Theo Angelopoulos, cinéaste des blessures de la Grèce
Portrait
—Mis à jour le 25.01.2012 2 Commentaires
Théo Angélopoulos, le cinéaste décédé mardi, a marqué l’histoire du cinéma européen, après avoir fait émerger un "nouveau cinéma grec" dans les années 70 à la chute du régime des colonels. Pétri de lenteurs et de méditations, il raconte les blessures de la Grèce et de l’humanité.
"Peut-être que c’est triste, mais mon ancêtre Aristote disait que la mélancolie est la source de la création", disait-il en 1999 lors de sa leçon de cinéma au festival de Cannes, un an après y avoir reçu la Palme d’Or pour son film "L’éternité et un jour", un long-métrage en forme de réflexion sur la mort.
Cette mélancolie l’a toujours accompagné et baigne les paysages de ses films - loin des clichés de la Grèce touristique maritime bleue et ensoleillée - hivernaux, gris, pluvieux, montagneux et austères. "J’ai besoin de ressentir l’hiver, le gris est pour moi la couleur la plus poétique, il me permet de sortir de la prison de mon imagination, tout ce qui est gris me va bien. Le gris m’aide à imaginer", disait-il en 2008.
Son style est fait d’épures et d’ellipses, le récit mêle parfois le passé et le présent, l’anecdote et l’ampleur épique, dans le même lent plan-séquence. Comme dans "Le Voyage des comédiens" (1975), une anti-épopée de quatre heures traversant les heures les plus sombres de l’histoire grecque contemporaine, où il évoque aussi bien la guerre civile, l’occupation, la dictature, que le fascisme. En fournissant à la censure un faux scénario, le cinéaste était parvenu à tourner l’essentiel du film sous la dictature des colonels.
Auteur d’une quinzaine de longs métrages au total, Angelopoulos a marqué la critique avec d’autres chefs d’oeuvre, comme "Alexandre le grand", récompensé du Lion d’Or à la Mostra de Venise en 1980, où il dénonce le totalitarisme, en empruntant aussi bien à la tragédie antique, à la liturgie byzantine qu’à la vie rurale d’un village de Macédoine.
Ses films menant le spectateur à un état contemplatif confèrent aux conditions de sa mort violente mardi soir - renversé par un motard dans une banlieue d’Athènes - un caractère d’autant plus outrageant que le cinéaste méprisait la vitesse et l’absence de sens civique et collectif dont il a été victime. "Pendant ma formation, j’ai ressenti sans cesse le besoin que les plans durent à chaque fois deux secondes de plus, ces deux secondes précieuses qui suivent l’action", expliquait-il en disant essayer de "faire de la lenteur une sorte de pause musicale entre deux scènes".
Né le 27 avril 1935 à Athènes, Angelopoulos était pétri de culture française. Il avait étudié à l’Institut des hautes études cinématographiques (Idhec) à Paris, où il avait également été ouvreur à la cinémathèque de Paris. Il a fait tourner Marcello Mastroianni, Gian Maria Volonte ou Bruno Ganz.
Après avoir interrogé tous les problèmes sociaux et l’histoire de la Grèce, tout en posant un point de vue esthétique et expérimental sur le cinéma, ce passionné d’histoire venait de démarrer le tournage de son dernier film "L’autre mer". Il comptait y évoquer la dernière blessure de la Grèce, la crise financière et la faillite de son pays, et celle de l’Europe. "L’Europe était un rêve qui s’est effondré très rapidement", avait-il dit en juin. (Le Matin)
Créé: 25.01.2012, 09h49
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2 Commentaires
Cet accident peut paraître étrange. Est-ce vraiment le fruit du hasard ou étant donné que Théo Angelopoulos était en train de tourner un film sur la crise financière, autre blessure de la Grèce, pourrait-il s'agir plutôt d'un assassinat politico-financier comme ce fut le cas dans l'affaire Lambrakis ? Répondre
La Grèce et le monde du cinéma perdent un grand réalisateur, humaniste, engagé, d'une liberté absolue et grand conteur de l'histoire tragique de la Grèce. Quel grand artiste souvent mal-aimé, persévérant dans son oeuvre et qui fait fi des modes quelle que soit l'évolution de la société actuelle. A ce poète intimiste, de qui nous héritons une oeuvre unique et immortelle, paix éternelle. Répondre


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