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Morganella exclu, l'image de la Suisse est ternie

Londres 2012

Le défenseur de l'équipe suisse de football a été renvoyé pour avoir injurié le peuple coréen. Quelles conclusions tirer de cette affaire rocambolesque?

Par Jean-Claude Schertenleib. Mis à jour le 31.07.2012 45 Commentaires

1/6 Michel Morganella à son arrivée à l'aéroport de Zurich.
Image: Keystone

   

L'exclusion de Morganella est-elle suffisante?

ÉDITORIAL

Honte à vous, Michel Morganella

La presse planétaire parle depuis hier de l’équipe de Suisse olympique de football. A cause de vous, Michel – ou peut-être Chelmi, pour utiliser le seul langage que vous semblez connaître – Morganella. Pas grâce à vos déboulés sur le terrain. Oh non! Encore moins pour cette crête taillée sur votre crâne. Si on parle autant de vous, donc de nous puisque vous représentez notre pays aux Jeux de Londres, c’est parce que votre coup de sang postdéfaite est une tache. Pas seulement sur votre carte de visite – personne ne s’y intéresse ce matin –, mais bien sur un drapeau. Et sur l’esprit olympique, bafoué dans ce qu’il a de plus profond.

L’union totale des peuples par l’exercice sportif est une utopie dans le monde d’aujourd’hui. Les guerres continuent pendant les Jeux. Mais chacun est en droit d’attendre de ceux qui y participent qu’ils respectent la trêve, qu’ils la partagent, qu’ils l’encensent. Par leur engagement, leur comportement. Que l’agressivité qui vous a tant manqué sur le terrain, à vous et à votre équipe, se transforme en haine raciale est inacceptable. Elle mérite des sanctions à long terme. Et des remises en question.

Car derrière cet acte, derrière ces mots, se cachent des manquements en termes d’éducation des jeunes sportifs d’élite. Que ce fait, abject, soit celui d’un joueur de football, n’est malheureusement pas étonnant. Car le foot est le milieu où les millions abrutissent, effacent toute forme d’équilibre. Pour mériter Londres 2012, nombreux de vos compatriotes se lèvent chaque matin à 5?h pour aller s’entraîner. Pas vous. Ils sont fauchés? Ils ont été éliminés d’entrée? Peu importe. Ce sont eux qui ont raison.

Jean-Claude Schertenleib, journaliste

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Londres avait commis sa bévue – mauvais drapeau pour l’entrée en lice des joueuses de l’équipe de Corée du Nord féminine –, la délégation suisse tient son scandale. Dont elle se serait bien passée et qui a eu immédiatement des conséquences: hier en début de soirée, Gian Gilli, le chef de mission suisse à Londres 2012, a annoncé que le joueur valaisan de l’équipe de Suisse olympique de football, Michel Morganella, était exclu avec effet immédiat des Jeux. «Il a tenu des propos insultants et discriminatoires sur son compte Twitter envers la population et l’équipe de football sud-coréenne. Nous condamnons ces propos qui contredisent de façon injurieuse la charte olympique du CIO et la charte éthique de Swiss Olympic», explique le chef.

Appel à la haine

Hué pendant la moitié du match – perdu 2-1 – contre la Corée du Sud, dimanche soir, Michel Morganella a choisi les réseaux sociaux pour régler ses comptes dans un appel à la haine qui fait peur: «Je défonce tous les Coréens, allez tous vous brûler, bande de trisos». Les réactions ont été immédiates, 460 messages en quelques minutes avant, qu’à 13?h?50, hier, le joueur ne ferme ses comptes Twitter et Facebook: «J’ai commis une énorme erreur. Je suis sincèrement désolé pour la population de Corée du Sud, pour les footballeurs, mais aussi pour la délégation suisse et le football suisse en général. Il est évident que j’assume les conséquences.» S’il n’est plus athlète olympique depuis ce lundi, Michel Morganella doit s’attendre également à des sanctions de l’Association suisse de football.

Un problème d’éducation

Membre du Comité exécutif du CIO, le Fribourgeois René Fasel est bien sûr choqué par cette affaire: «Ce comportement est inexcusable. Dans le monde du sport, certaines choses se disent dans le vestiaire et elles devraient y rester. Selon moi, c’est un problème de manquement dans l’éducation du sportif; dans ce cas, face aux dangers nouveaux des réseaux sociaux. Certains athlètes ne semblent pas conscients (ndlr: la semaine dernière, la spécialiste grecque de triple saut, Voula Papachristou, a été exclue de sa délégation pour avoir, elle aussi, propagé des propos racistes) des dégâts qu’ils peuvent provoquer, pour eux, mais surtout pour les autres, en exprimant leurs émotions et leurs frustrations sur la Toile.»

Messages antigays dans le foot américain, appels à la haine raciste en Grande-Bretagne: on oublie très souvent que grâce aux réseaux sociaux, vecteur facile, sans contrôle ou presque, des sentiments de chacun, l’idée que l’on lançait auparavant entre quelques paires d’yeux peut se transformer immédiatement en un phénomène d’une grande ampleur: «Espérons que cette triste affaire fasse réfléchir ceux qui pourraient se retrouver à la place de ce joueur. Espérons aussi qu’il y ait une prise de conscience générale d’un besoin de formation, car un jeune sportif qui commet une telle faute est bien sûr coupable, mais il est aussi victime d’un système dont il n’a pas appris à mesurer les dangers», reprend René Fasel.

Une question complexe

Reste que cette affaire met une fois de plus en lumière la complexité de l’éducation et de la formation des jeunes sportifs. A qui on donne depuis de nombreuses années, maintenant, des cours de communication, mais aussi de comportement face aux médias, au public et aux partenaires. Malheureusement, et Michel Morganella vient de le rappeler, les différentes théories absorbées avec plus ou moins d’attention sur les bancs des écoles ne valent plus rien devant la solitude et la frustration de la défaite. Et comme le plus petit des ordinateurs est une arme très puissante… (Le Matin)

Créé: 31.07.2012, 09h15

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45 Commentaires

Claire Lachtab

30.07.2012, 23:05 Heures
Signaler un abus 105 Recommandation 0

Il aurait aussi pu s'excuser envers les personnes trisomiques... J'ai toujours trouvé qu'utiliser un handicap comme une insulte est un fait des plus méprisables... Répondre


Denis Vonnez

31.07.2012, 00:57 Heures
Signaler un abus 37 Recommandation 0

A souhaiter d'autre sanctions post jeux olympiques Répondre