Auteur de romans sensibles et réalistes, l'écrivain islandais est l'un des meilleurs auteurs de polars de sa génération. Et son nouveau «Hiver arctique» confirme son talent. Quel est son secret? Et comment explique-t-il le succès et l'excellente réputation des polars venus du Nord? Il répond au «Matin Dimanche»
Anne-Sylvie Sprenger - le 07 mars 2009, 17h11
Le Matin Dimanche
Depuis quelques années déjà, le polar nordique a le vent en poupe. Les romans des Suédois Henning Mankell et Stieg Larsson ou du Norvégien Jo Nesbo, notamment, sont de véritables best-sellers.
L'Islandais Arnaldur Indridason, déjà auteur de «La cité des jarres», «La femme en vert», «La voix» et «L'homme du lac» (tous parus aux Editions Métailié), fait aujourd'hui partie de ces rois du polar scandinave.
«Hiver arctique», son cinquième roman traduit en français, nous plonge sans concession dans une Islande meurtrie et malgré tout magnifique. Il y a sans conteste une poésie propre à ces auteurs venus du Nord, comme un regard profond qui saurait capter les silencieuses mélancolies que l'on terre sous des sourires pudiques. Mais qu'ont donc ces pays de si particulier pour produire des oeuvres noires aussi sensibles? Quelques éléments de réponses par courrier électronique, avec Arnaldur Indridason.
La problématique du racisme est au coeur de votre dernier livre; est-ce un grand problème en Islande?
C'est tout nouveau pour nous. Pendant ces dernières années, nous avons connu un énorme boom de l'immigration en provenance d'Europe et d'Asie, et nous avons essayé de faire au mieux. Avec mon livre, j'ai voulu rappeler qu'il fallait qu'on se respecte les uns les autres, quelles que soient nos origines. Je crois que cela peut être la solution de nombreux problèmes, et pas seulement culturels.
L'infidélité semble également l'une de vos préoccupations.
De mon point de vue, et cela peut sembler très vieux jeu, la famille est la pierre angulaire de la société. Nous faisons tous partie d'une famille, qu'elle soit bonne ou mauvaise. Ces familles sont construites surtout sur la confiance, et quand cette confiance est détruite, beaucoup de choses le sont avec. Il semble aujourd'hui qu'il est beaucoup plus facile de détruire cette confiance. J'essaie de mettre cela en évidence par rapport à nos responsabilités. C'est d'ailleurs une des choses dont sont amoureux les polars, et les miens ne font pas exception.
Vos personnages sont tous des pauvres diables, avec des vies tourmentées. Pourquoi?
Ils ne sont pas tous ainsi. Le commissaire Erlendur, mon personnage principal, a une vie très chahutée et a souvent affaire à des existences qui sont très tristes. Mais elles peuvent aussi être très belles dans leur tristesse, et j'essaie de mettre ceci en avant. Il n'y a pas de plaisir dans le bonheur. L'écrivain ne tire aucun plaisir des vies épanouies, seulement des vies brisées.
Qu'aimez-vous le plus chez votre commissaire Erlendur? Vous ressemble-t-il?
Je peux être sombre, comme lui, et solitaire. Le métier d'écrivain est d'ailleurs le métier le plus solitaire au monde. Ce que j'aime le plus chez lui c'est son intégrité. Il a beaucoup de compassion pour les victimes de crimes et ferait tout pour résoudre ces affaires. Cela est aussi dû au fait que sa plus grande affaire, celle de son frère disparu quand ils étaient enfants, n'a jamais pu être résolue.
Comment expliquez-vous le succès des polars venus du Nord?
Beaucoup de très bons écrivains sont venus du Nord ces dernières années. Ils parlent de choses importantes, souvent personnelles. Le tout, dans un style réaliste tout en étant ludique. Il semble qu'ils aient des choses à dire sur la société dans laquelle ils vivent et ils utilisent le polar d'une manière très subtile pour dire ce qu'ils ressentent. Je ne sais pas s'il y a un style ou un contexte particulier qui font de bons écrivains...
Avez-vous des modèles?
L'Américain Ed McBain est mon favori, et aussi les Suédois Also Sjöwall et Per Whalöö. Et bien sûr les films de Hitchcock!
Votre expérience de critique de cinéma influence-t-elle votre écriture?
Je le crois, comme le pensent ceux qui disent que mes livres ont certains liens avec le cinéma. Je vois souvent les scènes devant moi, comme dans un film.
Vous n'écrivez jamais de rebondissements invraisemblables. Le réalisme est-il essentiel pour vous?
Le réalisme est tout. Spécialement quand vous écrivez pour un lectorat islandais. Ils sont très sceptiques et ne croiraient rien de ce que vous écrivez si tout n'est pas totalement passé au peigne fin et crédible. Cela vous discipline en tant qu'écrivain et fait de bien meilleurs livres.
| À LIRE «Hiver arctique», d'Arnaldur Indridason, Ed. Métailié, 336 p. |
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| Un «Hiver arctique» mélancolique et envoûtant Un petit garçon est retrouvé mort sur le chemin de l'école, à deux pas de son immeuble. Qui aurait pu poignarder ainsi un enfant que tout le monde trouvait adorable? L'enfant étant d'origine thaïlandaise, faut-il aller voir du côté du crime raciste? Ou y aurait-il un lien avec ce pédophile qui a refait surface dans le quartier? Avec les dealers qui rôdent autour de son école? Ou pire: avec son grand frère, qui a pris la fuite juste après la découverte du corps? Avec «Hiver arctique», Arnaldur Indridason remet en selle le mélancolique commissaire Erlendur et son équipe sur une enquête aux multiples pistes. Avec sensibilité, l'Islandais campe le décor d'un pays où l'obscurité finit par déteindre sur les âmes. Racisme, alcool, drogues ou haine de soi, Indridason scrute la nature humaine dans sa plus grande fragilité, en même temps qu'il écrit un polar kaléidoscopique savamment rythmé. Le tout sans effets de manches ni rebondissements invraisemblables, mais avec une musicalité des plus envoûtantes. |
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