L’increvable groupe anglais poursuit sa mission sonique ce soir sur la scène de l’Auditorium Stravinski.
Jean-Philippe Bernard - le 15 juillet 2009, 23h12
Le Matin
Dans le genre, c’est une histoire simple. Contrairement à celle des Rolling Stones ou de Pink Floyd (exemples pris au hasard), la saga de Status Quo met en scène les tribulations de gens ordinaires. On a l’air de se moquer, mais ce n’est qu’une impression: comment vouloir du mal à Status Quo, combo aussi attachant qu’une bande de Chtis épris du RC Lens? L’aventure de ce groupe, qui, à sa manière, a marqué au fer rouge l’histoire du rock dans les seventies, démarre au milieu des années 60, du côté de Londres.
C’est là, en plein Swinging London, qu’un certain Francis Rossi, guitariste fan des Shadows passé par des formations éphémères comme the Spectres et Traffic Jam, rencontre Richard Parfitt, un autre «fondu» de la six-cordes électrique. Enivrés par les vapeurs psychédéliques qui montent d’un club tel que le mythique UFO, les deux jeunes gens, épaulés notamment par le cogneur John Coghan et le bassiste Alan Lancaster, décident, pour la seule fois de leur existence, de suivre la mode. Devenus Status Quo, ils publient de charmantes rengaines doucement hallucinogènes et décrochent même quelques petits hits grâce à des titres comme «Pictures of Matchsick Men» et «Ice in the Sun». Mais, face à des auteurs de génie comme Syd Barrett, alors leader de Pink Floyd, ou Kevin Ayers, de Soft Machine, Rossi, Parfitt & Co. ne font pas vraiment le poids. Alors que leurs ouvrages suivants partent directement dans les bacs à soldes, les boys opèrent sagement un glissement progressif vers les eaux claires du blues rock qui tache.
Des tournées à guichets fermés
Après «Ma Kelly’s Greazy Spoon» et «Dog of Two Heads», deux albums qui passent relativement inaperçus sur le moment (mais qui sont désormais cultes), Status Quo découvre la formule idéale en 1973 avec l’album «Piledriver». Porté par une reprise solide du «Roadhouse Blues» des Doors et par «Paper Plane», un hit aussi évident qu’une pinte de stout, le groupe décolle et impose ses valeurs de forçats du boogie: sueur, électricité, honnêteté et plaisir. Les foules, secouées, commencent à se presser pour applaudir ces chevelus en jeans moulants qui secouent leur crinière en marquant le tempo.
Lorsqu’ils ne tournent pas à guichets fermés en Angleterre, en France et dans le reste de l’Europe (l’Amérique fera longtemps la sourde oreille), les quatre rockers enregistrent de bons disques teigneux qui cartonnent tout en faisant fantasmer les adolescents. Entre 1973 et 1976, Status Quo va placer au sommet des charts «Hello», «Quo», «On the Level», «Blues for You», autant d’albums qui vomissent la sophistication tout en célébrant à la bonne franquette la grosse énergie. Les amplis poussés au maximum, sauvage comme un fauve blessé, Status Quo va graver à l’automne 1976 son vrai chef-d’œuvre dans la moiteur infernale de l’Appolo de Glasgow. Face à des hordes d’Ecossais en état de transe, le groupe multiplie accélérations démentielles et replis stratégiques dans les harmonies du blues lourd pour réussir un double album en public qui figure au panthéon des seventies.
Le prince Charles danse
Cette nuit-là, la rumeur prétend que le prince Charles, fan de la première heure, a dansé tel un diable sur le balcon de la salle au risque d’atterrir dans la foule, au milieu des fans du Celtic ruisselants de sueur. Ce zénith sonique atteint, le quatuor va avoir la drôle d’idée de s’offrir un producteur pour enregistrer «Rocking All Over the World», opus baptisé du nom d’un titre fameux de John Fogerty (mythe américain qui partage ce soir à Montreux l’affiche avec Status Quo). Dégoulinant de synthés bon marché, l’album voit le groupe passer son boogie costaud à l’attendrisseur avant de le noyer dans un mélange de guimauve et d’eau minérale.
Même si le combo tente de corriger le tir dès l’album suivant («If You Can’t Stand the Heat»), le péché contre le bon goût ne restera pas impuni. Comme s’il avait été sanctionné par les dieux électriques, Status Quo, à la façon du Hollandais volant dans le «Vaisseau fantôme», va errer sans fin sur les routes au lieu de se la couler douce comme les autres milliardaires du rock. Mais, qu’on se rassure, il le fait dans la bonne humeur, porté par la conviction de ceux qui, à défaut d’avoir inventé la poudre, savent toujours la faire parler.
Auditorium Stravinski
jeudi 16 juillet, dès 20 h
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