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La vraie histoire des Strauss-Kahn

France

Une enquête publiée par deux journalistes françaises raconte en détail l’incroyable saga du couple star, qui s’est longtemps cru intouchable et indestructible.

Par Renaud Malik. Mis à jour le 15.06.2012

1/43 Le 6 mai 2012, DSK était allé, seul, voter à Sarcelles, pour le second tour de la présidentielle
Image: AFP

   

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C’est l’histoire d’un couple dont le bonheur et la puissance se sont étalés, 25?ans durant, à la Une des magazines. Un couple qui a longtemps cru et fait croire qu’il ne pouvait que cheminer vers un extraordinaire destin. L’histoire des Strauss-Kahn, c’est celle d’une illusion collective et d’une «ascension vers une catastrophe annoncée», comme l’expliquent dans un livre passionnant les journalistes Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué. Leur enquête démonte les rouages du système qui a permis à DSK de gravir les échelons, tout en menant une dangereuse double vie. Jusqu’à l’épisode final du 15 mai 2011.

Un «jouisseur sans destin»

La saga du couple s’ouvre, comme il se doit, sur une belle rencontre. C’est lors de l’enregistrement de l’émission TV «Questions à domicile», en 1988, que la journaliste fait la connaissance de celui qu’on n’appelle pas encore DSK. A l’époque, le prof d’économie a déjà deux visages distincts. Celui d’un «jouisseur sans destin», selon les mots de Mitterrand, et celui d’un politicien aussi intelligent qu’éloquent. Anne, qui aime les hommes de pouvoir, est sous le charme. «Dis donc, il est fort ton mec», s’exclame-t-elle devant son ami Jean-Marie Colombani, qui lui avait conseillé d’interviewer Strauss-Kahn. Au lendemain de l’émission, ils déjeunent ensemble. Trois ans après, ils se marient. A l’époque, la vraie vedette du couple, c’est elle. Anne est célèbre, richissime, dotée d’un des plus beaux carnets d’adresses du pays. Et elle entend mettre tout cela à profit pour l’ascension de son époux.

Ce dernier l’entend bien ainsi également. A la mairie de Sarcelles, où il est élu en 1995, il n’hésite pas à exploiter la célébrité de son épouse, la faisant venir à la mairie les jours de vote difficile, et sur les marchés où elle distribue tracts, baisers et autographes. En l’absence de la journaliste, en revanche, l’élu drague sans se cacher. «Tu vois celle-là? Je tape deux coups sur la table et elle écarte les jambes en dessous», chuchote-t-il à l’oreille de ses voisins, lors des séances. Il continue de jouer le même double jeu après 1997 et sa nomination comme ministre des Finances. Anne est de toutes les représentations officielles, où elle crée chaque fois l’événement. Le reste du temps, le ministre drague lourdement, s’éclipse tous les soirs entre 17?h et 20?h, et classe ses conquêtes en trois catégories: en cours, en stock, archivées.

Tentative de suicide

Parfois, il manque de se faire prendre au piège. Comme en 1998, lorsqu’une de ses ex-maîtresses, Marie Victorine M., tente de se suicider en laissant une lettre le citant nommément. L’entourage du ministre se mobilise alors pour que rien ne filtre dans la presse.

Là est une des forces de DSK: il a su très tôt s’entourer d’une équipe de fidèles et de communicants prêts à tout pour que rien ne vienne fissurer le mur de sa réputation. A la fin des années 1990, quand il est mis en cause dans une série de scandales financiers qui lui coûtent sa place au gouvernement, les communicants veilleront à ce que la tourmente judiciaire ne laisse presque aucune image dans les médias.

L’autre chance de DSK, c’est de pouvoir compter sur la bienveillance d’Anne, décidée à tout pardonner à celui qu’elle rêve de voir un jour devenir président. Lui, en revanche, ne pardonne rien: le jour où elle lui avoue une infidélité, il quitte le domicile, fou de jalousie. Il ne se gêne pourtant pas pour exposer toujours plus sa double vie. Au début des années 2000, c’est un vrai système qu’il met en place: réseau de garçonnières réparties dans Paris, soirées SM ou échangistes, virées de nuit au Bois de Boulogne ou dans les bordels belges. Il n’hésite pas non plus à s’afficher au grand jour avec ses conquêtes. Choquées, des amies d’Anne Sinclair s’en émeuvent. Chaque fois, elle fait la sourde oreille, se déclarant même «fière» d’avoir un mari séducteur.

Parmi les collaborateurs de DSK, nul n’ose l’avertir des risques inouïs qu’il prend. L’une des rares mises en garde vient de Sarkozy lui-même, qui convoque en 2007 celui qui s’apprête à partir prendre la tête du FMI. «Je te préviens: fais attention avec les femmes. Les Américains ne plaisantent pas», glisse le président. A Washington, pourtant, DSK ne changera rien de ses habitudes. Anne Sinclair non plus, qui soutient son époux envers et contre tout quand il est accusé de harcèlement en 2008 par sa collaboratrice, Piroska Nagy.

La même année, c’est un DSK conquérant qui débarque par surprise à une assemblée du PS, à Paris. Ses camarades de parti pensent qu’il arrive tout droit des Etats-Unis. En réalité, il sort d’un club SM de la capitale. A compter de ce jour, il ne cessera d’apparaître comme un présidentiable sérieux, presque comme le sauveur de la gauche. Sinclair elle-même y croira, jusqu’au bout: «Tu te rends compte, je vais devenir première dame», glisse-t-elle un jour à son ex-époux Ivan Levaï. Un rêve qui se brise en mai 2011, avec l’affaire du Sofitel. Depuis, les Strauss-Kahn n’en finissent plus de payer pour les travers trop longtemps cachés de l’ex-président du FMI. (Le Matin)

Créé: 16.06.2012, 10h47

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