Mardi 30 août 2016 | Dernière mise à jour 14:49

Ecologie La justice harponne le sauveur des mers

Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, a été arrêté dimanche en Allemagne. Portrait d’un homme aussi détesté qu’admiré.

Le Canadien Paul Watson a été arrêté dimanche à Francfort. Il est maintenu en détention et sera entendu par un juge ce mercredi.

Le Canadien Paul Watson a été arrêté dimanche à Francfort. Il est maintenu en détention et sera entendu par un juge ce mercredi. Image: AFP

Il n’est pas près de raccrocher

Par Sébastien Jost, journaliste

«Si les baleines meurent, les océans meurent. Si les océans meurent, nous mourons.» L’équation de Paul Watson, arrêté dimanche pour une vieille histoire d’entrave au trafic maritime, est aussi élémentaire qu’implacable. Pourtant, force est de constater que le massacre des cétacés, des requins et des thons émeut peu de gouvernements.

Les lois visant à protéger ces espèces menacées existent mais personne n’intervient lorsqu’elles sont violées au large du Costa Rica, en Méditerranée ou en Antarctique. Sauf le «Capitaine» et les membres de Sea Shepherd. Leurs méthodes sont musclées, contestées, voire contestables pour certains.

A ceux qui les traitent d’éco-terroristes, les activistes rétorquent simplement que, contrairement aux braconniers, qu’ils combattent, ils agissent en toute légalité. Et ils soulignent qu’en 35 ans d’engagement, ils n’ont jamais blessé personne. Car malgré son inflexible détermination, Paul Watson sait que la fin ne justifie pas tous les moyens.

Des milliers de dauphins et de baleines sauvés, la lutte de Sea Shepherd aboutit à des résultats concrets. L’action de l’ONG est donc d’une utilité incontestable. Et elle est indispensable tant que les pouvoirs en place ferment les yeux sur les massacres et la surpêche. Heureusement, Paul Watson n’est pas près de laisser tomber. Il jetterait l’éponge à une seule condition: «Trouvez-nous une baleine qui désapprouve nos actions et on vous promet de raccrocher», avait-il déclaré. Ce n’est pas demain la veille.

LA QUESTION DU JOUR: Approuvez-vous les méthodes de Sea Shepherd?

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?Il a à peine dix ans lorsqu’il commence sa carrière de défenseur de la nature. Révolté par la mort d’un castor tué par un trappeur, il détruit les pièges posés dans les forêts canadiennes où il grandit. Cinquante ans plus tard, Paul Watson n’a rien perdu de sa combativité. Fondateur de Sea Shepherd, une ONG consacrée à la protection des océans, il harcèle les baleiniers et ceux qui pèchent illégalement thons et dauphins.

Cohn-Bendit et Bové protestent Dimanche, il a été arrêté à Francfort, en Allemagne, suite à un mandat lancé par le Costa Rica. L’affaire remonte à 2002. Cette année-là, Paul Watson participe à une campagne contre la pêche aux requins pour découper leurs ailerons. Les membres de Sea Shepherd tombent sur un navire costaricain péchant illégalement dans les eaux du Guatemala et l’escortent jusqu’au port. Mais un navire de guerre vient intercepter les activistes. Ceux-ci, préférant éviter la canonnière, filent vers le Costa Rica. Et aujourd’hui, Paul Watson est poursuivi pour «violation de la circulation des navires». Selon le parquet de Francfort, qui a entendu Watson, celui-ci aurait mis en danger l’équipage du bateau. Hier après-midi, l’avocat du militant a annoncé que celui-ci serait maintenu en détention. «Mon client est consterné, a déclaré Oliver Wallasch. Il doit rester en prison à Francfort jusqu’à ce que la demande d’extradition du Costa Rica, qui veut le juger, soit examinée. On ne sait combien de temps cela va prendre.» Les députés européens Daniel Cohn-Bendit et José Bové ont protesté hier contre cette arrestation. «Je vais essayer d’intervenir auprès du gouvernement allemand pour tenter de débloquer la situation», a lancé Daniel Cohn-Bendit. «Deux juges avaient déjà classé l’affaire, réagit Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France et de Sea Shepherd Suisse. C’est très étonnant qu’elle ressorte comme cela, dix ans après.»

Paul Watson, appelé affectueusement le «Capitaine» par les membres de l’ONG, dérangerait-il? Il a en tout cas autant d’admirateurs que d’ennemis. Végétalien, ce n’est pas un homme de compromis. «Cela peut le faire passer à tort pour quelqu’un d’arrogant auprès de ses adversaires, relève Lamya Essemlali qui publie demain un livre d’entretiens* avec Paul Watson. Mais c’est il est d’une grande humilité et très pédagogue. Il est authentique, très déterminé et détaché de ce que pense autrui. Il dit souvent: Je travaille pour les océans, pas pour les gens.» Celui que ses détracteurs désignent comme un écoterroriste ou un pirate a été, de l’autre côté, désigné comme un des héros écologistes du XXe siècle par Time Magazine.

Patient et passionné Agé de 61?ans, le Canadien ne croit qu’en une seule chose: l’action sur le terrain. Cofondateur de Greenpeace, il quitte l’organisation en 1977 pour créer sa propre structure. Lutte contre les baleiniers japonais en Antarctique, contre la pêche illégale du thon rouge en Méditerranée, contre la chasse au dauphin au Japon ou aux requins dans le sud du Pacifique, Paul Watson et ses volontaires écument les mers du monde entier en respectant deux principes: que personne ne soit blessé et ne transgresser aucune loi. «C’est une des personnes les plus gentilles que je connaisse, témoigne Rebecca Jeanson, vice-présidente de Sea Shepherd Suisse. Il est patient et sait transmettre sa passion. Et surtout, il a fondé l’organisation de défense de l’écosystème la plus efficace.» Projection de pots de peinture et de boules puantes, harcèlement des navires pour les empêcher de tuer et de charger les baleines sont parmi les moyens employés. «De la combativité non violente», selon Lamya Essemlali. «Sea Shepherd ne s’en prend qu’à des actions illégales, à du braconnage, insiste la présidente. Nous agissons dans le cadre de lois qui ont été votées mais où personne n’intervient quand elles sont violées. En 35?ans, nous n’avons jamais blessé personne.» Pour la conseillère nationale Isabelle Chevalley (Vert’libéraux/VD), Sea Shepherd est une organisation nécessaire: «Soit on regarde les baleines s’éteindre, soit on agit, relève l’élue. Et à défaut de gendarme officiel des mers, Sea Shepherd endosse ce rôle.»

Du côté de Greenpeace, on ne commente pas l’arrestation de Paul Watson. Et en ce qui concerne Sea Shepherd? «Nous partageons beaucoup de leurs idées, indique Mathias Schlegel, porte-parole de Greenpeace Suisse. Mais nos avis divergent sur la définition de ce qu’est une action non-violente.»

«Entretiens avec un pirate», Lamya Essemlali, Ed. Glénat, 256 pages

(Le Matin)

(Créé: 14.05.2012, 22h39)

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