Vendredi 9 décembre 2016 | Dernière mise à jour 12:25

Crise Le Brésil s'enfonce dans le chaos politique

De nouvelles manifestations sont prévues vendredi, alors que les députés ont lancé la procédure de destitution de Dilma Rousseff.

Des manifestants dénonçant la corruption du gouvernement s'étaient rassemblés, mercredi, devant le Congrès à Brasilia. La série noir continue pour la présidente Dilma Rousseff. Vendredi sont prévues d'autres manifestations. (Image - 17 mars 2016)

Des manifestants dénonçant la corruption du gouvernement s'étaient rassemblés, mercredi, devant le Congrès à Brasilia. La série noir continue pour la présidente Dilma Rousseff. Vendredi sont prévues d'autres manifestations. (Image - 17 mars 2016) Image: AFP

Galerie photo

Lula et Rousseff dans la tourmente au Brésil

Lula et Rousseff dans la tourmente au Brésil Dilma Rousseff est engluée dans une crise politique historique, envenimée par le scandale de corruption Petrobras qui éclabousse l'ancien président Lula.

Galerie photo

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le Brésil s'enfonce lentement dans le chaos politique: la justice a suspendu l'entrée de l'ex-président Lula au gouvernement et les députés ont lancé la procédure de destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff, sur fond de manifestations de rue.

Vendredi, ce sera la gauche qui mobilisera ses forces, cinq jours après les manifestations anti-Rousseff de dimanche ayant rassemblé trois millions de Brésiliens: le Parti des travailleurs (PT, au pouvoir), la Centrale unique des travailleurs (CUT) et d'autres mouvements ont convoqué des manifestations dans plus de 30 villes.

Jeudi, le géant émergent d'Amérique latine a semblé vaciller, avec dans les rues des tensions émaillées d'escarmouches entre partisans et adversaires de la présidente, séparés par la police. En soirée, des milliers de personnes ont continué de manifester contre Dilma Rousseff à Sao Paulo et Brasilia, où elles s'étaient massées devant la présidence et le Congrès, poussant la police à intervenir à coups de gaz lacrymogène et bombes assourdissantes pour les empêcher d'approcher.

La Bourse de Sao Paulo a bondi de 6,6%, les marchés voyant dans ces événements les signes avant-coureurs de la chute d'un gouvernement paralysé en pleine récession économique.

Déni

«Les cris des putschistes ne vont pas me faire dévier de mon cap», avait lancé jeudi matin Dilma Rousseff, pendant la cérémonie de prise de fonction de son prédécesseur (2003-2010) et mentor, Luiz Inacio Lula da Silva.

A peine intronisé chef de cabinet (quasi Premier ministre), ce dernier a vu sa nomination suspendue par un juge de Brasilia, qui l'estimait susceptible de constituer un délit d'entrave à la justice de la part de la présidente, dans la mesure où Lula échappait par la même occasion à la menace d'un placement en détention provisoire dans l'enquête sur le scandale Petrobras, dans laquelle il est visé pour «corruption» et «blanchiment d'argent».

Un tribunal de Brasilia a annulé jeudi soir la suspension de l'entrée au gouvernement de Lula, sans effet concret car un autre juge, de Rio de Janeiro, a entretemps ordonné en référé une suspension identique.

L'écoute qui fâche

La diffusion mercredi soir de l'écoute judiciaire d'une conversation entre la présidente et Lula avait fait l'effet d'une bombe, renforçant les soupçons et déclenchant des manifestations d'indignation dans les rues. Dans l'enregistrement, Dilma Rousseff expliquait qu'elle allait lui faire rapidement parvenir son décret de nomination pour qu'il s'en serve «seulement en cas de nécessité», ce que beaucoup ont interprété comme une allusion à une arrestation.

L'entrée en fonction de Lula «peut impliquer une intervention indue et condamnable de Luiz Inacio Lula da Silva dans l'exercice par la police, le ministère public et le pouvoir judiciaire de leurs activités. Elle implique une intervention directe» de Dilma Rousseff dans le fonctionnement du pouvoir judiciaire, a estimé le juge dans son ordonnance.

Dilma Rousseff s'est insurgée contre les méthodes du juge fédéral Sergio Moro, chargé de l'enquête Petrobras, qui a rendu public l'enregistrement.

Mutisme de Lula

«Nous voulons savoir par qui et pourquoi a été autorisée et divulguée (cette conversation entre Lula et elle) qui ne contient rien qui puisse susciter le moindre soupçon sur son caractère républicain», a-t-elle affirmé.

Lula, l'homme du miracle socio-économique brésilien des années 2000, attendu comme le Messie par un gouvernement au bord du naufrage, est resté muet jeudi.

Dans l'après-midi, les députés ont lancé la procédure de destitution de Dilma Rousseff: ils ont élu une commission spéciale de 65 parlementaires, chargée de rédiger un rapport préconisant - ou non - sa destitution.

Procédure

Ce rapport sera ensuite soumis à l'Assemblée plénière du Congrès des députés, où un vote des deux tiers (342 sur 513) serait nécessaire pour prononcer la mise en accusation de la présidente devant le Sénat. Dans le cas contraire, la procédure serait enterrée.

En cas de mise en accusation, Dilma Rousseff serait provisoirement écartée de ses fonctions, pendant 180 jours au maximum. Il faudrait ensuite les deux tiers des sénateurs (54 sur 81) pour la destituer, faute de quoi elle reprendrait immédiatement ses fonctions.

Cette procédure, déjà déclenchée en décembre par l'opposition, avait été freinée par le Tribunal supérieur fédéral (STF), qui en a définitivement fixé les modalités mercredi.

Rapport de force inconnu

L'opposition accuse le gouvernement Rousseff d'avoir sciemment maquillé les comptes publics de 2014, en pleine campagne présidentielle, pour minimiser l'impact de la crise et favoriser sa réélection.

Sa coalition issue des législatives de 2014, forte de 314 députés (61,2% du total), la prémunissait contre un vote hostile des deux tiers des membres de la chambre basse. Mais elle s'est considérablement délitée à mesure que le Brésil plongeait dans la crise. Nul n'est capable aujourd'hui de mesurer le rapport de forces.

D'autant que le grand parti centriste PMDB, pilier de sa coalition parlementaire, s'est donné samedi 30 jours pour décider s'il quittait ou non le gouvernement.

Dilma Rousseff dénonce depuis le début une tentative de «coup d'Etat» institutionnel d'une opposition n'acceptant pas sa défaite électorale de 2014.

Selon les derniers sondages, 60% des Brésiliens sont favorables à la destitution de Mme Rousseff. (afp/nxp)

(Créé: 18.03.2016, 07h05)

Sondage

La fin de la franchise à 300 francs peut-elle responsabiliser les assurés aux coûts de la santé?




Contact

Service clients

Abonnement et renseignements
Nous contacter
lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
Adresse postale:
Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER
Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.