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Ankara en guerre contre un pétition pour la paix

Turquie

Une vingtaine de signataires d'une pétition demandant la paix dans le sud-est turc à majorité kurde ont été interpellés.

Mis à jour le 16.01.2016 18 Commentaires
Un bâtiment éventré lors d'une attaque attribuée aux rebelles kurdes, dans le sud-est de la Turquie (région de Diyarbakir), qui a fait 6 morts et 39 blessés (14 janvier 2016)

Un bâtiment éventré lors d'une attaque attribuée aux rebelles kurdes, dans le sud-est de la Turquie (région de Diyarbakir), qui a fait 6 morts et 39 blessés (14 janvier 2016)
Image: AFP

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Le gouvernement turc a entamé vendredi la chasse aux signataires d'une pétition qui appelle à la fin des opérations controversées de l'armée contre la rébellion kurde.

Le texte a suscité l'ire du président Recep Tayyip Erdogan, ravivant les inquiétudes sur sa dérive autoritaire.

Sur injonction de la justice, la police a interpellé une vingtaine d'universitaires qui ont apposé leur nom au bas de cet «appel pour la paix» et perquisitionné à leurs domiciles à Kocaeli et Bursa (nord-ouest), a rapporté l'agence de presse Dogan. Ils ont été remis en liberté après plusieurs heures d'interrogatoire.

«Propagande terroriste»

Dans toute la Turquie, des enquêtes ont été ouvertes pour «propagande terroriste», «insulte aux institutions et à la République turque» et «incitation à violer la loi» contre les signataires de la pétition, qui risquent d'un à cinq ans de prison.

Une dizaine d'universités ont parallèlement engagé des poursuites disciplinaires contre plus de 60 autres professeurs ou chercheurs.

Cette vague de procédures a pour origine une «initiative des universitaires pour la paix» rendue publique lundi par 1200 intellectuels pour exiger la fin de l'intervention musclée des forces de sécurité turques contre les partisans du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est en majorité kurde de la Turquie.

Lois et traités violés

Dans ce texte, ils dénoncent «un massacre délibéré et planifié en totale violation des lois turques et des traités internationaux signés par la Turquie».

L'armée et la police turques ont investi, il y a un mois, les villes sous couvre-feu de Cizre et de Silopi ainsi que l'arrondissement de Sur à Diyarbakir, pour en déloger des partisans armés du PKK qui s'étaient retranchés dans certains quartiers. Les combats y ont causé la mort de nombreux civils et l'exode d'une partie des habitants.

Complices des «terroristes»

La pétition, également signée par des intellectuels étrangers comme le linguiste américain Noam Chomsky, a provoqué la fureur des dirigeants turcs.

Pour la troisième fois de la semaine, Recep Tayyip Erdogan a accusé vendredi ses signataires d'être complices des «terroristes» du PKK et tenté de justifier les poursuites engagées contre eux.

Porte-voix habituel du pouvoir, l'éditorialiste Ibrahim Karagül a appelé les étudiants à «boycotter les cours» des signataires de la pétition. Dans certaines universités, des croix ou des panneaux dénonçant les «traîtres» sont apparus sur les portes des personnes l'ayant paraphée.

Certains reculent

Sous la menace, plusieurs d'entre eux ont retiré leur nom de la pétition. Cette ambiance de chasse aux sorcières a relancé les critiques à l'encontre de Recep Tayyip Erdogan, à nouveau accusé de vouloir étouffer la liberté d'expression.

«Exprimer son inquiétude sur la violence ne signifie pas soutenir le terrorisme. Critiquer le gouvernement n'est pas une trahison», a estimé l'ambassadeur des Etats-Unis à Ankara John Bass dans des déclarations publiées sur Twitter.

Le bouillant maire de la capitale turque Melih Gökçek, membre du parti au pouvoir, lui a illico suggéré en retour de «quitter le pays» et d'«apprendre à se taire». Il a publié une série de tweet à l'adresse de l'ambassadeur américain.

Répression dénoncée

L'opposition turque a, elle, aussi dénoncé la répression. Ces opérations de police «sont très dangereuses et inacceptables», a ainsi réagi le Parti républicain du peuple (CHP, opposition sociale-démocrate). Elles «plongent la Turquie dans les ténèbres», a renchéri le Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde).

Plus de 2000 avocats se sont engagés à défendre gratuitement les universitaires concernés. «La déclaration ne salue ni n'appelle à la violence ou à des actes criminels», a déclaré un professeur de droit, qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat de peur d'être poursuivi à son tour.

Après plus de deux ans de cessez-le-feu, les combats ont repris l'été dernier entre les forces de sécurité turques et le PKK. Ils ont fait voler en éclats les discussions ouvertes fin 2012 pour tenter de mettre fin au conflit, qui a fait 40'000 morts depuis 1984.

Recep Tayyep Erdogan, qui a promis d'«éradiquer» la rébellion, a depuis multiplié les poursuites judiciaires pour «propagande terroriste» contre ceux qui contestent sa politique. (ats/nxp)

Créé: 16.01.2016, 01h52

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18 Commentaires

Georges Alexandre

16.01.2016, 16:23 Heures

Extrait du texte de la pétition : "Nous exigeons que l'Etat cesse son massacre délibéré. Nous ne serons pas complices des crimes que l'Etat commet contre tous ses citoyens et en particulier contre les Kurdes(...) Nous exhortons le gouvernement à entamer des négociations dès que possible." Répondre


Georges Alexandre

16.01.2016, 15:32 Heures

La chasse aux pétitionnaires est évidemment sélective et même lâche ; le gouvernement turc n'ose prend trop s'en prendre aux intellectuels les plus connus alors il se rattrape sur les profs des petites villes de province. Répondre



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