Jeudi 25 août 2016 | Dernière mise à jour 04:39

Norvège Breivik affirme: «Je suis torturé»

L'extrémiste de droite Anders Behring Breivik, qui a tué 77 personnes en Norvège en 2011, est appelé à la barre mercredi.

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L'extrémiste de droite Anders Behring Breivik a transformé mercredi son procès contre l'État en tribune politique, jurant de «combattre» pour le nazisme «jusqu'à (sa) mort». Au deuxième jour de son procès contre l'État sur ses conditions de détention, qui se tient dans le gymnase de la prison de Skien (sud) où il est détenu, Breivik est violemment passé à l'attaque, comme le redoutaient les victimes et leurs familles.

Mêlant l'anecdotique et le plus fondamental comme il en a l'habitude, il a accusé l'État de vouloir le «tuer» grâce à l'isolement carcéral, qu'il a qualifié de «torture».

Il a tout fait pour donner de l'écho à ses opinions racistes. «Je lutte pour le national-socialisme depuis 25 ans et je vais lutter pour lui jusqu'à ma mort», a déclaré l'extrémiste de 37 ans. Car «je suis national-socialiste depuis que j'ai 12 ans», a-t-il précisé, allégeance qu'il raconte avoir dissimulée jusqu'en 2014.

Premières déclarations publiques

Il s'agissait de ses premières déclarations publiques depuis le procès de 2012 qui a abouti à sa condamnation à 21 ans de prison, peine susceptible d'être prolongée s'il reste considéré comme dangereux.

Lorsqu'il a décliné son identité, il s'est présenté comme «secrétaire du parti politique État nordique», formation extrémiste qu'il essaie de monter depuis sa prison. La juge a coupé court, soulignant qu'il lui fallait s'en tenir à ses conditions de détention.

77 personnes abattues

Se disant en guerre contre le multiculturalisme, il avait le 22 juillet 2011 tué 77 personnes, huit en faisant exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo et 69 autres en ouvrant le feu sur un camp d'été de la Jeunesse travailliste.

Pendant plus d'une heure, il avait traqué près de 600 adolescents piégés sur l'île d'Utøya et terrifiés, achevant la plupart de ses victimes d'une balle dans la tête.

Par égard pour les familles et les survivants, mais aussi pour l'empêcher d'envoyer des signaux codés à ses sympathisants, la justice norvégienne interdit de diffuser tout extrait vidéo des propos du tueur. Mais la presse peut les retranscrire.

Renoncement au salut nazi

Breivik avait fait une concession à son arrivée au tribunal mercredi, en renonçant au geste, évoquant le salut nazi, qu'il avait fait la veille. Après un rappel à l'ordre de la juge Helen Andenaes Sekulic, qui lui demandait de ne pas le rééditer, il avait promis «d'en tenir compte», il avait objecté qu'il s'agissait d'un ancien salut nordique, une explication qui reste à démontrer.

En prison, il dispose de trois cellules, soit plus de 31 m2 répartis entre espace de vie, d'études et d'exercices physiques, avec télé et lecteur DVD, console de jeux, livres et journaux, puzzles, machine à écrire et appareils de musculation, ont fait valoir les représentants de l'État. Conditions plutôt confortables donc, à l'écart des autres détenus, mais qu'il juge insatisfaisantes.

Fouilles corporelles

Breivik accuse la Norvège de violer deux dispositions de la Convention européenne des droits de l'Homme, l'une interdisant les «peines ou traitements inhumains ou dégradants», l'autre garantissant le «droit au respect de sa vie privée (...) et de sa correspondance».

À l'appui de cette accusation, le détenu a reconstitué mercredi les inspections corporelles (885 selon son décompte) auxquelles il a été soumis depuis sa mise en détention il y a près de cinq ans, «humiliantes» et «insensées» d'après lui. Il a mimé, accroupi et debout, les différents contrôles de sécurité sous le regard attentif de trois surveillants.

«C'est compréhensible quand c'est justifié, par exemple quand il s'agit de personnes qui ont un passé violent ou quelque chose du genre, mais je me comporte de manière exemplaire depuis cinq ans», a-t-il dit.

«Je suis torturé»

Il a dressé une rapide analogie avec la prison américaine de Guantanamo sur l'île de Cuba. «Personne, je crois, ne sera surpris que je suis torturé. Il n'y a qu'à voir Guantanamo Bay».

Il a décrit les privations, la rareté des activités offertes pendant son isolement et les contrôles très stricts sur sa correspondance. Environ 600 lettres sur 4000 ont été saisies, et d'autres partiellement censurées. (ats/nxp)

(Créé: 16.03.2016, 10h06)

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