Clooney et Paradis s’affrontent au box-office
Duel
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En ce début de millénaire, force est de constater que les grands noms de la réalisation se font de plus en plus rares. Il est loin le temps des Kubrick, Fellini, Hitchcock et autres Buñuel. A l’heure où le nombre de réalisateurs a explosé, ceux qui retiennent l’attention, ceux dont on se souvient et attend avec impatience la prochaine réalisation ne sont pas légion. Dans ce contexte, ce ne sont plus les réalisateurs qui attirent les cinéphiles dans les salles obscures, mais bien les stars. Ces comédiens dont on dit qu’ils sont «bankables», c’est-à-dire des noms qui, à eux seuls, garantissent le succès du film auprès du public. Cette semaine, deux stars du cinéma se retrouvent face à face au box-office, et non des moindres. Vanessa Paradis, égérie de la femme française frêle et délicate, interprète dans «Café de Flore» une jeune mère qui se sacrifie pour le bonheur de son enfant trisomique. Quant à George Clooney, le séducteur de ces dames par excellence, il joue dans «The Descendants» un père de famille qui découvre les infidélités de sa femme, alors que celle-ci est sur son lit d’hôpital. Des rôles loin des images glamour de la presse people et qui réservent de belles surprises. Décorticage.
CLOONEY BAISSE LA GARDE DANS «THE DESCENDANTS» LE PITCH «Mes amis s’imaginent que parce que je vis à Hawaii, je vis au paradis. Comme si on passait sa vie à siroter des cocktails et à surfer. Qu’est-ce qu’ils croient! Nos familles ne sont pas moins névrosées et nos peines de cœur pas moins douloureuses…» Matt King (George Clooney) sait de quoi il parle. Alors qu’il ne s’est jamais tellement intéressé à la vie de sa famille, lui préférant sa carrière, alors qu’il n’a joué pendant des années que «les parents de remplacement», il est soudain réveillé dans sa léthargie. Tandis que sa femme est hospitalisée suite à un grave accident de bateau, l’homme découvre que celle-ci avait une liaison. Passées la rage et la douleur, le quinqua va se donner une nouvelle ambition: remettre sa famille sur les bons rails, renouer, reconstruire.
LA STAR L’acteur au sex-appeal parfois jugé arrogant a trouvé ici son meilleur rôle. Celui d’un homme dévasté par ce qu’il découvre: qu’il ne peut pas tout maîtriser, et que la vie, sa femme et ses filles ne cessent de lui échapper. Mis à mal dans sa virilité et sa toute-puissance, le comédien n’en apparaît que plus séduisant. Car touchant, terriblement émouvant. L’homme n’a pas réussi la vie qu’il voulait, il n’est surtout pas celui qu’il aurait aimé être. Un désarroi intérieur rendu encore plus saisissant face à la beauté et la luxuriance du décor hawaïen. Entre humanité et autodérision, George Clooney livre ici une magnifique partition. Une prestation qui vient de valoir au comédien le prix du meilleur acteur pour un rôle dramatique aux célèbres Golden Globes.
NOTRE AVIS Rares sont les films qui délivrent autant d’émotion que de crises de rires. «The descendants» fait sans conteste partie de cette catégorie. Alexander Payne, à qui l’on doit le célèbre «Sideways», réussit avec brio le mélange des genres, les subtilités dans les nuances. Loin des jugements manichéens, il offre aux spectateurs un opus teinté des mille couleurs de la vie, du désespoir le plus noir aux joies les plus douces, en passant par l’ironie, la cruauté et aussi l’humour le plus insensé. Comme celui que l’on se découvre dans les situations les plus difficiles. Un film empreint d’un irrésistible sens de l’humanité, qui donne résolument envie d’imprimer un nouvel élan à sa propre existence. Bouleversant en même temps que joyeusement cathartique.
VANESSA SACRIFIE SA BEAUTÉ DANS «CAFÉ DE FLORE» LE PITCH Deux histoires dramatiques qui s’entremêlent sans qu’on réussisse à saisir ce qui les unit. Tout d’abord, dans la France des années 1970, le récit de cette jeune femme (Vanessa Paradis) qui accouche d’un enfant trisomique. Le père la largue, elle élèvera seule son enfant. Avec amour, humour et ténacité. Il ira en classes comme tous les enfants de son âge. Et elle arrivera à faire mentir, se promet-elle, toutes les statistiques sur les espérances de vie de ces «enfants-là». Au Canada, dans les années 2000. Un père de deux adolescentes tente de refaire sa vie. La mère de ses enfants se refuse à le laisser partir. Quelque chose d’imperceptible les lie au-delà de leur séparation. Cauchemars, angoisses, visions nocturnes: et s’il s’agissait d’une vie antérieure dont il faille d’abord se libérer?
LA STAR Figure fragile de femme-enfant, Vanessa Paradis endosse ici un rôle qui lui sied à merveille. Celui d’une mère célibataire restée un brin gamine dans l’âme, comme la nécessité de rire de tout et de continuer à trouver les forces pour s’amuser de la vie qui peut parfois être bien chienne. Entre puissance et fragilité, l’actrice donne à palper le désarroi profond de cette mère. Et sa rage, surtout, sa volonté farouche de protéger son petit. Contre la solitude qui guette les handicapés mentaux, contre les moqueries des autres enfants, le système scolaire inadapté aussi. Vanessa Paradis ne donne pas à ce film sa beauté. Elle lui donne la beauté de l’énergie du désespoir. Ce n’est pas pareil.
NOTRE AVIS Décousue, comme syncopée, la réalisation de Jean-Marc Vallée, à qui l’on doit «C.R.A.Z.Y» fait la part belle aux jeux rythmiques, aux ruptures, à ces éclats d’images déconnectés du fil de la narration. C’est beau, sensuel, parfois troublant, mais on s’y perd. A force de chercher à tisser les fils mystérieux entre les deux récits, une certaine lassitude se fait sentir. Et quand apparaît enfin «l’explication», elle nous semble bien saugrenue, voire invraisemblable. Reste les portraits saisissants de ces deux familles décomposées, ici par le handicap, là par le temps qui dénoue les amours que l’on croyait immortelles. Des portraits douloureux, comme marqués au fer rouge de leur époque. Un film au ton juste, mais terriblement dépressif. (Le Matin)
Créé: 22.01.2012, 00h19
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