Vendredi 30 septembre 2016 | Dernière mise à jour 22:01

Sur la touche Quand la FIFA commandait un film à sa gloire

En 2014, «United Passions» valait son pesant de millions (28,5) et de flatteries. Mais les soupçons de corruptions ont coulé sa carrière en salle.

L’acteur britannique Tim Roth incarne Sepp Blatter. A ses débuts à la FIFA en 1975, on le voit parler business avec un représentant d’Adidas au bord d’une autoroute en Suisse.

L’acteur britannique Tim Roth incarne Sepp Blatter. A ses débuts à la FIFA en 1975, on le voit parler business avec un représentant d’Adidas au bord d’une autoroute en Suisse.

Une passion un peu tiède

CRITIQUE Ça commence bien. Enfin, vu le sujet traité. De nos jours, sur le terrain d’un quartier populaire, des gamins disputent une partie de football. La scène, sera utilisée, plutôt maladroitement, à différentes reprises en guise de transition. Pour l’heure, la balle s’engouffre dans une faille temporelle et nous balade jusqu’en 1902. Frédéric Auburtin évoque, avec l’appui du numérique, la passion de Jules Rimet dans des tons sépia de circonstance. Le réalisateur semble aimanté par Gérard Depardieu qui joue de son imposante bedaine pour incarner le «père» de la Coupe du monde… Après un raccord douloureux, l’intrigue bascule dans l’ère moderne. Les nuages s’amoncellent au-dessus d’une FIFA désormais dirigée par João Havelange (Sam Neill). Pour les auteurs, le Brésilien sera l’âme damnée du récit, entraînant l’entreprise utopiste vers le gouffre de la corruption. Fort heureusement, dans la 3e partie, un «shérif», qui roule en Ford Taunus, va remettre de l’ordre dans la maison et ramener cette dernière vers les hauteurs. Son nom? Blatter. Sepp Blatter! Cinématographiquement, les scènes consacrées au Valaisan (auquel Tim Roth prête sa silhouette fébrile) sont les plus intéressantes. Pour peu, on se croirait dans un thriller d’espionnage bureaucratique façon John Le Carré. Les coups bas sont nombreux, la lutte sévère, mais la justice divine sera au rendez-vous… Sur l’ensemble, «United Passions» demeure décousu, manque de souffle et dépasse rarement le cap de l’ouvrage de commande aux prétentions historiques. Pas le navet annoncé un peu partout, mais rien de mémorable non plus. - Jean-Philippe Bernard

Le film a été présenté en marge du dernier Festival de Cannes, le 18 mai. Sepp Blatter, Gérard Depardieu et le réalisateur Frédéric Auburtin en ont profité pour se montrer. Pour l’heure, le film n’est visible au cinéma qu’au Portugal et dans divers pays de l’Est. (Image: Getty)

Le film doit-il être rapidement diffusé en Suisse?

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Vous avez vaguement entendu parler d’un film à la gloire de la FIFA et de son président, Sepp Blatter? Vous avez entrevu une image du Haut-Valaisan avec Gérard Depardieu lors du Festival de Cannes 2014? Vous y êtes. Une «fiction historique» a bel et bien été mise en boîte sur l’histoire de la Fédération internationale de football association. Mais vous êtes tout excusé de ne pas avoir vu cette œuvre plus proche du film d’entreprise que du polar haletant au cœur des milliards du foot mondialisé (voir la critique ci-contre).

Invisible en Suisse

En effet, «United Passions» n’a jamais été visible en Suisse. La Russie avait été plus chanceuse: 500 copies circulaient en 3 juillet 2014, tout comme dans six autres pays de l’Est. A l’Ouest, seul le Portugal avait connu une diffusion en salle, alors que la France avait été au bénéfice d’une diffusion en vidéo à la demande.

Voilà qui ne ressemblait pas à la sortie en fanfare qu’on pourrait attendre d’un film qui a coûté 28,5 millions de francs, dont 25 auraient été investis directement par la FIFA. Entre le coup de paillettes à Cannes et le début du Mondial, la voie semblait pourtant royale pour lancer le film. Mais, entre-temps, la méchante presse anglaise avait révélé d’accablants documents sur les soupçons de corruption autour du Mondial 2022 au Qatar.

Pour ne rien arranger, cette même presse anglaise multipliait aussi les articles critiques sur le financement de ce film de «propagande». Sepp Blatter se serait mêlé du scénario et il aurait fait passer en douce le financement du film sous la rubrique «Mondial 2014» dans les comptes de la FIFA. Tout ce «buzz» négatif pourrait expliquer la soudaine retenue à promouvoir ce coûteux film «à compte d’auteur pour la FIFA», comme ironisait du côté français le Canard enchaîné.

La productrice s’explique

Contactée à l'époque par «Le Matin», la responsable de la production d’«United Passions», la Française Louise Maurin avait confirmé un budget global (28,5 millions), mais ne donnait pas de chiffres précis sur la hauteur de l’engagement de la FIFA. «C’est l’investisseur principal, qui recevra en priorité les bénéfices tirés de l’exploitation du film», concèdait toutefois Louise Maurin.

Elle démentait par contre avoir reçu l’ordre de mettre sa diffusion entre parenthèses, sauf dans les pays de l’Est, où l’opinion publique et les médias sont peut-être moins critiques à l’égard de la FIFA. Qui, de plus, a accordé le Mondial 2018 à la grande Russie de Vladimir Poutine. «Il faut cesser de croire qu’il s’agit d’un film de commande, rétorquait Louise Maurin.»

Et que dire du scénario qui aurait été retouché par Sepp Blatter pour mieux encore apparaître en héros positif, avec notamment une scène où, après avoir succédé au douteux Brésilien Havelange, il prévient qu’avec lui les magouilles, c’est fini? «La FIFA a eu un droit de regard sur les aspects historiques, c’est tout», répondait la productrice. Quant au côté un peu «bisounours» de cette fresque sur un siècle (1904-2004) qui ne fait qu’effleurer les jeux d’argent et de pouvoir, elle le défendait ainsi: «Les choses sont suggérées dans cette fiction, qui ne se veut pas un documentaire d’investigation.»

Tim Roth, l’acteur qui incarne Sepp Blatter, avait avoué plus directement que le scénario manquait de relents de «corruption» et de «coups de poignard dans le dos».

De toute évidence, il y avait déjà en 2014 comme un malaise autour de cette ode aux «passions unies» de la planète foot.

(Le Matin)

(Créé: 12.07.2014, 09h36)

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