Samedi 27 août 2016 | Dernière mise à jour 08:17

Musique Zazie: «La tristesse, je n'en veux pas!»

La chanteuse française sortira le 30 octobre «Encore heureux», un 9e album où l’amour, l’un de ses personnages de prédilection, est partout. Rencontre.

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Hier, Zazie était de passage à Genève. Pas pour recruter des candidats à la prochaine saison de «The Voice». Non, pour faire la promo de son dernier album, «Encore heureux», qui sort le vendredi 30 octobre. C’est son neuvième, sorti deux ans après «Cyclo», jugé sombre et relativement boudé par le public (70 000 exemplaires). Depuis, Zazie s’est affichée tous les samedis soir, trois mois et demi durant sur TF1. Alors, elle peut nourrir des ambitions avec «Encore heureux»: plus organique, avec une ouverture à la guitare pinkfloydienne, mais aussi pop, parfois électronique et dansant. Plusieurs couleurs mais un bel équilibre. Et une thématique en évidence: l’amour. A 51 ans, Zazie s’amuse, se dispute, s’épanche, vit.

On a pu lire ici et là «Zazie va mieux». C’est le cas?

C’est la vision de certains qui pensent que parce qu’on vend moins d’albums on ne va pas bien. «Cyclo» n’était pas un disque fédérateur mais, du fait de mon âge, j’avais besoin de me poser des questions. Je ne l’ai pas vécu comme un échec, c’était une étape nécessaire. Les textes d’«Encore heureux» ne sont pas plus joviaux. Il est moins intime et c’est peut-être pour cela que certains le trouvent plus solaire. Je rigole sur la pochette. Les gens ont peut-être besoin de se rassurer avec des clichés. Mais moi j’ai besoin de les relier à l’état dans lequel ils sont quand ils écoutent.

Cette idée de Zazie heureuse, ça commence par le nom de l’album…

Il y a un paradoxe dans ce nom: un côté très enfantin et un plus gouailleur. Du style «encore heureux qu’on puisse boire des coups», «encore heureux qu’on ait encore le droit de fumer quelque part». (rire) Le titre est ouvert, je n’ai pas tranché.

Vous vous êtes séparée durant l’enregistrement de votre compagnon, Philippe Paradis, alors qu’il a réalisé l’album. Quelle influence ça a eu sur «Encore heureux»?

J’avais écrit la plupart des textes avant la séparation et avec Philippe Paradis, nous avons travaillé ensemble durant sept ans avant d’être des amoureux. C’est vrai que si l’album ressemble un peu à notre dernier enfant, nous ne cessons pas d’être parents parce que nous cessons d’aimer. Il y a eu quelques semaines qui ont été un peu floues et cela a donné un côté plus grave au disque. Un côté qui n’était pas prévu mais qui n’était pas dénué de sens. Les albums sont des suites de chansons qui ressemblent aux photos de ce qu’on peut vivre.

On ne peut s’empêcher de penser à cette relation à travers vos textes sur l’amour.

C’est peut-être le côté impressionniste de l’artiste: on commence par son petit monde à soi. Mais ça fait très longtemps que je n’ai pas besoin de vivre des choses dures pour parler de la tendresse. Il y a aussi un côté sorcier chez l’artiste: arriver à mettre des mots sur des choses avant qu’elles arrivent.

Dans «Oui-filles», vous chantez «l’amour, c'est du travail». De nos jours, les couples n’y pensent plus assez?

La passion, c’est facile et ça met beaucoup de joie dans nos cœurs. Après, il faut savoir ce que nous cherchons: un compagnonnage ou une immédiateté d’assouvissement. Un couple, ça demande du travail. Mais ça doit être réjouissant. Et l’amour est un fourre-tout: nous devons répondre de toutes nos casseroles, de toutes les frustrations de nos métiers. Nous perdons la notion de l’autre. Il faut accepter qu’il est différent et il ne faut pas que ça nous mette en danger. C’est difficile d’être fidèle aujourd’hui, parce que nous confondons nos désirs et nos besoins. A partir du moment où nous avons décidé que cette route-là valait le coup, il y a du travail et ce n’est pas tous les jours sexy.

Le titre «I Love You All» est une sorte d’«Aimons-nous les uns les autres». Quand l’avez-vous écrit?

Un peu après l’attentat contre Charlie Hebdo. J’avais envie d’écrire que, peut-être, ce qui nous effraie le plus est que nous n’avons pas accepté que nous sommes imparfaits. Nous sommes plein de principes et nous n’accueillons pas l’autre, parce qu’il nous fait peur. C’est une manière de dire que nous sommes notre pire ennemi. C’est effrayant ce qui s’est passé contre Charlie et ce n’est en rien excusable mais il y a des gens qui ne peuvent pas fonctionner comme nous. Alors, n’attendons pas qu’ils le fassent. Cet album est inscrit sur des références musicales très précises qui sont les années 1970. Parce que j’aimais ça. Je n’ai pas cherché à faire du vintage. Ou alors, c’est moi qui suis vintage (rire). A 51 ans, on ne cherche plus à être tendance. A 11 ans, j’étais trop jeune pour essayer toutes les drogues mais «Dark Side of the Moon» de Pink Floyd a été un album fulgurant pour moi: ça me faisait regarder vers l’ailleurs. Comme «I Love You All» est une tentative de mettre du sens sur les couplets, j’ai mis en exergue ce refrain totalement beatnik et volontairement naïf. On dit que la musique adoucit les mœurs. Voilà nos mœurs, adoucissons le tout.

Avec «Adieu tristesse», vous terminez l’album par cette phrase: «Il faut croire qu’être heureux vaut la peine». Qu’est-ce que ça dit de votre avenir?

(rire) Si je le savais, mon bon docteur! Plutôt que de se dire qu’hier était mieux et que demain est angoissant, injectons des petites doses de poésie et de joie dans notre quotidien. Plus j’ai accès à un univers fantasmagorique, à la surexposition de la chanteuse, plus j’ai envie de sobriété. C’est aussi un écho au «Bonjour tristesse» d’une grande adolescente (ndlr.: Françoise Sagan). Je ne suis pas jeune ni écrivain mais j’ai l’impression d’avoir la liberté de décider comment je serai heureuse. La tristesse, je n’en veux pas!

C’est depuis votre surexposition dans «The Voice» sur TF1 que vous avez besoin de cette sobriété?

Je l’ai toujours eu mais c’est plus palpable maintenant, en effet. «The Voice» n’était pas l’endroit où je pensais voir des gens très élégants et j’ai été très surprise de découvrir que si, au contraire. Il y a la mécanique du concours de chant et, en même temps, c’est une grosse vitrine, qui profite plus qu’au premier de la classe. Vous avez raison: je pense que j’ai un quota de soleil et au bout d’un moment j’ai besoin de me reposer de ça.

Vous serez de retour l’an prochain dans le jury?

Oui, j’ai envie de me marrer! J’ai hésité parce que j’attendais de savoir qui seraient les autres jurés. Ça va, ce sont de bons joueurs (ndlr.: Mika, Florent Pagny et Garou). Mais c’est dommage, je serai la seule fille, je vais être obligée de mettre des robes! (rire)

Un mot sur votre protégé Lilian Renaud qui sortira son 1er album en novembre?

Il est d’une telle virginité par rapport au showbiz et en même temps c’est ça qui le sauve. Nous n’avons pas pu travailler ensemble physiquement mais j’ai écouté son disque. Il y a la fraîcheur et les imperfections d’un 1er album. (Le Matin)

(Créé: 23.10.2015, 06h31)

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