vétérinaire à Denges (VD). «Surtout, l’utilisation d’un antidépresseur non accompagné d’une thérapie comportementale ne devrait pas exister. C’est un peu comme si vous mettiez un plâtre sur une fracture sans la traiter.»

Membre de l’Association vétérinaire suisse pour la médecine comportementale, la spécialiste explique que, comme d’autres molécules, les antidépresseurs peuvent être utilisés pour certains troubles. «De plus en plus de chiens sont sous-occupés. Certains vont trouver des occupations comme détruire le mobilier… Mais c’est un symptôme, ça ne veut pas dire qu’il y a une pathologie. Pour nous, il s’agit avant tout de poser un diagnostic et de proposer un traitement et un suivi permettant au chien et à son maître d’aller mieux ensemble. Parfois on utilisera un antidépresseur pour soulager la souffrance de l’animal et le rendre en quelque sorte plus réceptif au travail comportemental. Mais l’un ne va pas sans l’autre et le propriétaire doit accepter de s’investir.» (Le Matin)

Créé: 26.06.2012, 18h27