Mardi 30 août 2016 | Dernière mise à jour 11:06

Traduction Un Suisse dans la jungle hollywoodienne

Un Vaudois établi à Los Angeles et son équipe se sont fait connaître grâce au sous-titrage en français de films et de séries. Ils décrivent les dessous de cette industrie.

C. Chill, président de Rollin'Dice productions, fait de la traduction de séries américaines à Los Angeles (au centre) accompagné par ses deux collaborateurs Adriano (dr.) et Max (g.)

C. Chill, président de Rollin'Dice productions, fait de la traduction de séries américaines à Los Angeles (au centre) accompagné par ses deux collaborateurs Adriano (dr.) et Max (g.) Image: Sébastien Féval

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?Qu’ont en commun «Pirates des Caraïbes», «Matrix», «Friends», «Les Simpson», «Pretty Woman», «Certains l’aiment chaud», «MacGyver» et «24?heures chrono»? Ces productions américaines ont toutes été sous-titrés en français par un Lausannois. Son diplôme d’ingénieur chimiste de l’EPFL en poche, Chill est parti en 1999 vivre en Californie pour tenter sa chance dans la musique. Aujourd’hui, il est à la tête de la société Rollin’Dice, qui emploie six traducteurs aux Etats-Unis, mais aussi au Canada et en Suisse. Pourtant, c’est un peu par hasard qu’il est tombé dans la traduction. «En 2003, j’ai regardé un énième film mal sous-titré! C’était tellement lamentable que j’ai écrit à la compagnie. Ils m’ont fait passer un test et j’ai été pris. Mon premier mandat a été de traduire un épisode de la série «Les Simpson». Ce qui a commencé comme un défi est devenu aujourd’hui une activité à part entière de sa société.

Des absurdités à la chaîne

Ce qui a le plus surpris le Lausannois de 38?ans, c’est la mauvaise organisation qui règne à Hollywood. «Dans l’industrie du cinéma, on doit sans cesse naviguer entre ordres et contre-ordres. C’est une grosse usine très désorganisée.» Ainsi, entre la version cinéma, celle télévisée, la version du DVD, celle du Blu-ray, il peut y avoir cinq traductions du même film. Quand certaines absurdités ne viennent pas encore compliquer la chose. «On avait traduit toute la troisième saison d’une série. Six mois plus tard, un autre client nous contacte pour exactement le même travail, rigole Chill. Il s’est avéré qu’entre-temps les droits de distribution avaient été vendus et que les sous-titrages n’avaient pas été retrouvés!»

Plus vite et moins cher

Un tel fouillis a forcément un impact. La qualité du produit final s’en ressent. «Certaines compagnies sont très exigeantes, comme Disney ou DreamWorks, où tout est relu et corrigé à la virgule près, raconte le Vaudois. Mais, pour d’autres, c’est du travail à la chaîne, tout ce qui compte, c’est le tiroir-caisse. Tant que personne ne se plaint, ils s’en fichent. Le but, c’est d’aller au moins cher et au plus rapide.» L’arrivée des vidéos à la demande (VOD) et du streaming a changé les conditions de travail: tout doit être prêt pour hier. «Pour les séries, nous recevons un épisode une heure après sa diffusion, le soir aux Etats-Unis, explique Chill. Je l’envoie en Suisse pour qu’il soit traduit pendant la matinée, avec le décalage horaire, et je vais me coucher. A mon réveil, je relis la traduction et elle est envoyée directement aux studios.» D’où l’intérêt d’avoir des équipes qui travaillent à des fuseaux horaires différents.

«Beaucoup de conneries»

Pour Adriano et Max, employés de la branche suisse de la société, le métier de traducteur de films et de séries demande une grande flexibilité pour passer très rapidement d’un sujet à l’autre. «Avant, je travaillais cinq ans sur un même projet, aujourd’hui, ça change tous les jours, c’est varié et j’apprends beaucoup de choses», dit Adriano, 30?ans, qui œuvrait dans le domaine de l’informatique. Il s’est, par exemple, attelé à la traduction d’une série de documentaires sur la pêche au crabe en Alaska. «Je connais maintenant toutes les sortes de paniers et d’appâts», plaisante le Vaudois.

Selon les traducteurs, les projets les plus faciles sont les films d’horreur. «Il n’y a presque pas de dialogues!» rigole Chill. Parmi les plus complexes figurent les séries avec des jargons techniques comme «Urgences» et ses noms de médicaments. La multiplication des chaînes et des canaux a pour conséquence l’augmentation des programmes différents à traduire. Et pas toujours des chefs-d’œuvre. «On reçoit quand même beaucoup de conneries, reconnaît Chill. Mais, si on commençait à les refuser, on ne travaillerait plus!» Et parfois, au milieu, se trouve une perle. «Un film dont je n’aurais jamais entendu parler si je n’avais pas eu à le traduire», raconte Max. (Le Matin)

(Créé: 18.08.2012, 12h28)

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