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Les sites de réservation d’hôtels ont des pratiques discutables

Internet

De plus en plus utilisées par les vacanciers, les plates-formes en ligne telles que Hotels.com ou Ebookers.ch manquent de transparence sur leurs tarifs. Elles pourraient être rappelées à l’ordre par la Commission de la concurrence dans les mois à venir.

Par Marie Maurisse. Mis à jour le 30.12.2011

LES HÔTELIERS SUISSES PRÊTS À SE REBELLER

Patron d’un grand groupe hôtelier romand, Eric Fassbind ne décolère pas. «Certains sites nous prennent jusqu’à 20% de commissions. Et, en plus, il faut leur promettre le prix le plus bas: je ne peux même pas faire un geste commercial pour les habitués! Je l’ai fait une fois, ils ont rayé mon hôtel de leur plate-forme…» En Suisse, il n’est pas le seul à se plaindre de la stratégie agressive des sites comme Booking ou Hotels.com. Quelques collègues ont récemment alerté la Comco, qui doit prouver qu’il y a un «abus de position dominante» pour pouvoir intervenir. Les associations hôtelières veulent rendre leurs membres plus indépendants par rapport à ces plates-formes, mais n’ont pas trouvé la solution idéale. La section valaisanne va lancer son propre portail de réservation. Dans l’Oberland bernois, les hôteliers voulaient boycotter les sites, mais tous n’étaient pas d’accord. Alors, que faire? «On est en train d’y réfléchir», répond Thomas Allemann, responsable du service des membres d’HotellerieSuisse.

Pour des vacances de rêves aux Caraïbes, le web promet des tarifs exceptionnels. Bradés, même. Vraiment? Pas pour tout le monde. Si le consommateur suisse a l’habitude de payer plus cher son paquet de lessive, il ne sait pas forcément que la même logique s’applique au secteur du tourisme. Exemple avec Ebookers.ch, propriété du groupe Ortiz. En cherchant une chambre pour deux personnes, à Madrid, la semaine de Noël, nous sommes tombés sur un bon plan: le charmant Hôtel Praga, pour 388 francs la semaine. Mais en faisant cette recherche depuis un ordinateur basé en France, le site nous propose le même établissement pour 273 euros, soit 333 francs. Pour les Suisses, la facture est plus salée de 50 francs. La différence est même plus importante si l’on cherche à New York et Londres, dans des hôtels cossus. Or, quelques heures après avoir envoyé nos questions à Ebookers.ch, ces différences de prix disparaissent. Que s’est-il passé? «Je ne comprends pas, car nos tarifs sont identiques sur tous les sites et nous actualisons le taux de change plusieurs fois par jour», tente d’expliquer Matthias Thürer, directeur marketing de son bureau suisse.

Expedia condamnée Ce qui est sûr, c’est qu’à leur arrivée sur le marché du tourisme, il y a quelques années, ces sites ont d’abord eu un effet positif. Booking.com, Opodo.fr, ou encore Hotels.com et Venere.com – les deux derniers appartiennent au groupe Expedia – ont dopé la concurrence et fait baisser les prix. Mais la machine s’est enrayée: devenus incontournables, ces adresses ont mis les clients, mais aussi les hôteliers, à la merci de leur politique. D’autant qu’en période de crise – en septembre 2011, les nuitées dans les hôtels suisses ont diminué de 4% par rapport à la même période en 2010 – les professionnels comptent davantage sur ces sites pour attirer une clientèle étrangère en baisse.

Le 4 octobre dernier, le Tribunal de commerce de Paris rendait un jugement historique en condamnant Expedia, la firme américaine, à 430 000 euros de dommages et intérêts pour «pratiques commerciales déloyales». Sur le banc des plaignants se trouvaient les hôteliers français, mais aussi le secrétaire d’Etat au tourisme hexagonal. Motif de la plainte? En substance, la plate-forme privilégiait ses hôtels partenaires (comprenez: ceux qui paient) sans prévenir l’internaute et affichait des hôtels complets alors qu’ils ne l’étaient pas. Le groupe a «pris note» du problème, selon Cyril Ranque, responsable chez Expedia des relations avec les hôteliers au niveau mondial, dont le bureau est situé à Genève. Les versions francophones du portail mentionnent désormais que certaines chambres ne sont «pas disponibles sur Hotels.com», laissant finement entendre qu’elles pourraient l’être ailleurs. «Et la modification va être faite d’ici à la fin du mois sur les versions italiennes et allemandes», ajoute Cyril Ranque. La mésaventure d’Expedia ne fait visiblement pas peur à Ebookers, qui opte pour la même astuce afin de diriger les clients vers ses hôtels partenaires (environ 1000 en Suisse). En cherchant une chambre pour un couple à Verbier, du 19 au 25 décembre, le site mentionne deux établissements complets – Le Chalet d’Adrien et l’établissement Les Touristes. Renseignements pris, les deux enseignes ont bien des lits disponibles à cette date et ne sont pas sous contrat avec Ebookers. Matthias Thürer convient que «ce n’est pas l’idéal». «C’est criminel, vous voulez dire, s’emporte l’avocat Sébastien Fanti. Les hôtels lésés pourraient porter plainte pour concurrence déloyale!»

Contraints de payer en francs Aucun hôtel n’a franchi le pas pour le moment, mais à Berne, la Commission de la concurrence (Comco) a été informée du dossier. Celui-ci s’ajoute à un cas déjà dans le viseur des autorités: Costa Croisières interdit aux internautes suisses d’acheter un séjour sur son site allemand. Nous avons constaté que le même problème se posait sur la version française du site. Là où le bât blesse, c’est que le consommateur suisse paie mille francs plus cher pour une prestation identique que son homologue français.

«Si les faits montrent que nous sommes en présence d’un cartel dur illicite, alors nous pourrions obliger le voyagiste à corriger son comportement», indique Olivier Schaller, responsable du secteur à la Comco. En outre, le prestataire pourrait écoper d’une amende équivalant à 10% de son chiffre d’affaires des trois dernières années. La procédure devrait cependant prendre plusieurs mois. (Le Matin)

Créé: 30.12.2011, 13h42

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