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Guerre froide, le retour?

Crise

La tension monte encore d’un cran entre la Russie et les Etats-Unis. Et cette fois, c’est Moscou qui évoque une ambiance comparable aux années 1960.

Par Cléa Favre. Mis à jour le 16.02.2016 21 Commentaires
La tension monte encore d’un cran entre la Russie et les Etats-Unis.

La tension monte encore d’un cran entre la Russie et les Etats-Unis.
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L’accord de cessez-le-feu en Syrie signé vendredi n’avait pas suscité un enthousiasme débordant. Mais il ne laissait pas présager l’escalade verbale qui a suivi lors de la Conférence de Munich le week-end dernier. Dmitri Medvedev lui-même, le premier ministre russe, s’est interrogé: «Parfois, je me demande si nous sommes en 2016 ou en 1962», allant jusqu’à évoquer une «nouvelle guerre froide».

COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ?

L’OTAN se renforce

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a récemment décidé d’accroître sa présence militaire en Europe de l’Est et dans les pays baltes. Objectif de cette manœuvre: rassurer les pays alliés de la région, comme la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie. Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’organisation, a beau avoir expliqué qu’il s’agissait de mesures «défensives» et visant la dissuasion, Moscou n’apprécie pas ce qu’il perçoit comme un «stationnement permanent» à sa frontière.

La campagne présidentielle américaine

«Certains discours républicains s’avèrent très antirusses», constate Daniel Warner, politologue américano-suisse. «Donald Trump (ndlr: candidat aux primaires du Parti républicain) veut recréer la situation qui avait cours après la Seconde Guerre mondiale et faire des Etats-Unis la puissance qui domine le monde», ajoute-t-il, précisant que ce type de propos peut rendre la Russie nerveuse.

La montée du nationalisme russe

La Russie de Vladimir Poutine tente de reconquérir sa grandeur passée sur le plan extérieur. Et ce, après une période de «trop grand triomphalisme de la part de Washington et de l’OTAN et d’humiliation pour la Russie», selon les termes de Daniel Warner. «Le climat en Russie est de plus en plus patriotique et nationaliste, notamment sous l’effet de l’intervention en Syrie et de la crise économique dont les conséquences commencent à être sévères pour la population», confirme Eric Hoesli, professeur à l’EPFL et à l’Université de Genève. «Il existe aujourd’hui une recherche d’unité nationale contre l’extérieur, un discours agressif qui prend parfois la forme de menace de guerre.» Il observe qu’une grande partie de l’opinion publique est convaincue que l’Occident lui est hostile et ne veut pas d’une Russie forte. «Moscou a envie d’être acceptée comme un acteur des relations internationales. Elle veut se comparer aux autres grandes puissances», explique de son côté Nicholas Dungan, conseiller spécial à l’Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste des relations transatlantiques.

QUELS POINTS DE FRICTION?

La Syrie

Chaque camp affirme combattre le même ennemi: le groupe Etat islamique. Or, Washington et Moscou ne poursuivent pas les mêmes objectifs. «La Russie souhaite surtout le maintien de Bachar el-Assad», réagit Jordi Tejel, professeur d’histoire internationale de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID). La campagne de bombardements menée par Moscou sur les groupes d’opposition permet de lever les derniers doutes, s’il en subsistait.

L’Ukraine

La guerre a donné naissance à un conflit par procuration entre les Occidentaux qui soutiennent le régime de Kiev et les Russes qui appuient les forces séparatistes. Le week-end dernier, les Etats-Unis ont plaidé pour le maintien des sanctions économiques qui visent Moscou en raison de cette crise.

L’Arctique

Moscou s’est lancée dans une opération de militarisation du pôle Nord. Elle veut occuper le terrain, voire agrandir sa mainmise sur cette zone stratégique au niveau des ressources naturelles. En face, les Etats-Unis répondent par une stratégie semblable.

QUELS RISQUES?

Jouer à se faire peur

Selon Eric Hoesli, le grand danger de cette escalade – avant tout verbale pour l’instant – est de faire peur au camp d’en face. «On imagine alors le pire venant de l’autre.» Pour les Russes, l’Occident fait ce qu’il veut, tout en tenant un discours de coopération. «Afin de se prémunir et être respectés, ils estiment donc que la seule réponse est d’être forts militairement.» En découle un cycle: quand la Russie s’arme, les Occidentaux font de même. Si chacun se situe pour le moment dans un réflexe défensif, quid de la suite? «Je ne crois pas que la Russie utilise ses armes en Europe. L’aventure syrienne s’est avérée plus compliquée que prévue. Moscou n’a pas les moyens militairement de mener plusieurs guerres de front.»

UNE GUERRE FROIDE, VRAIMENT?

Cela y ressemble

«La situation actuelle rappelle le contexte de la guerre froide. Notamment parce qu’il n’y avait pas d’affrontements directs, mais l’instrumentalisation de pays amis», répond Jordi Tejel. «Aujourd’hui, ces conflits régionaux se multiplient. Cela a commencé avec la guerre en ex-Yougoslavie, puis avec le Caucase. Maintenant, l’Ukraine et le Moyen-Orient.» Des «camps» se construisent, regroupant des Etats partageant des liens anciens et privilégiés, ainsi que des intérêts communs avec Moscou ou Washington.

Mais le monde n’est plus bipolaire

Néanmoins, ces conflits indirects ne sont pas aussi nombreux qu’à l’époque de la guerre froide. Par ailleurs, «il n’y a plus deux superpuissances qui dominent le monde», observe Daniel Warner. «L’influence des Etats-Unis et de la Russie est beaucoup plus diffuse. Et d’autres acteurs ont fait leur entrée sur la scène internationale: des pays émergents comme le Brésil et la Chine, des groupes qui ne sont pas liés à un Etat, tel que Daech.» Selon le politologue, on ne peut parler que de refroidissement des relations: «Le terme «guerre froide» est exagéré. Moscou et Washington continuent de collaborer – et de manière positive – sur de nombreux dossiers. John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, et Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, maintiennent le dialogue sur la Syrie par exemple.» Nicholas Dungan confirme: «La Russie ne veut pas l'affrontement, mais du respect.» (Le Matin)

Créé: 16.02.2016, 07h02

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21 Commentaires

Roland Magdane

16.02.2016, 07:22 Heures

Dans les années 50, le monde voulait aller de l'avant, tout reconstruire. Maintenant ils ont juste envie de tout faire péter ! Répondre


Thomas Tomek

16.02.2016, 08:22 Heures

À l'époque, les psychopathes étaient très recherchés pour recruter dans le KGB. Poutine est un ancien KGB. La seule solution pour que la Russie ait le bon contact avec les autres, c'est que Poutine soit out. Répondre



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