«Je ne suis pas le pape de l'horreur»
Cannibal Holocaust
—Par Jean-Philippe Bernard. Mis à jour le 14.07.2012
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A72?ans, Ruggero Deodato respire le cinéma. Voisin du grand Roberto Rossellini durant les années 1950, il a été son assistant sur sept films. «Rossellini est mon maître. A ses côtés, j’ai appris le réalisme. La technique, c’est Carlo Ludovico Bragaglia qui me l’a enseignée. Avec Sergio Corbucci, j’ai découvert le montage…» Avec un soin maniaque du détail et une verve toute latine, Deodato, de passage à Neuchâtel dans le cadre du NIFFF, chante le cinéma italien, son sens du charnel et de la tragédie. Et son évocation d’un Sergio Leone en train de badigeonner de l’huile d’olive sur le chapeau de Clint Eastwood afin que la sueur de ce dernier soit plus poisseuse fait mouche.
«Leone, c’était un géant mais aussi un artisan. Moi-même, j’essaie d’être un artisan», précise-t-il en évoquant son imposante filmographie entamée en 1964. Une filmographie qui embrasse tous les genres, de la comédie au western en passant par le drame, le péplum, le polar et le gore, dont on dit qu’il est l’un des papes. «Je n’aime pas cette étiquette de pape de l’horreur. Mon travail ne se réduit pas à ça. Même si j’ai fait «Cannibal Holocaust».
Une nouvelle forme de violence Ce film raconte les tribulations sanglantes d’une équipe de reporters aux prises avec des cannibales d’Amazonie mais s’attarde aussi sur le débat mené par des producteurs de télévision sur la pertinence de diffuser ce reportage effroyable. Fort bien réalisé, il a choqué le monde lors de sa sortie sur les écrans en 1981. «J’avais tourné en 1977 «Le dernier monde cannibale», un film d’aventures qui avait eu un gros succès. Je pensais en avoir terminé avec ça. J’ai réalisé un drame («Le dernier souffle») . Puis, devant l’insistance des producteurs, j’ai fait ce film.» Par désir de repousser les limites du gore? «Non, c’est mon fils qui m’a donné l’idée. A travers la télévision, il était confronté chaque soir à une nouvelle forme de violence mise en scène avec sensationnalisme. J’ai donc décidé de dénoncer ce type de journalisme-là.»
Le film, à peine sorti, déclenche la colère d’un magistrat italien. «J’ai été arrêté, accusé d’avoir tué des Indiens et même mes acteurs. J’ai dû faire venir ces derniers à la télévision pour prouver qu’ils étaient bien vivants, que la fille empalée sur un pieu se portait comme un charme… En revanche, et je le regrette aujourd’hui, des animaux ont été maltraités et tués durant le tournage. Les juges ont alors ressorti une vieille loi des années 1930 qui disait que la corrida espagnole ne pouvait être importée en Italie. Ils l’ont adaptée pour dire que les sacrifices montrés dans le film étaient assimilables à la maltraitance des taureaux. Ça m’a valu 4?mois de prison avec sursis!»
Un public «normal»
Outre l’Italie, «Cannibal Holocaust» connaîtra des ennuis avec la censure dans près de 60 pays. «En Angleterre, le film a été déclaré inexploitable durant trente ans. Récemment, l’interdiction a été levée. On m’a reçu en grande pompe et le film a été projeté devant un large public.» Il se marre: «Un public normal, sans piercings ni tatouages. Cela m’a fait plaisir, car mon intention première n’a jamais été de faire un film d’horreur mais plutôt un drame réaliste.» (Le Matin)
Créé: 14.07.2012, 09h39
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